Le socialiste-marxiste Mugabe est aidé par le communiste Mbeki
Robert Mugabe, dictateur sanguinaire qui a ruiné le Zimbabwe reçoit des appuis de Thabo Mbeki- Le socialiste-marxiste Mugabe est aidé par le communiste Mbeki, le président sud-africain formé pendant 3 ans à Moscou où il suit pendant trois ans l'école du parti communiste et une formation militaire à l'institut Lénine de Moscou.
Impassible, le président sud-africain ruine sa réputation dans la crise au Zimbabwe
Thabo Mbeki a rendu visite à Robert Mugabe quinze jours après l'élection présidentielle au Zimbabwe. Il n'y a pas de crise indique le président sud-africain à la presse. Deux semaines plus tard, les résultats du vote ne sont toujours pas connus. (photo: AFP)
AFRIQUE AUSTRALE. Critiqué pour sa loyauté envers Robert Mugabe, Thabo Mbeki est l'objet d'une réprobation planétaire.
Le Temps, Angélique Mounier-Kuhn, Mardi 29 avril 2008
Ils n'étaient qu'une vingtaine à braver un crachin glacial pour manifester place des Nations lundi à midi. Mais la détermination de cette poignée de Zimbabwéens expatriés à Genève à épauler leurs compatriotes se lisait sur leurs pancartes. Sur l'une était inscrit: «Soutenez la démocratie au Zimbabwe». Cet appel, Thabo Mbeki, le président du grand voisin sud-africain, semble décidé à ne pas l'entendre. Sa placidité, alors que les Zimbabwéens se sont rendus aux urnes il y a quatre semaines pour élire leur président sans que le résultat soit connu et que se multiplient les récits de brutalités perpétrées par les affidés de Robert Mugabe, lui vaut une réprobation planétaire.
Attitude «déraisonnable»
D'autant plus qu'en médiateur désigné en 2007 par la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) pour «faciliter» le dialogue entre la Zanu-PF, le parti de Mugabe et l'opposition, il était attendu en première ligne des efforts pour apaiser les tensions. «L'Afrique du Sud ne joue pas un rôle de médiateur honnête, enrage Arnold Tsunga, vice-président de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme. Il a détruit tout espoir d'aboutissement du sommet de la SADC (ndlr: qui s'est tenu il y a deux semaines en Zambie) en se rendant au préalable à Harare (ndlr: capitale du Zimbabwe) pour y rencontrer Mugabe, lui serrer la main et déclarer publiquement qu'il n'y avait pas de «crise» au Zimbabwe.» Lui qui n'avait pas accepté le score litigieux de la présidentielle kényane fin décembre dernier, s'est contenté d'enjoindre aux électeurs zimbabwéens d'«attendre» l'annonce des résultats. Cette attitude «déraisonnable», «prolonge l'agonie du Zimbabwe» avait fustigé le magazine The Economist dans la foulée de cette rencontre.
«Il a joué avec les mots. En tant que parrain de l'African Peer Review Mechanism (ndlr: l'APRM, une institution de l'Union africaine visant à aider les pays à améliorer leur gouvernance), tout le monde comptait sur son implication décisive dans la gestion de la crise», commente Susan Booysen, politologue sud-africaine.
«Le président Mbeki a toujours encouragé l'idée que seuls les gouvernements élus méritaient un soutien, ajoute Dirk Kotze, universitaire à Pretoria. Or, personne n'ignore, y compris les autorités sud-africaines, que le Mouvement pour le changement démocratique (ndlr: le MDC, le parti de l'opposant Morgan Tsvangirai) a emporté la majorité. Le fait que les résultats mettent tant de temps à être publiés est en soit une bonne indication de la défaite de Mugabe.» Mais selon lui, «Mbeki s'est tant rapproché de Mugabe, qu'il lui est impossible de s'en éloigner». Car s'ils ont peu en commun, les deux hommes partagent l'essentiel: leur vision philosophique de l'Afrique, celle d'un continent qui «peut se gouverner lui-même et doit se libérer des influences néocoloniales».
A cette posture idéologique s'ajoutent des considérations de politique intérieure. Très appuyé par le mouvement syndicaliste au Zimbabwe, le MDC est aussi proche de la Cosatu, la puissante Fédération sud-africaine des syndicats. «Elle-même est devenue très critique de Mbeki», rappelle Dirk Kotze, tandis qu'elle soutien Jacob Zuma, son rival et successeur à la tête de l'African National Congress (ANC), ce qui le place en position de devenir le prochain chef d'Etat en Afrique du Sud, après les élections de 2009. «Mbeki et Mugabe ont en quelque sorte les mêmes opposants. En se montrant loyal à Mugabe, Mbeki a perdu toute chance de jouer un rôle important au Zimbabwe, conclut Dirk Kotze. La plupart des gens estiment qu'il s'agit d'un échec majeur de l'Afrique du Sud.» Fustigé à l'étranger, Thabo Mbeki est ainsi tout autant accablé par sa propre opinion publique.
Négociations en coulisses
Pourtant, l'échec du sommet de Lusaka ne signifierait pas l'arrêt des tentatives de médiation. «Les négociations se tiennent dorénavant en coulisses, croit savoir Susan Booysen. Cela peut être frustrant, mais certains facteurs plaident en faveur de négociations «silencieuses», auxquelles Mbeki participe parmi d'autres en prônant probablement la solution d'un gouvernement d'unité.» Car selon elle, «si le MDC fait figure de vainqueur probable, il a du mal à se positionner et ses dirigeants ne se sont pas préparés à gouverner. En outre, le parti de Robert Mugabe entretient un lien symbiotique avec les forces de sécurité. Chacun a besoin de l'autre, ce qui peut constituer une force très déstabilisatrice» en cas de proclamation de victoire du seul MDC.
«Pour l'instant, Mbeki a sacrifié une bonne part de sa réputation dans le processus. Dans quelques mois, si la transition au Zimbabwe apparaît crédible et définitive, que la preuve est faite que la Zanu-PF a lâché le pouvoir, le tout sous la surveillance de la communauté internationale et de la société civile, il pourra peut-être en ressusciter une partie», ébauche Susan Booysen. Dans le cas contraire, la stratégie du président sud-africain aura causé des dommages incalculables à l'image de son pays en tant que puissance politique du continent.