Le «gentleman communiste» n'est plus

Markus Wolf, l'un des maitres espions de la Guerre froide, patron pendant trente ans de la Stasi est mort jeudi matin à Berlin, le jour anniversaire de la chûte du Mur •

Par Lorraine MILLOT, Bonn, LIBERATION.FR, jeudi 9 novembre 2006


NDLR: le véritable chef de la Stasi était Erich Mielke, Markus Wolf quant à lui dirigeait le service de renseignement est-allemand (HVA). Comment peut-on "regretter" l'ancien responsable de la Stasi ? Ce "super gentleman" espion est directement responsable de la mort de nombreuses de personnes. Un peu de dignité pour les victimes.... 


Markus Wolf, l'un des maitres espions de la Guerre froide, patron pendant trente ans de la Stasi est mort jeudi matin à Berlin, le jour anniversaire de la chûte du Mur, qu'il n'avait de son propre aveu ni prévue ni prédite. Il est mort dans son sommeil agé de 83 ans coulant une retraite tranquille.

Lire ci-joint le portrait de ce « gentleman communiste »,  écrit par notre correspondante à Berlin, le 19 janvier 1998, alors qu'il était écorué pour témoigner dans le cadre du procès d'un ancien député.

Lente mais opiniâtre, la justice allemande continue son travail d'enquête sur des crimes et délits de l'ancienne République démocratique allemande (RDA) qu'on pourrait croire depuis longtemps oubliés. Plus de sept ans après la disparition du régime communiste est-allemand, un tribunal régional de Francfort-sur-le-Main a fait emprisonner hier Markus Wolf, 74 ans, l'ancien chef des services d'espionnage de la RDA, pour l'obliger à témoigner au procès d'un ancien député. Markus Wolf, qui avait réussi depuis l'unification à ne passer que quelques jours en prison, a été écroué à la maison d'arrêt de Darmstadt. La justice peut le maintenir jusqu'à six mois en détention pour le contraindre à déposer.

Le tribunal de Francfort attend de Markus Wolf qu'il témoigne contre un ancien député social-démocrate ouest-allemand, Bernhard Flaeming, accusé d'avoir transmis des «renseignements de valeur» à la RDA, de 1969 jusqu'à la chute du régime en 1989. Dans ses Mémoires, Wolf parle d'un député ouest-allemand ayant livré des informations à son service sous le nom de code «Julius». La justice soupçonne Flaeming d'être Julius et demande à Markus Wolf de confirmer.
Venu deux fois témoigner à Francfort, Markus Wolf a assuré que Flaeming n'a jamais été informateur de la Stasi. Pris entre son devoir de vérité devant la justice et sa loyauté à l'égard de ses anciens agents, il a ensuite préféré se taire. Depuis l'unification, Markus Wolf a réussi à s'en tenir à ce principe, énoncé dans l'une de ses nombreuses interviews: «Dénoncer des personnes que l'on a soi-même recrutées serait contraire à toutes les règles de l'honneur.»

Depuis la fin du régime est-allemand, Markus Wolf a entretenu une relation intense avec les prétoires. Parti à Moscou puis en Autriche en 1990 pour échapper aux poursuites engagées contre lui, il s'est livré en 1991 à la police allemande. Libéré sous caution après quelques jours de détention préventive, il a été jugé en 1993 pour haute trahison et corruption. Pour ces crimes, Markus Wolf a été condamné en 1993 à six ans de prison ferme. Mais la peine a été suspendue puis levée, la Cour constitutionnelle fédérale ayant jugé que les espions est-allemands n'avaient fait que servir leur Etat. «Si l'on me juge, que l'on juge également Klaus Kinkel», argumentait Markus Wolf, estimant que l'actuel ministre allemand des Affaires étrangères, ancien patron des services de renseignement ouest-allemands, avait effectué un travail comparable au sien.
En mai 1997, un autre tribunal, à Düsseldorf, avait réussi à condamner Markus Wolf à deux ans de prison avec sursis pour quatre enlèvements commis par ses agents à l'Ouest durant la guerre froide. L'ancien maître-espion avait quitté le tribunal un bouquet de roses à la main, offert par ses partisans qui hurlaient à «l'acharnement judiciaire».

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