Stéphane Courtois, dans Parti communiste français, Komintern et dimension totalitaire, (Revue Communisme no 53/54, 1998) rappelle l'étude de la psychiatre-psychanaliste roumaine, Irina Talaban, Le Christ s'est arrêté à Pitesti. Psychologie et psychopathologie du traumatisme individuel et collectif dans une société totalitaire communiste. Le Roumanie communiste 1945-1989, Université Paris VIII, 1998. En voici la page 55:
« A Pitesti, entre 1949 et 1953, le régime communiste tenta de transformer des étudiants - en général nationalistes et croyants - en « hommes nouveaux » destinés à devenir des cadres communistes. L'objectif était à la fois d'éliminer (physiquement) les irréductibles et de briser la volonté des récalcitrants afin qu'ils arrivent à un état de soumission absolue. Pour atteindre cet état de dépersonnalisation, une méthode « scientifique » fut mise au point consistant à soumettre, en groupe, les détenus à des tortures physiques et psychiques ininterrompues pendant des semaines. Lors de ces séances, chacun était contraint « d'arracher ses masques », opération qui passait par quatre étapes:
La méthode fut poussée aux extrêmes dans la prison de Tuol Sleng, à Phnom Penh, où les Khmers rouges contraignirent sous la torture 20'000 individus (hommes, femmes et enfants) à rédiger leur autobiographie autocritique et à y « avouer » toutes leurs fautes, réelles et imaginaires. Pas un n'en est sorti vivant.
Ces « expériences » - Pitesti, Tuol Sleng - reposent sur le postulat que l'individu est coupable, de sa naissance, de son action, de ses pensées etc.; car même l'indifférence au régime est un signe de culpabilité, seule l'adhésion active est le signe que vous êtes devenu un « homme nouveau », que votre culpabilité foncière est amendable. Et l'adhésion active signifie que l'homme nouveau participe personnellement à la délation, à la répression et à la terreur [ndlr: rappel de Lénine qui disait que tout bon communiste est tchékiste!]. La victime a été transformée en bourreau. Cette méthode de l'hyper-culpabilité ou de la « culpabilité permanente » détruit chez l'individu toute autonomie de pensée et d'action, et aussi, ce qui est plus décisif, toute relation sociale et tous les repères qui fondent son identité (famille, patrie, religion etc.).»
Curieusement Stéphane Courtois ne relie pas cette méthode à celle du Guépèou-NKVD pour préparer les accusés des trois procès de Moscou, et les milliers d'autres de la terreur provoquée par le régime soviétique pour maintenir sa domination contre le peuple.