L'investigation des crimes du régime communiste roumain
exemple à suivre!
Un exemple à suivre pour la Fédération de Russie où il faut noter que le massacre de la famille de Nicolas II, le 18 juin 1918 a été condamnée par la Cour suprême en octobre 2008, et tous les régimes communistes passés ou actuels. Ainsi, le bâtiment de l'odieuse Stasi, à Berlin, est devenu le Mémorial des victimes avec accès aux dossiers!
LInstitut pour linvestigation des crimes du régime communiste roumain
Marius Oprea, Directeur de lInstitut, historien et Conseiller dEtat pour les questions de Sécurité nationale roumaine
En décembre 2005, le gouvernement roumain a décidé la création dun Institut pour linvestigation des crimes du régime communiste. Son Directeur présente les conditions de la naissance de cet Institut et ses objectifs. Il essaiera par ses moyens spécifiques de faire cohabiter dans la même maison la morale et la politique. Parce quen 2006, dans tous les partis politiques roumains, ce sont les anciens activistes du Parti communiste et de la Securitate qui dominent. Dans la perspective de la candidature de la Roumanie à l'Union européenne, il importe de connaître les travaux de cet Institut.
Présentation de Marius Oprea par Stéphane Courtois, historien honnête et consciencieux
Marius Oprea sest attaqué à lune des questions historiques les plus difficiles : les forces de police et de répression dans le régime communiste roumain. Leurs responsables sont toujours vivants, voire au pouvoir. Ils ne facilitent évidemment pas la tâche du chercheur, notamment en bloquant autant que faire se peut laccès aux archives. Lenjeu est important, puisquon ne peut pas comprendre les régimes communistes sans connaître les forces de répression qui les soutiennent.
Marius Oprea a notamment publié de nombreux articles, un ouvrage sur la révolte ouvrière de Brasov et un livre sur la police politique roumaine, la Securitate. Il participe également à luniversité dété de Sighet, pour faire connaître aux jeunes roumains lhistoire du communisme. Il est lun des historiens roumains les plus courageux et poursuit son uvre alors quil a fait et fait encore lobjet de nombreuses menaces.
Il faut, par ailleurs, savoir que le Conseil de lEurope sest saisi de la question de la condamnation des crimes dans les régimes communistes totalitaires. En dépit du travail de sape de la Russie, qui savère finalement contreproductif, le processus avance, malgré les contre-feux des partis communistes grec ou français. Grâce au travail des chercheurs, nous sommes aujourdhui capables de poser un cadre densemble assez précis. Si certains trouvent quil manque des éléments déterminants, quils ouvrent les archives plus largement.
Luvre de Marius Oprea se situe donc dans un contexte porteur. Le travail des historiens, les livres, les conférences et les enseignements finissent par pénétrer au niveau des publics et des dirigeants politiques.
Stéphane Courtois, historien
Institut pour l?investigation des crimes du regime communiste roumain
LInstitut pour linvestigation des crimes du communisme en Roumanie a été créé le 21 décembre 2005 par une décision du gouvernement roumain. Cette institution ne dépend donc ni de lAcadémie ni de lUniversité. Cet institut matérialise une idée que je défends depuis le milieu des années 1990.
Après les évènements de décembre 1989, le sentiment anti-communiste était extrêmement fort dans la population. La classe politique a promis dorganiser un procès du communisme, ce quelle na pas fait. Peu à peu, il est devenu visible que ceux qui se sont installés au pouvoir en Roumanie en 1990 ont, en fait, organisé un coup dEtat contre la révolution anti-communiste. Nous avons assisté à la création dune nouvelle Securitate, lancienne police politique, à travers les services secrets créés en 1990 et via le levier économique des individus issus de lancienne nomenklatura. Ainsi, une nouvelle et très puissante oligarchie sest installée au pouvoir, à travers un processus que jai appelé la « privatisation du communisme ».
Après 1989, les anciens de la Securitate et du Parti communiste gardent des postes clés
Dans ce contexte, il nétait évidemment plus question dorganiser un procès du communisme. Bien que je sois diplômé darchéologie, jai décidé de me spécialiser en histoire contemporaine et de préparer une thèse de doctorat sur le rôle de la police politique durant la période de Gheorghe Gheorghiu-Dej, cest à dire avant 1965. Paradoxalement, même cette voie nétait pas la bonne puisque les portes des instituts de recherche et de lUniversité sont restées fermées pour moi. Jai ainsi découvert que les anciens de Securitate et du Parti communiste avaient conquis lUniversité roumaine. Les structures de cette oligarchie ont même créé un institut censé étudier le totalitarisme, dirigé par un représentant du Parti de la Grande Roumanie, un parti extrémiste qui a des origines communistes. Il est devenu évident que seule linstallation dun nouveau pouvoir était en mesure de donner une chance à lidée de commencer un procès du communisme.
Un tel changement a eu lieu en 1996, quand la Convention démocratique a gagné les élections. Les choses semblaient avoir pris une bonne direction, surtout après lété 1997, lorsque le Président Emil Constantinescu a présenté des excuses au peuple pour les crimes du régime communiste. Malheureusement, on en est resté au niveau déclaratif. Il ny a eu aucune condamnation de la Securitate et des dirigeants communistes.
En 2000, lorsque les anciens communistes sont revenus au pouvoir, il est redevenu impossible de penser à un procès du communisme.
Pendant toute cette période je nai pas cessé décrire des articles et des livres pour maintenir éveillée lattention du public sur les crimes du communisme. Jai subi durant ces années une centaine dactions en justice destinée à mintimider. Elles étaient souvent initiées par des informateurs de la Securitate que javais dévoilés.
Fin 2000, lorsque Ion Illiescu est redevenu Président de la République et quAdrian Nastase a été nommé Premier ministre, les menaces sur ceux qui voulaient faire sortir la vérité sur le régime communiste se sont aggravées.
Pendant ces années, sans le soutien de la presse et dintellectuels importants, notre démarche serait restée isolée. En 2002, on a introduit trois actions en justice contre moi : on voulait mobliger à verser 2 millions deuros.
Toujours en 2002, le Premier ministre Adrian Nastase a voulu me faire condamner comme auteur du dossier publié dans la presse au sujet de sa fortune, signée sous le pseudonyme dArmagédon.
Découvertes
Les problèmes devenaient de plus en plus graves parce que je ne me contentais pas détudes historiques, mais cherchais à suivre la carrière post-1989 de ceux que jétudiais. Jai découvert que le Conseiller pour la Sécurité nationale du Premier ministre A. Nastase avaient été lun des enquêteurs les plus brutaux de la Securitate. Son nom est Ristea Priboi. Jai également mis à jour que le chef dun des services secrets de Roumanie, Marin Ureche, avait été impliqué dans des actions très graves de police politique. Jai encore découvert que des personnes qui occupaient des fonctions de Directeurs dans certains ministères avaient précédemment occupé des fonctions importantes dans les structures de la Securitate. Jai mis en évidence quen 1993 seize des attachés commerciaux envoyés dans les ambassades roumaines à létranger provenaient de la Securitate. Petit à petit, jai constaté que peu de choses avaient changé par rapport à lavant 1989, mis à part que ceux qui gouvernaient le faisaient non plus au nom du communisme mais de la démocratie. 60% des personnes mentionnées sur le site du Premier ministre A. Nastase faisaient débuter leur biographie en 1990
Ce qui ma fait dire que nous étions dirigés par des adolescents
Bien sûr jaurais préféré que nous soyons dirigés par des adolescents, mais ce nétait pas le cas, nous étions gouvernés par des personnes qui avaient des éléments biographiques importants à cacher.
La dénonciation des actions de la Securitate reste donc dactualité en ce début du XXIe siècle. Pratiquement, en étudiant les anciens activistes communistes ou de la Securitate, nous pouvons suivre leur trace et savoir où ils sont aujourdhui.
Comment cet Institut fonctionnera-t-il ?
LInstitut pour linvestigation des crimes du communisme qui a été créé ne sera pas un institut dhistoire. Il essaiera par ses moyens spécifiques de faire cohabiter dans la même maison la morale et la politique. Parce quen 2006, dans tous les partis politiques roumains, ce sont les anciens activistes du Parti communiste et de la Securitate qui dominent. Cet institut cherche à organiser des bases de données des anciens activistes du Parti communiste, de la Securitate, de la police, de la magistrature qui ont contribué à la répression de la population. Leur nom et leurs actions seront publiés dans un rapport annuel. Dans le cadre de cet Institut un service juridique va constituer des dossiers sur chacun de ces cas qui seront ensuite présentés au Procureur. Nous sommes partis de lidée quils ont agi contre les Roumains par les moyens de la terreur et que le terrorisme dEtat est un crime imprescriptible. Le communisme est non seulement un régime criminel mais un régime qui a pratiqué le terrorisme dEtat. Le crime peut être accidentel, mais le régime communiste la organisé en système. Il a organisé les abus et la violence de manière scientifique. Depuis le début et jusquà la fin, le communisme sest manifesté comme un régime doccupation qui a soumis à la terreur ceux qui étaient occupés. Je considère donc que ce processus de décommunisation est parfaitement légitime et quil est similaire à celui de dénazification. Le code pénal roumain sanctionne « linitiation et la participation à des actes de terrorismes ». Pour une fois, nous allons utiliser à notre avantage le côté vague de la loi.
Selon nos calculs, il ny a aujourdhui pas plus de 10'000 anciens activistes du Parti communiste et de la Securitate. Nous allons nous occuper de ceux qui étaient membres de la nomenklatura. Nous nallons pas faire lerreur de commencer par les informateurs pour nous intéresser plus tard aux cadres. Nous visons les membres du Comité central, les officiers de Securitate, les cadres régionaux, les cadres supérieurs de la milice et les magistrats qui ont participé à des procès politiques. Nous allons notamment utiliser des séries télévisées pour faire connaître le passé de certains responsables. En outre, nous allons publier des études concernant le fonctionnement des structures moyennes du Parti, mais nous nallons pas faire de dossier pénal, sauf en cas de persécution dune personne.
LInstitut est censé fonctionner pour une période de six ans, soit jusquen 2011. Il va publier des rapports trimestriels et annuels. Nous avons estimé que six ans devraient être un délai suffisant pour trouver ce que nous cherchons, à condition davoir accès aux archives. En tant que Conseiller du Premier ministre et président de cet Institut, jai hâte dintenter un procès contre le ministère de lIntérieur
Ce sont eux qui mont appris comment on fait un procès. Au-delà de la plaisanterie, il existe certains leviers pour forcer louverture des archives. Dabord le statut de lInstitut, qui se trouve sous la tutelle du gouvernement. Or, une institution du gouvernement ne peut pas être bloquée par une autre structure du gouvernement. Cest le Premier ministre qui tranche en cas de litige, et cest lui qui a créé cet Institut. On pourrait croire quen cas de changement du gouvernement cet Institut disparaîtrait, mais je peux vous dire que cela ne se passera pas ainsi. LInstitut compte des personnalités très prestigieuses de la vie intellectuelle roumaine et je ne vois pas quel Premier ministre oserait déclarer une guerre à tous ces noms prestigieux. Un changement de gouvernement pourrait tout au plus se traduire par des tentatives de blocage.
Si lUnion européenne ne veut pas avoir à faire à des responsables roumains corrompus et issus de la Securitate, elle a tout intérêt à nous soutenir. En effet, si cette oligarchie communiste et de la Securitate continue à agir en Roumanie, la corruption de haut niveau sera bientôt le principal produit dexportation de la Roumanie. Nos bureaucrates, issus des structures communistes peuvent très bien enseigner à ceux de Bruxelles comment on vole.
Menaces
Pour finir, je vais vous dire sur le ton de la confession ce qui ma déterminé à entamer ces démarches. Peut-être me serais-je contenté décrire des articles et des livres sans aller jusquà mimpliquer dans une structure qui ressemble à celle de Simon Wiesenthal à Vienne si au mois de mai 2005 je navais pas vécu les plus horribles moments de ma vie. Ma femme a donné naissance en décembre 2004 à un petit garçon que nous avons attendu pendant très longtemps. Beaucoup mont dit quune fois père je me calmerais. Parmi eux, Vladimir Bukovsky était le plus convaincu et ma dit quon pourrait maintenant me faire chanter plus aisément. Je nai pas beaucoup réfléchi à cela jusquau mois de mai 2005. Alors que je promenais mon enfant dans la rue, on ma abordé pour me dire que si je ne me calmais pas lenfant pourrait être enlevé. Cétait laboutissement dune investigation très peu discrète que des individus faisaient dans mon environnement. Jai compris que ces menaces venaient de la sphère des services secrets roumains. Malgré un nouveau Président, Traian Basescu, et un nouveau gouvernement issu de lalliance Justice et Vérité, il semblait que rien navait changé. Finalement, jai compris que ces menaces venaient dun groupe dofficiers qui craignaient que je dirige cet Institut. Leur crainte était justifiée parce que je disposais déjà dinformations sur la corruption dans les services secrets. Javais également rendu publiques des informations concernant la collusion entre les services secrets roumains et la mafia arabe. Je me suis demandé que faire et jai envoyé ma femme et mon enfant en Allemagne pour deux mois. Pendant cet intervalle, jai préparé tous les documents pour la création de cet Institut par le gouvernement. Heureusement, jai trouvé tout le soutien nécessaire auprès du gouvernement.
Le Premier ministre ma, en outre, nommé Conseiller dEtat pour les questions de Sécurité nationale. En cette qualité, je suis numéro 2 de lorganigramme de la communauté roumaine du renseignement, une nouvelle structure qui regroupe tous les services du pays. Paradoxalement, une menace a conduit à cette mesure surprenante. Je dois vous dire quappartenir à un monde que jai souvent critiqué ma mis dans une situation inédite, mais ne croyez pas que je cherche leur amitié, je nen ai pas besoin.
Enfin, les crimes du communisme ne sont pas à lordre du jour en Bessarabie (République Moldave ). La situation y reste la même quen Roumanie en 1990. Les chauffeurs de taxi de la capitale moldave sont presque tous des informateurs de la police politique. Si on aborde là-bas les questions liées aux services de répression, les gens vous regardent comme si vous veniez dune autre planète. Quand je me sens déprimé à Bucarest parce que je trouve que les choses navancent pas assez rapidement, je fais un voyage à Chisinau... Jespère que la situation va bientôt changer en Moldavie. Il y a dailleurs un moyen pour mettre en uvre la réunification de la Roumanie et de la Moldavie. Si deux millions de roumains à la suite dune campagne de presse bien orchestrée demandaient la nationalité moldave et participaient aux élections, la réunification se ferait delle-même.
Marius Oprea, Directeur de l'Institut pour l'investigation des crimes du régime communiste roumain
Manuscrit clos en avril 2006.
A visiter en Roumanie
Le Mémorial de la Révolution 16-22 décembre 1989, à Timisoara
La chute de N. Ceaucescu a été précédée de journées révolutionnaires auxquelles le Mémorial de la Révolution veut rendre hommage. Le propos consiste à faire la distinction entre les premiers jours et la récupération faite par la suite par les néo-communistes. Présidé par Traian Orban, ce centre a pour but de valoriser les témoignages écrits et audiovisuels des acteurs de ces évènements complexes. Il offre une salle pour la documentation et la recherche, une salle audio vidéo, des salles d'exposition, un espace de recueillement et une bibliothèque.
Adresse: Memorialul Revolutiei Timisoara, str. Emanoil Ungureanu, nr.8. 1900 Timisoara. Tel./fax: 056/133287.
Ecrire : P. Verluise ISIT 12 rue Cassette 75006 Paris France
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