Coup de théatre en novembre 2010: la Douma reconnaît le massacre de Katyn

Décision confirmée par l'agence RIA Novosti, le parlement russe en dépit de l'opposition du Parti communiste de la Fédération de Russie. En même temps, RIA Novosti annonce que: “La première réunion du Conseil des droits de l'homme auprès du président russe sera consacrée à la "déstalinisation" de la sociéte russe (Vedomosti)”.


La Douma russe reconnaît le "crime" de Katyn ordonné par Staline

30 novembre 2010
http://www.russie.net/spip.php?page=article&id_article=5453

La Douma russe a admis vendredi [ndlr: 26 novembre 2010] que le massacre de milliers d’officiers polonais en 1940 à Katyn avait été ordonné par Staline, première reconnaissance officielle aussi claire de la responsabilité du régime soviétique, au moment où Moscou et Varsovie sont en phase de rapprochement.

"Les documents publiés (...) ne font pas que dévoiler l’ampleur de cette terrible tragédie, mais témoignent aussi du fait que le crime de Katyn a été commis sur l’ordre personnel de Staline et d’autres dirigeants soviétiques", indique la déclaration adoptée par la Douma (chambre basse du Parlement).

Le texte a été voté pendant une session inhabituellement houleuse, en raison de l’opposition du Parti communiste qui continue de nier la responsabilité du dictateur soviétique dans ce massacre.

Mais l’assemblée dominée par le parti proche du Kremlin Russie unie a adopté le texte, qui exprime pour la première fois de manière officielle et aussi claire ce qui a été révélé par les archives publiées cette année, 60 ans après les faits, par les autorités russes.

"La responsabilité de ce méfait a été imputée dans la propagande soviétique aux criminels nazis", ce qui a entretenu "la colère, l’amertume et la défiance du peuple polonais", ajoute le texte de la déclaration.

Le Parlement russe exprime "sa compassion profonde à toutes les victimes de cette répression injustifiée, à leurs familles et leurs proches".

"C’est un texte historique pour les relations russo-polonaises, mais il l’est encore plus pour nous-mêmes", a commenté le chef de la commission parlementaire aux Affaires étrangères, Konstantin Kossatchev.

L’ONG russe Mémorial, fondée pour mettre au jour l’étendue des crimes staliniens et en recenser les victimes, a jugé de son côté qu’il s’agissait d’un "grand pas en avant".

Les députés communistes ont de leur côté dénoncé une déclaration qui constitue, selon eux, "une falsification des événements historiques", et tenté en vain d’en faire retirer les références à Staline et à la direction soviétique.

A la suite de l’invasion par l’URSS en septembre 1939 des régions polonaises de l’Est, en vertu du pacte germano-soviétique, 22.000 officiers polonais, prisonniers de l’Armée rouge, avaient été abattus dans la forêt de Katyn et à Mednoïe (Russie), ainsi qu’à Kharkiv (Ukraine).

Pendant des décennies, l’Union soviétique a accusé les nazis d’avoir commis ces assassinats. Ce n’est qu’en avril 1990 que le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev a reconnu la responsabilité de son pays dans ce massacre.

Entreprenant de relancer ses relations avec Varsovie, Moscou a remis à la Pologne des dizaines de tomes d’archives.

Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a salué vendredi "un geste politique important", ajoutant toutefois que le gouvernement polonais souhaitait que "ces gestes soient suivis par des décisions gouvernementales plus audacieuses".

"Je considère que c’est un signal positif qui vient de Moscou peu avant la visite du président de la Russie Dmitri Medvedev (le 6 décembre) à Varsovie", a déclaré pour sa part le président polonais Bronislaw Komorowski.

"Cela avance lentement, mais cela avance (...) Il reste encore de nombreuses étapes devant nous", a estimé Lech Walesa, l’ancien président polonais et Prix Nobel de la Paix.

C’est en se rendant à Katyn pour une cérémonie que le président polonais Lech Kaczynski est mort le 10 avril dans l’accident de son avion, avec 95 autres personnes, dans l’ouest de la Russie.

Ce drame avait montré la persistance du ressentiment en Pologne, Jaroslaw Kaczynski, le frère jumeau du défunt président, ayant annoncé avoir "refusé" les condoléances présentées par le Premier ministre russe Vladimir Poutine.

Vendredi, M. Kaczynski a estimé que la déclaration de la Douma n’était qu’un premier pas : désormais "il s’agit d’en tirer les ultimes conclusions, reconnaître la culpabilité, demander pardon et accorder des réparations".

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