66 ans après, donc dans la nuit du 12 au 13 juin 1941. 9 jours avant l'agression et la rupture du pacte Hitler-Staline, le NKVD de l'URSS organise l'arrestation de 32'423 innocents. Ce qui prouve que La priorité de l'état soviétique n'était pas la défense de l'URSS, mais celle des dirigeants du régime criminel et sanguinaire.
Soixante-six ans après : Les victimes des déportations demandent la condamnation des crimes du communisme
Repris de www.moldavie.fr/article. php3?id_article=636.
Aujourdhui, le 13 juin [2007], on célèbre les 66 ans de la première déportation des Moldaves en Sibérie. La plus sinistre opération darrestation et de déportation a eu lieu la nuit du 12 au 13 juin 1941, quand ont été « levés » de leurs maisons 32'423 habitants de la Bessarabie (Moldavie), de la Bucovine du Nord et du territoire Herta. Dans ce territoire, 6'250 personnes ont été arrêtées et 26'173 - déportées. Au total, dans la première année doccupation soviétique en Bessarabie, on a fait souffrir - par arrestation et déportation - 13.470 familles, en tout 22.648 personnes, la plupart des femmes et des enfants.
A Gratiesti, vit encore un ancien déporté Grigore Caraman est le seul ancien déporté de la commune de Gratiesti resté en vie. Malgré le fait quil ait 80 ans, le vieil homme est très actif : la plupart du temps, il soccupe du jardinage, mais dans les moments libres, il raconte à ses petits-fils et arrière petits-fils la vie terrifiante dans les territoires étrangers. La famille Caraman fut lune des trois familles de la commune arrêtées et déportées en Sibérie et au Kazakhstan, le 13 juin.

La première déportation en masse de Roumains Moldaves a été comme un orage pour la famille de lancien maire de Gratiesti, Gavril Caraman. Tonton Grigore, le fils du maire, avait à ce moment-là 14 ans. « Le matin du 13 juin, papa a préparé les chevaux et il est parti avec maman à la ville. Moi, avec mon frère et avec mes deux soeurs, nous sommes restés à la maison. La population du village était agitée et sest réunie dans la maison dune famille qui devait être « levée » - celle des Frunza. Les parents, avec les 6 enfants, ont été embarqués dans trois charrettes et amenés à la gare ferroviaire du Chisinau.
Chez nous, sont venus deux militaires armés. Ils ont cherché mes parents dans la ville et ils les ont ramenés à la maison. On regardait sans comprendre ce qui se passait. Au début, les militaires ont fait une perquisition. Ils cherchaient avec impatience des documents. Sans explication, ils nous ont dit de prendre nos affaires et de monter dans la charrette. Les parents ont réussi à prendre vite quelques vêtements et deux sacs de farine », raconte Grigore Caraman.
Le calvaire de la famille de lancien maire de Gratiesti
La maison et tous les alentours ont été dévastés. « Nos pleurs et nos hurlements nimpressionnaient personne. On nous a amenés à la gare de Chisinau, de la même façon que dautres milliers de Moldaves. Je voyais des dizaines des charrettes apportant des familles effrayées. Les militaires soviétiques étaient tellement bien préparés pour cette opération, que je nai même pas remarqué comment ils nous ont séparés de papa. Quand ils nous ont embarqués dans le wagon pour les animaux, nous étions seulement avec maman. Dans le wagon, nous étions 65 habitants des communes de Nemteni, Lapusna, et Puhoi... Il y avait une atmosphère de panique, les femmes disaient quon allait être emmenés en Sibérie. Personne ne savait quels « crimes » on avait commis, mais on était accusé dêtre « contre lEtat soviétique ». Jai su plus tard le motif de notre arrestation : papa avait été maire chez les Roumains », nous raconte le vieil homme.
La famille séparée est passée par le calvaire des déportations pendant 17 ans. Gavril Caraman, « le coupable » de la famille, était un homme plein de dignité. Il na jamais reconnu la puissance soviétique, il était fier que, étant membre du Parti National - Populaire, il ait été élu, dune façon démocratique, à la fonction de maire de la commune.
Après trois ans de régime sévère de détention sibérienne, Gavril Caraman a été libéré, mais sous la surveillance de militaires soviétiques. Il a dirigé une ferme dans une localité du Kazakhstan, où il na pas pu rester longtemps, parce que des jaloux lont « dénoncé » aux autorités pour « activité antisoviétique ».
Gavril Caraman sest trouvé avec encore 10 ans de prison. Dans les actes judiciaires, il est mentionné ceci : linculpé, en 1941, a été riche, il a profité du travail étranger. Il a été détenu par le NKVD en qualité « délément antisoviétique extrêmement dangereux ». Ils lont inculpé encore dagitation antisoviétique, de discrédit des associations populaires et du fait dêtre adepte du système bourgeois roumain. Lancien maire a passé toutes les étapes de la peur et il est mort dans sa commune natale, à lâge de plus de 90 ans.
Les victimes invoquent encore leurs droits
On dit que les historiens ne font pas honnêtement leur devoir. Bien que dans les années 90 on ait publié davantage duvres documentaires sur les déportations en masse des villages moldaves, y compris les listes de ceux qui ont étés déportés, tonton Grigore est révolté que la famille Caraman ne figure pas quelque part. Il dit quil pourrait faire un procès à de tels auteurs, mais il na pas dargent.
Le vieil homme nest pas content non plus de la loi sur les indemnités matérielles pour les victimes des déportations.
« Les gens sont obligés de perdre leur temps dans les mairies et ne sont pas indemnisés comme il faut. Si lEtat veut vraiment nous réhabiliter, il doit le faire sur la réserve de lEtat et non pas à partir des budgets locaux, comme le prévoyait la loi. Le mécanisme légal de compensation est irréaliste, parce que les budgets locaux sont trop petits » considère Grigore Caraman.
Les anciens déportés supplient quon leur accorde leurs droits, tout en restant toujours des parias. Seul un procès qui condamnerait les crimes du communisme pourrait les réhabiliter vraiment. La République de Moldavie na pas encore condamné officiellement le communisme. On mentionne quen 2006, selon le Rapport de la Commission présidentielle, coordonnée par le prof. Vladimir Tismaneanu, le président Traian Basescu a condamné le régime communiste de Roumanie, en le qualifiant de pouvoir illégitime et criminel. Une partie importante du Rapport a été consacrée aux répressions de Bessarabie et de Bucovine du Nord, juste après lannexion de ces territoires par lURSS, en 1940.
Article publié dans le journal « Timpul », traduit par Irina Todos. Relecture - Michèle Chartier.