Malgré la pression de Moscou, la petite Moldavie tente de se rapprocher de l'Union européenne. Depuis mai 2008, une Commission chargée de l'intégration à l'UE fonctionne et de plus, l'UE apporte une aide d'environ 100 millions d'euros pour 2009.
La Moldavie, «partenaire oriental» de l'UE
EUROPE. L'héritage post-soviétique pèse toujours lourd dans cette petite ex-république dont trois habitants sur quatre veulent adhérer à l'Union.
Le Temps. Richard Werly, envoyé spécial à Chisinau, Jeudi 4 décembre 2008
Les couloirs du palais du gouvernement sont toujours interminables. Avec, de part et d'autre, les lourdes portes de bureaux identiques et austères, dans le plus pur style des bâtiments soviétiques. A Chisinau, capitale d'une Moldavie revenue depuis l'été sur la carte de la nouvelle guerre froide en raison du conflit gelé de Transnistrie, l'héritage de l'ex-URSS pèse toujours très lourd. Sauf que le cap politique est, lui, résolument européen.
«Nous avons depuis le mois de mai une Commission chargée de l'intégration à l'UE, composée de représentants des administrations», argumente Natalia Catrinesco, coordinatrice de l'aide européenne. Une aide d'environ 100 millions d'euros pour 2009 (équivalente à 5% des revenus annuels de l'Etat), décisive pour ce pays de 4,4 millions d'habitants considéré comme le plus pauvre d'Europe, avec un salaire mensuel moyen inférieur à 100 euros.
Six ex-républiques
Le sort de la Moldavie est emblématique des difficultés rencontrées par la «politique de voisinage» de l'Union européenne vers l'Est, bousculée par la guerre du mois d'août entre la Géorgie et la Russie. Six ex-républiques de l'URSS sont concernées: Ukraine, Moldavie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan et Biélorussie. Mais toutes sont loin d'avoir la même attitude vis-à-vis de Bruxelles.
Outre le cas spécifique de la Géorgie - où une mission d'observateurs européens est déployée depuis le 1er octobre, et pour laquelle une aide d'environ 550 millions d'euros a été débloquée - l'Ukraine et la Moldavie veulent rejoindre les Vingt-Sept. De quoi compliquer le futur «partenariat oriental» que la Commission européenne a proposé mercredi pour dissocier ses liens avec cette zone d'une intégration future. Un sommet est prévu pour juin 2009: «Celui-ci ne constitue pas l'antichambre de l'adhésion, prévient-on à Bruxelles. On n'en parlera pas. Elle n'est pas à l'ordre du jour.»
«Principal objectif»
Le problème est que la Moldavie, à la fois frontalière de la Roumanie dont elle partage la langue et la culture, et imbibée par l'influence russe héritée de son appartenance à l'ex-URSS, vit très mal ce recadrage. A commencer par son président, le communiste Vladimir Voronin réélu par le parlement pour un second mandat en avril 2005. «70% de nos citoyens soutiennent l'intégration, explique-t-il au Temps, dans le cadre d'une visite organisée par le German Marshall Fund. L'intégration à l'UE est à la fois notre priorité et notre principal objectif à long terme.»
L'idée de la Commission de substituer à l'adhésion un accord d'association comportant une facilitation des visas - plus d'un demi-million de Moldaves travaillent à l'étranger, souvent en situation illégale, et leur épargne représente 36% du PIB - est donc mal accueillie à Chisinau. Les prochaines législatives, en mars, tourneront autour de cela: «Le conflit en Géorgie a redistribué les cartes, reconnaît un ambassadeur européen. Si le scrutin se déroule bien, la Moldavie sera, comparée à la situation fort délicate de l'Ukraine, en pole position.»
Le débat est stratégique pour l'UE. La Moldavie, en conflit gelé depuis 1992 avec la Russie à propos de l'enclave de Transnistrie située entre le fleuve Dniestr et l'Ukraine, est au cur de la nouvelle confrontation Est-Ouest. Une mission de surveillance douanière, Eubam, y est déployée depuis juin 2005 pour lutter contre les trafics. Un représentant de l'UE, Kalman Miszei, assure le lien avec les autorités pro-russes et séparatistes de Tiraspol qui revendiquent toujours leur rattachement à Moscou. Un processus de négociation est en cours: «La solution à notre problème se trouve dans le dialogue UE-Russie, pas dans une adhésion à marche forcée», prévient Vladimir Yastrebchiak, 29 ans, de facto ministre des Affaires étrangères de Transnistrie.
Le défi moldave est enfin d'autant plus crucial pour l'UE que la Russie s'active. Le premier ministre Vladimir Poutine était le 14 novembre à Chisinau, où s'est tenu un sommet de la Communauté des Etats indépendants (CEI). «L'après- conflit géorgien a changé les choses. Le ton n'est plus celui de la confrontation, reconnaît le président Vladimir Voronin. La Russie reconnaît la souveraineté de la Moldavie sur la Transnistrie.» Moscou tente de retisser les liens. Jusqu'où? «La vraie division politique, en Moldavie, est entre les partis pro-européens et les pro-russes, mais ces derniers cachent leur jeu, juge l'opposant Vlad Cubrecov. Il n'y a jamais eu ici de purge des ex-communistes qui, d'ailleurs, sont au pouvoir. Tout se joue en sous-main.»