Pierre-Arnaud Chouvy, Mémoire de Maîtrise de géographie, Université d'Aix-Marseille, Sous la direction de C. Spill (M.C.), 1996
1. 2. 2. Des domaines coloniaux aux Etats modernes, héritages et conséquences.
Loccupation japonaise marque donc lépoque charnière autour de laquelle sest articulée la transition des domaines coloniaux aux indépendances. Celles-ci inaugurèrent des ères nouvelles caractérisées par lémergence dEtats modernes et par la consolidation de leurs bases nationales et territoriales. Cest également à cette période que les partis communistes qui avaient participé aux luttes contre les Japonais (alliances entre Britanniques et communistes en Birmanie et en Malaisie où les premiers fournissaient lentraînement et les armes et les seconds les hommes et la connaissance du terrain) estiment pouvoir profiter avantageusement de laffaiblissement des occidentaux en lançant des insurrections et des guérillas simultanées dans tous les pays. Le Cominform donne son feu vert en 1947 et lURSS, Mao Zedong et les PC locaux comptent sur un soulèvement qui, dabord minoritaire, devienne global, mais les réactions et les résistances savèrent dune force inattendue et font des insurrections de 1948 des échecs cuisants.* Si lURSS et sa révolution prolétarienne érigée en modèle faillissent et abandonnent, la Chine ne renonce pas, considérant lAsie du Sud-Est comme partie constitutive de sa zone dinfluence et cherchant à y provoquer le soulèvement des masses rurales (M. Dassé, 1993). Ici la géographie est un vecteur de lidéologie puisque Mao Zedong conçoit la victoire de celle-ci par celle des guérillas qui reposent sur des bases arrières situées en montagne. Les accords avec les populations montagnardes sont donc indispensables et les alliances tactiques se réalisent contre des ennemis communs: les gouvernements. Cest à partir de léchec des mouvements insurrectionnels de 1948 que les Etats de la région ont commencé à sintéresser aux situations des régions frontalières montagneuses et de leurs habitants et donc à lespace qui porte désormais le nom de Triangle dOr. Si les idéologies issues du communisme ont donc pu aider à laccès aux indépendances et proposer des modèles politico-économiques aux nouveaux Etats, elles ont également porté les germes du désordre en leur sein, les mouvements insurrectionnels reposant en grande majorité sur les groupes de guérilleros communistes dressés contre les Japonais.
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Le Laos sest vu accorder lindépendance, outre celle décrêtée par les Japonais en 1945, en 1954 mais au sein de lUnion française. La reconquête du pays par les Français après loccupation japonaise suscita là aussi une opposition basée sur une mouvance communiste. En effet le Laos se vit divisé selon une partition longitudinale, le Gouvernement Royal, associé aux Français et disposant de tous les attributs dun Etat souverain (gouvernement, parlement, administration centrale et régionale ...) mais dont le pouvoir effectif était en fait entre les mains de lUSAID, ainsi quétait nommé lorganisme gérant laide américaine. Toute la structure gouvernementale et administrative était doublée par lUSAID qui détenait également tous les moyens financiers procurant 85 % de laide étrangère soit deux fois les dépenses du budget national et plus de cinq fois ses recettes (C. Taillard, 1992, p. 325). La partie ouest du Laos était ainsi sous influence et domination occidentale alors que lest montagneux était sous ladministration du Front Patriotique Lao, le Neo Lao Haksat, dominée par le parti communiste, ce qui a contribué à affaiblir lintégration de lespace national. Cest après la signature des accords de Paris en janvier 1973 que le cessez-le-feu entra en vigueur en février, mettant fin aux activités officiellement anticommunistes des Américains au Laos, et que le Gouvernement Provisoire dUnion Nationale fut mis en place. La République Démocratique Populaire était fondée le 2 décembre 1975, réunissant ainsi le pouvoir central au-dessus dune société et dun territoire profondément divisés par vingt-deux ans dévolutions divergentes caractérisées par des forces centrifuges et de directions opposées: vers la Thaïlande et vers le Vietnam. La politique de collectivisation de type maoïste et de centralisation, menée de 1975 à 1979, a été un véritable échec et a donc été suivie par une décollectivisation et une réorganisation de ladministration provinciale à partir de 1980.** Lautonomie administrative et commerciale accordée aux provinces, cette "provincialisation de la gestion territoriale", associée au centralisme politique, permet par sa souplesse déviter les risques datomisation toujours présents dans un pays caractérisé par ses partitions successives et sa forte hétérogénéité ethnique, mais nest pas sans dangers non plus pour lintégration nationale puisque les échelles provinciales sont privilégiées sur de nombreux plans. Les réformes opérées en 1980 dans le cadre de la construction et de la gestion politico-territoriale de la République Démocratique Populaire Lao traduisent lhéritage accepté des systèmes politiques thaï, "La cohésion nationale se fondant donc autour de trois sous-ensembles emboîtés, dotés dune relative autonomie et reproduisant chacun le modèle en auréoles défini à partir du centre: les villages autour du chef-lieu de district, les districts autour des capitales provinciales, les provinces autour de la capitale nationale." (C. Taillard, 1992, p. 341)
NDLR
* Encore une fois, la preuve que le peuple ne veut pas du communisme contrairement aux tonnes de propagande déversée par les partis qui imposent, de force, cette idéologie pour le seul avantage d'une nouvelle bourgeoisie et de son leader, toujours un mégalomane pervers polypsychopathe.
** Cette «politique de collectivisation de type maoïste et de centralisation», n'est que la copie du projet marxiste-léniniste appliquée aux forceps à la Russie par Staline.
Toujours cette conspiration du silence pour protéger l'idéologie marxiste qui peut ainsi continuer son oeuvre pervertie et malsaine.