Toujours le mépris pour les centaines de millions de victimes du communisme

Sur le site "Association des Amis du Maitron" est repris un article du Monde faisant la critique de "Le Siècle des communismes", torpille de sabotage du "Livre noir du communisme". On retrouve une nouvelle preuve du mépris pour les centaines de millions de victimes par des progressistes dont l'unique objectif est de sauver le marxisme, leur funeste idéologie. Et tant pis pour les victimes passées et surtout présentes du communisme!
http://biosoc.univ-paris1.fr/actu/livres/lsdc4.htm

Le Siècle des communismes, sous la direction de Michel Dreyfus, Bruno Groppo, Claudio Ingerflom, Roland Lew, Claude Pennetier, Bernard Pudal, Serge Wolikow, éd. de L'Atelier, 160 F.


" Le communisme, entre analyse scientifique et vision policière de l'histoire "

Le Monde, 21 septembre 2000

DÉBAT : Trois ans après la parution du Livre noir du communisme, œuvre controversée d'un collectif d'historiens réunis par Stéphane Courtois, une autre équipe publie Le Siècle des communismes, écrit, en partie, en réaction au précédent. Ses auteurs entendent proposer une analyse scientifique du phénomène communiste, questionné dans sa globalité, en rejetant l'approche centrée sur son caractère criminogène. Ce livre ouvre ainsi de nouvelles perspectives au moment où, en France, les historiens se déchirent entre ceux qui recherchent des scoops via l'ouverture des archives soviétiques et ceux qui rejettent ces méthodes. Pour Nicolas Werth, qui avait participé au Livre noir mais s'était démarqué de sa préface, " il y a eu une dérive de l'histoire exclusivement policière et une fascination de l'archive alliée à l'idée qu'elle permet de repartir de zéro ".

Réaction au  Livre noir  publié en 1997 par une équipe d'historiens autour de Stéphane Courtois,  Le Siècle des communismes  entend s'inscrire dans une démarche distanciée et questionner ce système politique dans sa globalité.

Comment de l'idéologie de l' " avenir radieux ", creuset de l' " homme nouveau ", est donc né le " culte de la personnalité " avec son cortège de purges et de crimes, menés de manière " impériale " depuis le " Vatican soviétique " ? Pourquoi le " socialisme réel " qui, pendant un temps, régnait - dans ses différentes versions régionales - sur un bon tiers de l'humanité est-il " mort de vieillesse ", victime d' " une déperdition de croyance " ? Ces questions et bien d'autres sont au coeur du travail des historiens du communisme. Le problème est de savoir si leurs analyses peuvent passer de la rubrique politique à la rubrique histoire, du champ idéologique au champ scientifique.

Sur le communisme, l'historiographie était, depuis longtemps, d'une grande richesse. Dès 1917, voyageurs, journalistes ou écrivains ont rapporté d'Union soviétique ce qui est presque devenu un genre littéraire, le retour d'URSS. Cette littérature abondante a été suivie de celle des opposants comme Victor Serge ou Boris Souvarine, avec son prophétique Staline, publié en 1935. L'historiographie a ensuite balancé entre empathie et antipathie, avant que des travaux scientifiques ne viennent éclairer le phénomène, à partir des années 60, en particulier dans le monde anglo-saxon. La chute du mur de Berlin et l'effondrement des pays de l'Est, accompagnés de l'ouverture des archives de Moscou, ont renouvelé les approches. Est-on pour autant passé de l'ère des hypothèses à celle des certitudes? Certainement pas : en France comme aux Etats-Unis, les écoles d'historiens s'affrontent, et pas à fleurets mouchetés, autour du " communisme, espoir et désillusion du siècle ".

" Et si le Livre noir n'avait pas tout dit ! " : le bandeau qui accompagne Le Siècle des communismes annonce clairement l'objectif du livre que publie un collectif d'historiens français et anglo-saxons. Il s'agit bien de répondre au pavé d'un autre collectif, mené par Stéphane Courtois, dont la publication, en 1997 , avait été suivie d'une polémique. Certains coauteurs du Livre noir du communisme s'étaient dès sa parution désolidarisés de la préface de Stéphane Courtois. Celui-ci s'interrogeait sur l'idée d'un Nuremberg du communisme pour juger les " crimes contre l'humanité " commis par les partisans de ce système politique. Cette position extrême avait provoqué un tollé, y compris au sein de la revue Communisme dont le numéro du dernier trimestre 1999 (n°  59-60) faisait largement état.

L'histoire de la revue Communisme, fondée en 1982 par Annie Kriegel, pionnière française de l'histoire scientifique du communisme, et Stéphane Courtois, résume assez bien l'histoire du débat français. Ce n'est pas un hasard si plusieurs auteurs du Siècle des communismes ont quitté cette revue après des désaccords. " La revue, explique Denis Pechanski, qui comptait parmi ses premiers collaborateurs, fédérait autour d'Annie Kriegel des jeunes chercheurs animés par une volonté de faire du communisme un objet scientifique avec des grilles d'analyse complémentaires ou divergentes. C'était un projet intellectuel exemplaire autour de l'idée d'une double dimension, téléologique et sociétale, du phénomène communiste. La dislocation de l'équipe a commencé quand est apparu un renouveau de l'histoire policière du PCF et une dérive du scoop avec les allégations contre Jean Moulin, accusé d'être un agent soviétique. L'ouverture des archives de Moscou en 1991 a renforcé cette tendance ". Après l'affaire Jean Moulin, la revue Communisme a subi d'autres crises qui ont entraîné des départs, en particulier après la publication du livre de Karel Bartosek, Les Aveux des archives, qui mettait en cause Arthur London, l'auteur de L'Aveu, provoquant une polémique, suivie d'une pétition de soutien à l'auteur.

Affirmer que Jean Moulin ou Pierre Cot étaient des " agents ", que tel ou tel dirigeant socialiste ou journaliste était " sous influence " en faisant " parler " les archives a provoqué une cassure entre les historiens adeptes des scoops et ceux qui rejettent ces méthodes. Point ultime de cette dérive, le débat entre spécialistes de la Résistance dans les colonnes de Libération autour de l' " affaire Aubrac " a montré les dangers de l'histoire-spectacle où l'historien devient juge.

Aux Etats-Unis aussi, deux écoles divisent le monde universitaire. La première, qualifiée de " totalitariste ", privilégie le rôle du parti-Etat en Union soviétique. La seconde estime qu'on ne peut pas occulter le poids de la société. On l'appelle " révisionniste " - ce qui a une connotation terrible en France - parce que ses membres ont contesté les chiffres des victimes du Goulag en divisant les estimations précédemment admises par dix. Cette école est aujourd'hui dominante. Le débat américain, s'il a des connotations politiques, l'une des écoles étant de droite et l'autre de gauche, a surtout comme théâtre le monde universitaire. En France, " fille aîné de l'Église communiste ", un pays où le Parti communiste français a des ministres, où on trouve encore des rues Lénine ou une station de métro Stalingrad, le débat va bien au-delà des cercles universitaires et traverse la société, ce qui explique évidemment son âpreté.

Les Éditions de l'Atelier, qui publient Le Siècle des communismes, ont mené à bien la publication depuis 1971 du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier en 46 volumes, appelé familièrement le Maitron, une œuvre gigantesque, aujourd'hui disponible sur CD-Rom. Il sera complété en 2001 par la publication d'un dictionnaire des kominterniens, qui proposera les biographies de quatre cents militants de l'Internationale communiste dans les pays francophones (France, Suisse, Belgique et Luxembourg) un travail rendu possible par l'ouverture des archives. " Toute notre démarche, explique Claude Pennetier, responsable du Maitron et un des auteurs du Siècle des communismes, tend à combattre la vision policière de l'histoire. Le Livre Noir ne permet pas de comprendre comment fonctionne le système stalinien, il est focalisé sur la dimension criminelle, il a du mal à être dans l'interprétation ou dans l'analyse. L'idée majeure de notre livre est que l'essence du communisme est complexe, elle n'est pas uniquement criminogène ". Rejetant les dérives de l'histoire " policière ", Le Siècle des communismes essaye de s'inscrire dans une démarche scientifique " distanciée " en interrogeant le phénomène communiste au pluriel. Sans omettre de discuter les notions de totalitarisme, de crime de masse ou de comparaison avec le nazisme, et en replaçant le phénomène communiste au cœur des luttes libératrices du XXe siècle. Ce nouvel ouvrage se garde cependant d'examiner en quoi la théorie marxiste a pu avoir un rôle dans les crimes du communisme au XXe siècle, mais le Livre noir s'en gardait aussi.

Michel Lefebvre



Trois questions à Nicolas Werth

1- Vous avez participé au Livre noir avant de critiquer la préface de Stéphane Courtois, aujourd'hui paraît Le Siècle des communismes. Quelle est votre sentiment sur l'état des recherches sur le communisme ?

Expliquer qu'il n'y a pas un communisme mais des communismes je suis plutôt d'accord. Le phénomène n'est pas réductible au crime, il y a d'autres dimensions. Plus on compare le communisme et le nazisme, plus les différences sautent aux yeux. Il y a eu une dérive de l'histoire exclusivement policière et une fascination de l'archive alliée à l'idée qu'elle permet de repartir de zéro. En même temps, si on regarde les publications au cours des dix dernières années, les morceaux de bravoure sont plutôt du côté des gens autour de Stéphane Courtois, qui ont éclipsé la tendance des recherches sociétales.

2- Le débat en France est-il comparable à celui qui a lieu aux États-Unis ?

Aux États-Unis on identifie bien deux camps ; en France, c'est moins clair. De toute façon, il faut être modeste, les grandes œuvres sur la soviétologie sont américaines et très peu sont traduites en français. La césure américaine est classique. Jusque dans les années 70 régnait sans partage l'école politologique dans la lignée d'Hannah Arendt, qui voyait comme seule analyse possible le " totalitarisme " et négligeait l'histoire sociale. En réaction contre ce courant, l'école " révisionniste ", autour de Léopold Haimson, Moshe Lewin, Sheila Fitzpatrick, a réhabilité l'histoire sociale. L'ouverture des archives a montré les faiblesses des deux approches, chaque camp s'est retrouvé avec des démentis.

3- Quelle est votre opinion sur l'évolution du débat en France ?

Les jeunes historiens français sont conscients des limites de l'école " révisionniste " et de l'école " totalitariste ". Sans complexe, ils dépassent les approches et ne se figent pas dans un cadre. Une des grandes idées des " révisionnistes " était que, derrière l'entreprise de collectivisation stalinienne, il y avait des forces qui soutenaient ce mouvement ; il n'en était rien. De l'autre côté, les " totalitaristes " décrivent une terreur toute-puissante. Alors que ce qui frappe c'est que la violence est le résultat d'une frustration permanente du pouvoir face à une société qui est rétive, qui ne plie pas. Le social pollue le politique et devient une des sources de la violence.

Propos recueillis par Michel Lefebvre



Une incitation à penser autrement un phénomène complexe

Fruit des compétences de vingt-trois chercheurs français et étrangers, de générations et de filiations différentes, ce livre est à marquer d'une pierre blanche. Moins comme riposte au Livre noir du communisme ce qu'il est qu'en raison de sa teneur. Rejetant l'analyse de François Furet, dans Le Passé d'une illusion, et l'approche centrée sur la criminalité du communisme, ses auteurs s'attachent à explorer les facettes d'un phénomène complexe marqué par une diversité, sans éluder la question d'une identité commune aux avatars du communisme, non plus que le rôle central de l'URSS. Dans un domaine où l'invective a été monnaie courante, cette démarche vaut d'être relevée. L'économie du livre dit le souci de mise en perspective de ses maîtres d'œuvre. Il s'ouvre sur un examen historiographique puisque l'histoire des analyses du communisme fait aussi partie de l'histoire du communisme. Le lecteur y apprendra beaucoup sur un champ de recherche longtemps ballotté entre science historique et légitimation politique (Brigitte Studer). Après la domination des courants totalitariste, puis révisionniste, Sabine Dullin plaide pour " une histoire sociale du politique ". Si l'évocation de la diversité des contextes historiques est classique, celle des individus l'est moins. Les raisons de l'engagement, les façons d'être communiste ont varié au gré de la géographie et du temps. On regrettera que le livre évoque peu ceux qui ont revendiqué une identité communiste tout en récusant son statement officielle et étatique. Le deuxième volet du livre pose les jalons d'un itinéraire tourmenté. Le communisme connaît après 1945 une ascension irrésistible. Vingt ans plus tard, il est sur la défensive.

Divorce sans alternative

Vingt ans encore et le voilà à l'agonie. Un désastre aux effets dévastateurs : vaincu, il est déchu de tout, y compris de sa prétention à améliorer la société. Les contributions qui scrutent cette expérience s'efforcent de débusquer les représentations qui y jouent un rôle éminent. Ainsi, rappeler que, même dans la période où l'URSS était unique de son espèce, l'histoire du communisme ne se confondait pas avec elle, c'est aller contre une idée reçue. L'accent est par ailleurs mis sur le contexte historique dans lequel le régime des soviets se cristallisa. Peter Holquist cite Tocqueville : l'Ancien régime a fourni à la révolution plusieurs de ses formes ; celle-ci n'y a joint que l'atrocité de son génie. Le " génie ", en l'occurrence, eut pour vecteur un parti omniscient et prit les traits de la terreur. Un abîme se creusa entre la société et le pouvoir. Ce fut vrai des paysans comme des ouvriers. Divorce donc mais sans alternative possible. Le sort des femmes ne fut guère plus enviable. Dans l'iconographie communiste, la classe ouvrière, c'était l'homme aux bras noueux. Coiffant cet ensemble, il y avait l'Internationale communiste.

En 1943, Staline la supprima. La section étrangère du PCUS géra désormais les relations avec les partis frères. Ce qui, en un sens, avait le mérite de la clarté. Une clarté aveuglante en 1945 pour beaucoup. Le communisme avait le vent en poupe. Mais, sauf en France et en Italie, la guerre froide ramena les partis qui portaient ses couleurs à leur étiage, contrecoup des conditions d'accès au pouvoir de leurs homologues de l'Europe de l'Est. On dilapida le patrimoine de la lutte antifasciste. En eut-on conscience dans l'instant ? Pas si sûr. En Asie, la victoire du communisme en Chine constituait une avancée de choix. Réinsérée dans l'économie capitaliste, la Chine n'en écrasa pas moins ses contestataires en juin 1989. En Asie du Sud-Est eut lieu le génocide perpétré par les Khmers rouges. Dans l'intervalle, le rapport Khrouchtchev de 1956 avait ouvert l'ère des turbulences menant à une implosion, tantôt rampante, tantôt soudaine. De la décrue électorale du PCF jusqu'à la déroute, aux effets autrement importants, dans les pays d'Europe de l'Est, l'échec politique fut cinglant.

Plusieurs antifascismes

La troisième partie ausculte l'Internationale. Et d'abord, ses organisations : le parti, bien sûr, mais aussi l'appareil. Coercitif et policier, l'encadrement des militants traduisait également un don consenti à la cause. Dans cette optique, la fonction des intellectuels n'allait pas de soi. Car l'Internationale, c'étaient aussi des individus, avec la foi du charbonnier chevillée au corps. La dernière partie questionne " trois enjeux en débat ". En affirmant en préambule qu'on ne peut pas tout réduire au dilemme " qui fait du communisme le résultat d'une conspiration venue de 'étranger ou le fruit d'une implantation locale ", ou encore que " la comparaison entre fascisme et communisme est légitime " à condition de ne pas les assimiler, Serge Wolikow atteste que les postures anciennes ne sont plus de mise. Traitant de la violence, Peter Holquist, Michel Dreyfus et Roland Lew font valoir que les bolcheviks n'ont pas créé la brutalisation des rapports sociaux ; ils l'ont institutionnalisée et utilisée. L'autoritarisme a marqué l'histoire des communismes au pouvoir bien au-delà de ses phases de violence extrême. Bruno Groppo montre qu'il n'y eut pas un mais plusieurs antifascismes dont le mouvement communiste officiel n'eut pas l'apanage, même s'il s'échina à le laisser accroire. La vulgate, martelée par le communisme officiel, n'est pas moins mise à mal par Bernard Pudal, qui pointe que " la relation nécessaire entre communisme et classe ouvrière est un préjugé ". Composé, à l'image de la réalité qu'il tente d'appréhender, de multiples éclairages, tantôt novateurs, tantôt récapitulatifs, cet ouvrage n'est donc pas une synthèse. Il est une incitation à penser autrement, sur un chantier en plein renouvellement.

Laurent Douzou



Un succès éditorial

Le Livre noir du communisme a fait entrer l'historiographie du communisme au rayon des best-sellers. Le premier tirage a été épuisé en quelques jours et, deux ans après sa sortie, en 1997, chez Laffont, près de 200'000 exemplaires avaient été écoulés. Le succès en France a été suivi par une large diffusion internationale, en particulier dans les pays de l'Est. Seize versions étrangères existent et une quinzaine d'autres sont prévues. Consécration suprême, Le Livre noir du communisme a été édité à Moscou et aux Etats-Unis par l'université Harvard. Au total, toutes éditions confondues, il a été diffusé à 700'000 exemplaires, un résultat qui doit faire rêver les auteurs du Siècle des communismes.

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