Cesare Battisti révèle les complicités qui lui ont permis de fuir la France
Dépêche de l'AFP du 10 décembre 2009, un fait troublant: Battisti réaffirme que des agents français l'ont aidé à fuir au Brésil Il a précisé que ce passeport lui avait été remis "par un agent du gouvernement français (du président Jacques) Chirac, mais que cet agent était lié au gouvernement de (François) Mitterrand".
Battisti réaffirme que des agents français l'ont aidé à fuir au Brésil
RIO DE JANEIRO, 10 déc 2009 | L'ex-activiste italien d'extrême gauche, Cesare Battisti, écroué à Brasilia depuis 2007, a réaffirmé jeudi devant un tribunal de Rio que le passeport falsifié avec lequel il était entré au Brésil lui avait été remis par un agent des services secrets français.
AFP | 10.12.2009 | 22:35
L'ex-activiste italien d'extrême gauche, Cesare Battisti, écroué à Brasilia depuis 2007, a réaffirmé jeudi devant un tribunal de Rio que le passeport falsifié avec lequel il était entré au Brésil lui avait été remis par un agent des services secrets français.
Battisti, dont l'extradition vers l'Italie est suspendue à une décision du président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, a comparu sous l'accusation d'être entré au Brésil en 2004 avec un passeport italien falsifié.
L'audience a duré près de trois heures mais aucun jugement n'a été rendu car l'avocat de Battisti, Luiz Eduardo Greenlagh, a demandé l'audition de nouveaux témoins.
En chemise beige, jean, tennis et sans menottes, l'ancien activiste, encadré par trois policiers fortement armés, a déclaré qu'il était entré au Brésil à Fortaleza (nord-est) "la première semaine de septembre 2004 avec un authentique passeport italien au nom d'une autre personne sur lequel il y avait ma photo". Il a précisé que ce passeport lui avait été remis "par un agent du gouvernement français (du président Jacques) Chirac, mais que cet agent était lié au gouvernement de (François) Mitterrand".
L'ancien président socialiste François Mitterrand a été au pouvoir de 1981 à 1995, et son successeur de droite Jacques Chirac de 1995 à 2007.
En janvier, M. Battisti avait déjà raconté au magazine brésilien Istoe que des membres des services secrets français l'avaient aidé en 2004 à fuir la France pour le Brésil.
Battisti, 54 ans, ancien membre du groupuscule des "Prolétaires armés pour le communisme" (PAC), a été condamné à perpétuité par contumace en Italie pour quatre meurtres commis dans les années 1970, qu'il nie.
Il avait trouvé refuge en France de 1990 à 2004, bénéficiant de la protection de l'ancien président Mitterrand, qui avait promis de n'extrader aucun Italien recherché pour terrorisme s'il renonçait à la lutte armée.
Mais, en 2004, sous la présidence de Jacques Chirac, le gouvernement français a décidé de mettre fin à la "jurisprudence Mitterrand" et d'extrader Battisti vers l'Italie.
Son voyage de la France au Brésil a duré trois semaines. Il est arrivé à Fortaleza en avion après être passé par l'île de Madère, les Canaries et le Cap Vert.
A Fortaleza, il était attendu par la police française et brésilienne et il n'a pas eu à utiliser son passeport, a-t-il dit sans donner plus de détails. "A partir de ce moment là, j'ai su que j'étais surveillé par la police française et brésilienne".
Il a dit avoir été informé à l'avance de son arrestation qui s'est produite le 18 mars 2007 à Rio. "Je suis sorti sur la plage de Copacabana pour voir une dernière fois la mer. Ils ne m'ont même pas mis les menottes".
Battisti devait regagner sa prison de Brasilia dans la soirée de jeudi.
Il a obtenu en janvier le statut de réfugié politique au Brésil, mais dans un vote serré et controversé, la Cour suprême du Brésil a donné le 18 novembre son feu vert à son extradition vers l'Italie. La Cour a toutefois laissé le chef de l'Etat décider en dernier ressort.