Commémoration du 50e anniversaire de la révolution hongroise de 1956
23 octobre 2006
Repris de http://www.claude-ruey.ch/actualite.html?id=30
Madame la Conseillère fédérale,
Monsieur le Conseiller dEtat,
Monsieur lAmbassadeur,
Mesdames, Messieurs,
Ce soir nous sommes tous Hongrois !
Nous sommes tous Hongrois, car nous commémorons un évènement qui nous a tous touchés et bouleversés, à Budapest dabord, mais ici aussi, le cinquantième anniversaire dune révolution qui a fait de la liberté un symbole, une révolution « défigurée » comme le titrait récemment Le Monde, une révolution qui a fait le tour du monde, un soulèvement sans commune mesure dun peuple qui aspirait à lindépendance et à la liberté.
Le 23 octobre 1956, au-delà des faits historiques bruts, tels le soulèvement des jeunes hongrois ou la nomination dImre Nagy au poste de Premier ministre, le 23 octobre 1956, cétait bien plus, cétait lespoir dun peuple de voir la dictature seffondrer et le joug soviétique disparaître.
La prise du pouvoir par Imre Nagy résonnait pour beaucoup de Hongrois, mais pour beaucoup dOccidentaux également, comme une volonté de reléguer dans les tréfonds de lhistoire les sombres heures de la dictature implacable des Mathias Rakösi, Andras Hegedüs ou Ernest Gerö. La grève des mineurs de Vorkuta, la révolte du pain en Pologne en juin de la même année, avaient déjà lancé les prémisses de la révolution hongroise. Le 23 octobre 1956, cétait donc un combat pour lindépendance et la liberté qui était livré.
Comment ne pas se souvenir, Mesdames et Messieurs, de ces moments, de cette révolte populaire contre un régime politique honni et castrateur ? Comment ne pas se souvenir aussi de la funeste fin de cette révolution écrasée dans le sang et la douleur ? Plus de 2600 morts, des milliers de prisonniers, 200000 Hongrois jetés sur les routes de lexil, souvenons-nous en ! Comment ne pas se souvenir encore de lentrée des chars soviétiques dans Budapest au petit matin du 4 novembre ? Comment ne pas se souvenir non plus du vibrant et poignant discours dImre Nagy à la Radio hongroise ce 4 novembre 1956, alors que les troupes soviétiques entraient dans la capitale ? Son appel pressant aux peuples de Nations Unies a été lun des plus vibrants, celui dun peuple pour la liberté. Comment ne pas se souvenir enfin, de ce gouvernement assiégé dans une ambassade yougoslave encerclée par les troupes soviétiques pendant trois semaines ?
Jétais sans doute trop jeune, à cette époque, Mesdames et Messieurs, pour avoir pris conscience de manière complète de la soif de liberté du peuple hongrois à ce moment, de son désir dindépendance, de sa volonté de vivre comme le reste de lEurope occidentale. Pourtant, malgré mes 7 ans, jétais pendu à la radio, attentif à toute nouvelle despoir arrivée de Budapest. Et je garde, comme de nombreux compatriotes suisses dailleurs, une image presque tragique de ces événements. Mes proches en parlaient avec vigueur et tristesse. Le petit garçon que jétais na-t-il pas lui aussi partagé cette tristesse en offrant une partie de ses jouets aux petits hongrois réfugiés en Suisse? Na-t-il pas lui aussi, comme beaucoup de petits camarades, jeté des pièces de monnaie dans un drapeau hongrois lors des matches de football dans certains stades suisses, ceci pour aider les 14'000 réfugiés hongrois qui trouvèrent accueil dans notre pays ? Na-t-il pas vécu avec gravité les trois minutes de silence qui vinrent marquer le 20 novembre ?
Pour de nombreux Suisses et Suissesses, la révolution hongroise sest concrètement caractérisée par larrivée massive de réfugiés qui quittaient le sol hongrois avec pour seuls bagages lespoir de jours meilleurs. 14'000 sont arrivés dans notre pays. Plusieurs enfants ont fréquentés alors les écoles de nos villes et villages. Beaucoup sont restés et se sont installés avec bonheur dans leur nouvelle patrie. Tous se sont intégrés en Suisse avec une déconcertante facilité. Pour une bonne part dentre vous ce soir, vous en faites sans doute partie. Nous en gardons un souvenir ému et nous pouvons dire, 50 ans après, que nous avons été fiers de pouvoir accueillir à bras ouverts autant de Hongrois persécutés. On aimerait aujourdhui que le peuple suisse sen souvienne et quil en tire un certain enseignement pour sa politique daccueil actuelle.
Aujourdhui, 50 ans jours pour jour après cette première insurrection quels enseignement pouvons-nous en tirer ?
Le mouvement hongrois doctobre 1956 fut une insurrection, une révolution. Ce fut un soulèvement, spontané, sans dirigeants préétablis. Ce fut à bien des égards un authentique mouvement de masse, uni dans le rejet du régime stalinien et mû par une volonté daméliorer la situation sociale. Cétait à une première désagrégation du système totalitaire soviétique à laquelle lEurope et le monde assistaient de façon concrète.
Les intellectuels qui se battaient pour la réforme nont jamais imaginé un tel cataclysme, un bouleversement aussi violent, une remise en question de la totalité des institutions et encore moins une opposition armée à la domination de lURSS. En octobre 1956, le peuple hongrois sest soulevé contre le despotisme, pendant dix jours il sest senti libre et a exercé cette liberté ; il a montré que le totalitarisme marxiste nétait pas inéluctable. Malgré léchec, malgré lextinction de cette petite flamme de liberté sous la puissance dun souffle meurtrier, la révolution de 1956 est venue témoigner de ce que laspiration à la liberté ne peut être étouffée et que, tôt ou tard, la liberté sort toujours victorieuse de ses combats contre la dictature.
Aujourdhui, la Hongrie est un pays libre. Cest un pays qui jouit de son indépendance depuis 1989. Les événements des ces dernières semaines à Budapest nous enseignent dailleurs que la population demeure plus attachée que dautres à la démocratie et à la liberté.
La liberté, Mesdames et Messieurs, cest un bien universel. Comme libéral, je ne peux mempêcher de le rappeler en citant ces quelques mots du poète Sandor Petöfi, qui a tant inspiré les insurgés de 1956 :
Liberté, amour,
Voici ce quil me faut.
Pour mon amour
Je sacrifierais ma vie.
Pour la liberté
Je sacrifierais mon amour !
Hommage soit rendu à ces Hongrois courageux qui nont pas hésité à se sacrifier pour lamour de la liberté ! 50 ans plus tard, nous pouvons affirmer quils ont ainsi montré au monde entier ce quétait le chemin de lhonneur.
Je vous remercie de votre attention.
Claude Ruey
Conseiller national