Sur la longue liste des despotes africains, Lansana Conté.
Selon les tiers-mondistes, la pauvreté de l'Afrique provient de son exploitation colonialiste ou néo-colonialiste mais jamais de l'application du marxisme, de la construction du socialisme, du despotisme ou de dictature sanglante ou même canibale (Idi Amin Dada). C'est grâce aux tiers-mondistes que ces prédateurs se maintiennent et prospèrent. Et une fois démis, ils restent impunis toujours grâce aux tiers-mondistes.
Les tiers-mondistes, par naïveté ou par bétise, n'ont pas soutenu les peuples mais les prédateurs des peuples.
L'interminable fin de règne à Conakry
AFRIQUE DE L'OUEST. Le mouvement de contestation appelant au départ du président Lansana Conté a fait en deux semaines une quarantaine de victimes. Portrait de l'autocrate qui dirige la Guinée depuis vingt-trois ans.
INTERNATIONAL Le Temps Lemine Ould M. Salem, Dakar Mercredi 24 janvier 2007
Sur la longue liste des despotes africains, Lansana Conté, 75 ans environ, est un cas un peu à part. Le général-président, dont le départ est la principale exigence des violentes manifestations qui depuis deux semaines ensanglantent la Guinée et qui ont fait plus d'une quarantaine de morts, gouverne le pays depuis 1984 avec un étonnant mélange des traits d'un chef de bande sanguinaire et d'un dictateur contemporain.
Né vers 1934 à Moussayah Loumbaya, non loin de Conakry, la capitale, dans une famille modeste de paysans appartenant à la minorité soussou, cet ancien soldat de l'armée française, vétéran des guerres d'Indochine et d'Algérie, est arrivée au pouvoir voici vingt-trois ans. Chef d'état-major adjoint de l'armée, il avait profité de la confusion née de la mort survenue dix jours plutôt du «Père de la Nation», Ahmed Sekou Touré, pour renverser son successeur constitutionnel, le premier ministre Lansana Béavogui.
Descente aux enfers
A la tête d'un Comité militaire de redressement national, celui qui justifiait alors son geste par «l'Appel de la patrie», meurtrie selon lui par vingt-six ans de dictature personnelle et marxiste, décrète, en avril 1984, une transition devant déboucher sur l'instauration de la démocratie et la libéralisation de l'économie. Un an plus tard, devant le peu de changements concrets, les Guinéens commencent à manifester leur impatience. Résultat: une partie de la junte tente de renverser le général-président. Mais l'initiative échoue et les instigateurs de cette première tentative de coup d'Etat sont arrêtés avant d'être fusillés. La Guinée commence alors une longue descente aux enfers.
Politiquement, le pays se transforme en une gigantesque prison. Economiquement, le «Château d'Afrique de l'Ouest» au sous-sol riche en minerais, notamment en bauxite (un tiers des réserves mondiales), devient l'un des pays les plus pauvres et les plus mal gérés de la planète. Aujourd'hui, la moitié des 9 millions d'habitants vit avec moins d'un dollar par jour, tandis que la Guinée est classée deuxième Etat le plus corrompu du monde.
Une lueur d'espoir est pourtant née en 1993. Sous la pression de la communauté internationale, notamment la France. L'année précédente, le président François Mitterrand lance son célèbre discours de La Baule devant les chefs d'Etat africains, exigeant la démocratisation des régimes, sans quoi le robinet de l'aide au développement vitale pour la plupart d'entre eux se fermera. Lansana Conté consent alors à instaurer le multipartisme et met son fauteuil en jeu. Sa victoire n'est effective qu'après avoir fait annuler le vote dans les régions favorables à son principal adversaire Alpha Condé.
En 1998, le général-président est reconduit pour un nouveau mandat après un scrutin tout aussi contestable, mais qui avait pleinement «satisfait» l'ambassadeur de France de l'époque, venu féliciter le président de sa victoire, avant même la proclamation des résultats. Un mandat qui, normalement, devait être le dernier pour l'autocrate, si une révision constitutionnelle n'avait été introduite pour prolonger son règne: plus de limite d'âge pour être chef de l'Etat et mandats présidentiels illimités. Autant dire une consécration d'une présidence à vie.
Soigné à Genève
Devant le déluge de protestations provoquées par une telle mesure, Lansana Conté reste de marbre. En guise d'explication, il se contente d'affirmer avoir accepté l'organisation d'un référendum constitutionnel sous la pression de ses amis et de son peuple. Le comble est qu'il n'a même fait campagne. «Je ne peux pas, j'ai mal aux pieds. C'est vous qui m'avez désigné, alors débrouillez-vous!» avait-il lancé publiquement aux délégués de son mouvement, le Parti de l'unité et du progrès (PUP), venu lui demander de participer à un meeting dans le grand stade de la capitale.
En décembre 2003, Lansana Conté, alors gravement malade, est réélu avec un score de... 95,6% des voix face à un unique candidat faire-valoir. Le «soldat-paysan», comme il aime se qualifier lui-même, a alors élu domicile dans sa ferme Wawa, à deux heures de routes de Conakry. Le dictateur vieillissant est frappé par une forme aiguë de diabète et une leucémie aggravée. Les seules fois où il a consenti à quitter les lieux, c'était lorsqu'il devait se faire se soigner à l'étranger, à Genève notamment, où l'autocrate africain est devenu ces dernières années un habitué de l'hôpital cantonal.
Lorsque des risques de déstabilisation de son régime se font sentir, comme c'est le cas actuellement, l'ancien chef militaire regagne la capitale. Au lieu du palais présidentiel, il s'est installé dans l'enceinte même du principal camp militaire de Conakry. Histoire sans doute pour cet homme dont l'armée a toujours été le seul rempart d'éviter une trahison de celle-ci: «La solution idéale pour éviter l'implosion de la Guinée», selon les mots d'un haut diplomate onusien.