LA FACE CACHEE D'ACTION DIRECTE

Une nouvelle fois, on a plus d'égards pour les assassins que pour leurs victimes.

Le 31 mai 1983, Régis Schleicher, autre membre d'Action directe lors d'une fusillade à l'avenue Trudaine (Paris) tue 2 policiers et un autre grivièment blessé. Condamné à la perpétuité, en avril 2003, il s'évade de la centrale de Moulins, la plus sûre d'Europe. Repris et jugé en octobre 2005, il déclare à Libération du 22.10.05: «L'hypothèse que nous défendions a failli».

Comment il voit sur la fusillade de l'avenue Trudaine, plus de 20 ans après. «Deux hommes sont morts. Les seuls qui s'en souviennent sont leurs proches. Sans doute trop «anonymes», pas assez «nobles», pour que le système qui les mandatait s'en souciât deux décennies après. Un de mes camarades fut tué, dans des conditions assez voisines. Personne ne s'en est ému, sauf des proches. Dans ces deux cas, il s'agit de rencontres fortuites entre deux groupes de personnes armées, dont chacune, à tort ou à raison, pense qu'elle représente la légitimité et le (bon) droit. Lorsque les armes sortent, il n'est plus question de morale, de justice ou de quoique ce soit d'autre. Survit celui qui a les meilleurs réflexes, et une part de chance. C'est terrible, mais c'est ainsi.» En résumé, les policiers sont morts parce qu'ils n'avaient pas de chance.

En résumé, 4 morts pour une hypothèse qui a failli. Compassion pour les victimes et leurs familles, néant! A propos de l'assassinat de M. Besse, il devait «ralentir [la] marche de la recomposition bourgeoise et aggraver ses contradictions internes, et ainsi l'affaiblir dans la guerre des classes». Comme c'est beau et généreux la gauche révolutionnaire! Pourtant, Régis Schleicher «demeure un militant communiste». Et s'on étonne les horreurs que provoquent ces gens quand ils gagnent le pouvoir. L'article d'où sont extraites ces citations.

Joëlle Aubron C'est même absence d'humanité se retrouve chez Joëlle Aubron. A la question, quel regard portez-vous sur les actes d'AD ? Sur les assassinats ?, elle répond: «Ethiquement et humainement, il n'est pas question de justifier la mort de quiconque. Mais je ne peux formuler ni regrets ni repentir, je trouverais cela indécent par rapport aux victimes et à ceux qui restent. Ce serait une posture. Je porte en moi cette responsabilité, et pas seulement parce que j'ai été condamnée, mais parce que j'appartenais à cette organisation. A l'époque, ce fut un choix, ce fut la réalité du combat. Nous pensions, je pensais qu'il était possible de faire émerger un contre-pouvoir. Nous pensions pouvoir défendre la barricade.» Le reste de l'article.

Hélas, cette façon de voir le monde, maladive et perverse, qui admet l'assassinat d'individus considérés comme ennemi du peuple ou de la révolution, n'est pas propre à Action directe. Lisez les prises de position de leaders de la gauche lors d'une pétition demandant la libération de Joëlle Aubron pour raisons médicales.

Chronologie d'Action directe

Fin des années 70, anarchistes, militants de la lutte antifranquiste, Napap (Noyaux armés pour l'autonomie prolétarienne), syndicalistes fondent ce groupe pour «lutter contre la violence de l'Etat».

1979, mitraillage de façades «symboles du capitalisme et de l'impérialisme», dont celles du CNPF (patronat) ou du ministère de la Coopération. En 1980, Jean-Marc Rouillan et Nathalie Ménigon sont arrêtés à Paris. En 1981, ils sont libérés après l'amnistie qui suit l'élection de François Mitterrand.

1983, deux policiers sont tués au cours d'une fusillade à Paris.

1985 le général Audran, inspecteur général de l'armement, est assassiné.

1986 Assassinat de Georges Besse, le patron de Renault..

1987 Joëlle Aubron, Nathalie Ménigon, Jean-Marc Rouillan, Régis Schleicher et Georges Cipriani sont condamnés, à la perpétuité assortie d'une période de sûreté de dix-huit ans.


Action directe: semi-liberté confirmée pour Jean-Marc Rouillan
Le cofondateur d'Action directe sera transféré le 17 décembre au centre de semi-liberté de Marseille.
LIBERATION.FR : jeudi 6 décembre 2007

Jean-Marc Rouillan, cofondateur d'Action Directe, s'est vu accorder ce jeudi un régime de semi-liberté prévoyant qu'il travaille la journée dans une maison d'édition marseillaise et passe ses nuits en prison.

La chambre de l'application des peines de la cour d'appel de Paris n'a fait que valider «le jugement de première instance» que le tribunal de l'application des peines avait accordé en septembre. Un jugement «confirmé dans toutes ses dispositions» a précisé Me Chalanset soulignant que le confondateur d'Action directe, incarcéré depuis févirer 1987 et actuellement détenu à Lannemezan (Hautes-Pyrénées), sera transféré le 17 décembre au centre de semi-liberté de Marseille.

Comme trois autres membres d'Action Directe - dont son épouse Nathalie Ménigon qui bénéficie d'une semi-liberté dans la région de Toulouse depuis août -, Rouillan a été condamné deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité, notamment pour les assassinats du PDG de Renault Georges Besse, en 1986, et de l'ingénieur général de l'armement René Audran, un an plus tôt.

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