La justice italienne réclame douze extraditions
En France, les demandes «pas toutes fondées» sont examinées.

Par Eric JOZSEF et Paul QUINIO, Libération jeudi 26 août 2004

Après avoir piqué un coup de sang en apprenant la disparition de Cesare Battisti, le ministre de la Justice (Ligue du Nord) Roberto Castelli a indiqué que les procédures pour l'extradition des ex-terroristes réfugiés en France étaient maintenues. «Tout se déroule avec lenteur, mais avec inexorabilité», a-t-il menacé après s'en être pris la veille «à cette gauche européenne qui combine continuellement des catastrophes, qui défend des assassins en fuite». Dès mardi après-midi, le ministre italien s'était entretenu au téléphone avec son homologue français Dominique Perben. Au cours d'une conversation «cordiale et amicale», ils auraient confirmé, selon Roberto Castelli, «leur volonté commune» sur ce dossier.

La presse italienne a aussitôt publié la liste, et les photos, des anciens activistes que le département des Affaires pénales aurait dressée, pour réclamer leur extradition à la France. Onze d'entre eux (dont Cesare Battisti) résideraient en France. Le douzième, Alessio Casimirri, serait le dernier membre encore en fuite du commando des Brigades rouges qui enleva, le 16 mars 1978, le président de la Démocratie chrétienne Aldo Moro (exécuté, à Rome, 55 jours plus tard). Il s'est réfugié au Nicaragua, et la Cour suprême de Managua a jusqu'à présent toujours refusé son extradition. Le gouvernement Berlusconi a engagé de nouvelles procédures «diplomatiques et politiques» pour obtenir son retour en Italie.

Affaires «urgentes». A l'adresse des anciens terroristes, Roberto Castelli a réaffirmé: «Vous pensiez vous être tirés d'affaire en partant à l'étranger pour jouir de la vie [...] Eh bien, nous vous chercherons partout et toujours.» Les services du ministère italien auraient notamment qualifié d'«urgentes» les procédures concernant Enrico Villimburgo et R. Cappelli. Ils ont tous deux été condamnés à la réclusion à perpétuité. Le premier, en 1988, pour deux attentats contre un colonel des carabiniers et un magistrat. Le second pour l'assassinat d'un policier, d'un commissaire et d'un général des carabiniers. Les demandes d'extradition de ces deux anciens brigadistes auraient été envoyées à la France en même temps que le dossier concernant Cesare Battisti. Comme l'écrivain aujourd'hui en cavale, ils vivent en France depuis de très longues années, y travaillent et y ont fondé une famille.

«Situation impossible». Du côté italien, on espère que la disparition de Battisti incitera les autorités françaises à faire un geste de «bonne volonté» en direction de Rome. Les demandes d'extradition concernent également les anciens membres des Comités organisés pour la libération prolétarienne. Massimo Carfora et Vincenzo Spano qui, selon la presse italienne, auraient rejoint Action Directe, ainsi que la brigadiste Marina Petrella ou encore l'ancien dirigeant de Lotta Continua Giorgio Pietrostefani, condamné à vingt-deux ans de prison pour le meurtre en 1972 du commissaire Luigi Calabresi avec Ovidio Bompressi et Adriano Sofri. Ce dernier, qui, comme les deux autres leaders de Lotta Continua, a toujours proclamé son innocence, a pour la première fois obtenu mardi une permission de sortie de quelques heures après quatre ans et sept mois d'incarcération au pénitencier de Pise. A Paris, les services du garde des Sceaux disent examiner ces demandes, dont toutes ne seraient «pas fondées».

Le cas Battisti embarrasse aussi un Parti socialiste qui l'a soutenu par le passé. François Hollande lui avait rendu visite en prison. Lundi, les deux porte-parole du PS ont commenté de manière très différente le choix de l'ancien militant d'extrême gauche de se soustraire à son contrôle judiciaire. Annick Lepetit, députée de Paris, a qualifié la décision de «regrettable», alors que Julien Dray, élu de l'Essonne, se montrait compréhensif, estimant que les autorités françaises avaient mis Battisti «dans une situation impossible». Interrogé mardi sur le sujet, François Hollande, tout en répétant que la France n'a pas à revenir sur la parole donnée, a jugé «compliqué» de se soustraire au droit.

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