La révolution éthiopienne, une véritable révolution.
La révolution éthiopienne cette révolution "hérétique" fut une vraie révolution, appuyée par un véritable mouvement populaire. Analyse rédigée à l'occasion du 25ème anniversaire de ce mouvement où l'on joua avec le feu. ["Les nouvelles d'Addis", Repères, février 1999]
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MOHAMED ABDELMAJID© Les nouvelles d'Addis (LNA) 2002. http://www.lesnouvelles.org Les nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique.
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Éthiopie, février 1974. Il y a vingt-cinq ans, la révolution éthiopienne, cette révolution hérétique comme le dit si bien Lefort [voir Bibliographie], a été une vraie révolution appuyée par un véritable mouvement populaire.
Cette révolution na pas été téléguidée de lextérieur, elle ne rentrait pas dans les vieux schémas de guerre froide, ni dans les plans de la coexistence pacifique alors à la mode. Elle ne fut pas non plus un de ces deux, trois Viêt-nam scandés alors sur le pavé des capitales occidentales.
La révolution éthiopienne ne fut pas une révolution de palais, ni une révolution dopérette avec ses Alcazar et Tapioca, et encore moins un coup dÉtat fomenté avec les conseils de services douteux ou dun quelconque groupe de pression dont lhistoire récente de lAfrique est emplie.
Cette révolution ne fut pas non plus le fait dune petite fraction dexaltés se partageant le monde dans un amphithéâtre universitaire ou une chambre dacadémie militaire.
La révolution éthiopienne fut une vraie révolution. Elle a bénéficié de lappui de presque tous les secteurs de la société et a été un mouvement de lensemble de la population. Elle répondait aux attentes de lensemble du peuple éthiopien et dabord à celles des masses paysannes, qui connaissaient depuis les années cinquante une des périodes les plus sombres de leur histoire. Les campagnes vivaient à lheure de lalliance du libéralisme le plus débridé et du féodalisme le plus arriéré. Des proches du Palais senrichissaient aux dépens dune paysannerie que divers lois et décrets avaient chassée de ses terres, la réduisant à la condition douvriers agricoles : les plantations de coton de lAouache avaient pris les meilleures terres des pasteurs afar, lagriculture spéculative dans la vallée du Rift avec de grandes fermes mécanisées aux productions destinées à lexportation avait chassé les paysans de leurs tenures, lembouche de chameaux pour les pays du Golfe dans la région dAwassa occupait de bonnes terres laissant les coteaux aux agriculteurs, des projets de développement à Awassa ou dans lArsi furent confisqués par les gros propriétaires. Déjà spoliées par les féodaux, landlords et hauts fonctionnaires, les couches paysannes étaient maintenant exploitées par les compradores. Cette alliance, cette classe justement définie par le concept de féodaux bourgeois mettait les campagnes en coupe réglée.
La famine du Wollo fut lultime forfait de ce régime, le détonateur. Pas tellement à cause de la famine, lÉthiopie était malheureusement habituée depuis longtemps à ces phénomènes , mais à cause de limpudeur et du cynisme des nantis : lEmpereur qui régalait ses animaux domestiques de viande, les greniers pleins des spéculateurs à côté des gens mourant de faim.
Un tel étalage face à tant de misères, joint à la présence dun puissant mouvement étudiant et populaire, au fait que lordinaire dans les casernes laissait à désirer et que les soldats en avaient assez de courir, le ventre creux, derrière les chiftas du Balé ou quelques chenapans en Érythrée (une des premières actions des contestataires dans larmée fut de convier les officiers à manger du rata), furent les composants principaux de la bombe des événements de yekakit 66 (février 74).
Cette révolution, comme beaucoup dautres, joua avec le feu. Les éléments les plus conscientisés du mouvement populaire (Meison et PRPE) se livrèrent à une rivalité fatale : les premiers ne surent analyser la réalité du pouvoir militaire et crurent pouvoir sen jouer ; les seconds pensèrent pouvoir infliger une défaite militaire à larmée. Ils sy brûlèrent. La révolution vécut ainsi son Thermidor et mangea ses enfants. Les meilleurs fils et filles de lÉthiopie furent emportés dans cette tourmente. La cruauté et la violence de la répression furent un sinistre écho à lintensité de ladhésion du mouvement initié en yekakit.
La révolution éthiopienne fut bien une vraie révolution, joyeuse, ardente, passionnée, enthousiaste, pleine du désir dapporter de vraies réformes, une vraie liberté, une vraie redistribution des richesses en Éthiopie. Lannée 1974 fut pleine de ces espoirs.
Il faut sen souvenir, il faut garder en mémoire quil y a vingt-cinq ans, les damnés de la terre, les forçats de la faim se sont levés; quêtres de chair et de sang, ils ont un jour pensé réaliser un monde meilleur et
lont effleuré. MA