La révolution qui mange ses enfants. Voilà la contre-vérité qui console Mohamed Abdelmajid et, surtout, excuse Menguistu et autres. Une explication un peu courte qui veut faire croire à un nouveau Thermidor. Ce qui a mangé les enfants, ce n'est pas la révolution mais la lutte pour le pouvoir de quelques individus, contaminés par le marxisme, ce qui les a fait trouver normal d'assassiner, de mettre le pays à feu et à sang. Si, au lieu du marxisme, les nouveaux chefs avaient été de vrais démocrates, il n'y aurait jamais tant de victimes. Encore une fois, le marxisme a trahi les espoirs du peuple. Octobre 1917, l'enterrement du printemps démocratique de la Russie.

La révolution éthiopienne, une véritable révolution.

La révolution éthiopienne – cette révolution "hérétique" – fut une vraie révolution, appuyée par un véritable mouvement populaire. Analyse rédigée à l'occasion du 25ème anniversaire de ce mouvement où l'on joua avec le feu. ["Les nouvelles d'Addis", Repères, février 1999]

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MOHAMED ABDELMAJID© Les nouvelles d'Addis (LNA) 2002. – http://www.lesnouvelles.org – Les nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique.

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Éthiopie, février 1974. – Il y a vingt-cinq ans, la révolution éthiopienne, cette révolution hérétique comme le dit si bien Lefort [voir Bibliographie], a été une vraie révolution appuyée par un véritable mouvement populaire.

Cette révolution n’a pas été “téléguidée de l’extérieur”, elle ne rentrait pas dans les vieux schémas de guerre froide, ni dans les plans de la “coexistence pacifique” alors à la mode. Elle ne fut pas non plus un de ces “deux, trois Viêt-nam” scandés alors sur le pavé des capitales occidentales.

La révolution éthiopienne ne fut pas une révolution de palais, ni une révolution d’opérette avec ses Alcazar et Tapioca, et encore moins un coup d’État fomenté avec les conseils de “services” douteux ou d’un quelconque groupe de pression dont l’histoire récente de l’Afrique est emplie.
Cette révolution ne fut pas non plus le fait d’une petite fraction d’exaltés se partageant le monde dans un amphithéâtre universitaire ou une chambre d’académie militaire.

La révolution éthiopienne fut une vraie révolution. Elle a bénéficié de l’appui de presque tous les secteurs de la société et a été un mouvement de l’ensemble de la population. Elle répondait aux attentes de l’ensemble du peuple éthiopien et d’abord à celles des masses paysannes, qui connaissaient depuis les années cinquante une des périodes les plus sombres de leur histoire. Les campagnes vivaient à l’heure de l’alliance du libéralisme le plus débridé et du féodalisme le plus arriéré. Des proches du Palais s’enrichissaient aux dépens d’une paysannerie que divers lois et décrets avaient chassée de ses terres, la réduisant à la condition d’ouvriers agricoles : les plantations de coton de l’Aouache avaient pris les meilleures terres des pasteurs afar, l’agriculture spéculative dans la vallée du Rift avec de grandes fermes mécanisées aux productions destinées à l’exportation avait chassé les paysans de leurs tenures, l’embouche de chameaux pour les pays du Golfe dans la région d’Awassa occupait de bonnes terres laissant les coteaux aux agriculteurs, des projets de développement à Awassa ou dans l’Arsi furent confisqués par les gros propriétaires. Déjà spoliées par les féodaux, “landlords” et hauts fonctionnaires, les couches paysannes étaient maintenant exploitées par les compradores. Cette alliance, cette classe – justement définie par le concept de “féodaux bourgeois” – mettait les campagnes en coupe réglée.

La famine du Wollo fut l’ultime forfait de ce régime, le détonateur. Pas tellement à cause de la famine, – l’Éthiopie était malheureusement habituée depuis longtemps à ces phénomènes –, mais à cause de l’impudeur et du cynisme des nantis : l’Empereur qui régalait ses animaux domestiques de viande, les greniers pleins des spéculateurs à côté des gens mourant de faim.

Un tel étalage face à tant de misères, joint à la présence d’un puissant mouvement étudiant et populaire, au fait que l’ordinaire dans les casernes laissait à désirer et que les soldats en avaient assez de courir, le ventre creux, derrière les chiftas du Balé ou quelques chenapans en Érythrée (une des premières actions des contestataires dans l’armée fut de convier les officiers à manger du “rata”), furent les composants principaux de la bombe des événements de yekakit 66 (février 74).

Cette révolution, comme beaucoup d’autres, joua avec le feu. Les éléments les plus conscientisés du mouvement populaire (Meison et PRPE) se livrèrent à une rivalité fatale : les premiers ne surent analyser la réalité du pouvoir militaire et crurent pouvoir s’en jouer ; les seconds pensèrent pouvoir infliger une défaite militaire à l’armée. Ils s’y brûlèrent. La révolution vécut ainsi son Thermidor et mangea ses enfants. Les meilleurs fils et filles de l’Éthiopie furent emportés dans cette tourmente. La cruauté et la violence de la répression furent un sinistre écho à l’intensité de l’adhésion du mouvement initié en yekakit.

La révolution éthiopienne fut bien une vraie révolution, joyeuse, ardente, passionnée, enthousiaste, pleine du désir d’apporter de vraies réformes, une vraie liberté, une vraie redistribution des richesses en Éthiopie. L’année 1974 fut pleine de ces espoirs.

Il faut s’en souvenir, il faut garder en mémoire qu’il y a vingt-cinq ans, les damnés de la terre, les forçats de la faim se sont levés; qu’êtres de chair et de sang, ils ont un jour pensé réaliser un monde meilleur et… l’ont effleuré. – MA

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