Négation russe du pacte Ribbentrop-Molotov

Le pacte Ribbentrop-Molotov, l'agression soviétique contre la Pologne le 17 septembre 1939 et sa négation russe en 1999. L'état des connaissances scientifiques en 2000,

par Alexandra Viatteau, enseignante en sciences de l'information extraits repris de http://www.diploweb.com/p7viat03.htm. Site à consulter pour plus d'info.

Le 17 septembre 2000, à la date anniversaire de l'agression soviéto-nazie contre la Pologne, la "Fête de l'Humanité" battait son plein à Paris. Les communistes français interpellaient leur ministre au gouvernement français à propos du prix du pétrole, mais laissaient dormir l'histoire.

L'année 1999 marqua, peut-être, la dernière tentative du communisme international de lancer dans le monde - depuis Moscou - une désinformation officielle russe niant une fois encore l'agression du 17 septembre 1939 contre la Pologne et les répressions massives contre les Polonais, aboutissant à un génocide. En effet, le Ministère russe des Affaires étrangères publia le 14 septembre 1999 une déclaration affirmant que les "actes" en question (l'occupation du tiers du territoire polonais de l'époque, conformément aux clauses de partage de la Pologne entre Hitler et Staline et une extermination décidée et exécutée en commun) "étaient dictés non par la volonté d'occuper des territoires étrangers, mais par la nécessité d'assurer la sécurité de son propre pays".

Surprise

Le MID (Ministère des AE russe) savait que la Pologne réagirait, mais comptait sur l'ignorance, l'indifférence ou l'accord tacite en Occident, notamment des forces communistes bien implantées et de celles d'une gauche tolérant, ou partageant leur négationnisme historique. Or, les choses en allèrent autrement. A Varsovie, le Président de la République, Aleksander Kwasniewski lui-même, malgré son passé communiste, accusa la Russie de "falsifier l'histoire dans sa présentation de l'invasion soviétique de la Pologne en 1939, deux semaines après l'entrée des troupes nazies".

"Le mensonge historique est un crime" affirma pour sa part le Ministre des Affaires étrangères polonais, Bronislaw Geremek, tout en précisant qu'il s'exprimait en tant qu'historien : "Qui aujourd'hui peut encore croire qu'il n'y a pas eu d'agression de l'URSS le 17 septembre, si tout le monde en Pologne et en Russie connaît les clauses secrètes du pacte Ribbentrop-Molotov ? .. L'Histoire c'est le métier de la vérité et à chaque fois qu'un mensonge est prononcé, l'historien a un sentiment de viol, mais aussi de crime", déclara Bronislaw Geremek.

Il se trouva qu'à la suite d'une très contestable coupe de dernière minute de l'éditeur dans le texte des décisions légales de l'ONU de 1948 sur le génocide, n'innocentant pas les régimes communistes des génocides commis - coupe opérée en l'absence de l'auteur dans l'ouvrage consacré à cette époque ("Staline assassine la Pologne, 1939-1947", éd. du Seuil, Paris 1999), le livre parut en retard, le 17 septembre 1999, et non le 1er septembre, comme prévu. On crut, semble-t-il, à Moscou que la France avait oublié l'invasion de la Pologne par Staline et la suite de l'histoire. Or, Radio France Internationale me demanda de réagir. Je le fis en rappelant les faits, y compris ceux restés longtemps secrets, inscrits aussi dans mon livre. L'extrait non publié est présenté ci-dessous, dans la rubrique Plus avec www.diploweb.com.

Recul

La déclaration du MID n'entraînait pas une simple affaire russo-polonaise. Le gouvernement russe ne pouvait, en fin de compte, reproduire et resservir la propagande mensongère stalinienne, faite pour tromper l'Occident en 1939 et pendant la guerre froide. Ce bluff, une fois raté, pouvait devenir une affaire de prestige, remettant en question la crédibilité russe dans le concert international. Une grande puissance, surtout dans une passe difficile, ne peut se permettre qu'on en rie.

Devant la virulente protestation polonaise au plus haut niveau, et des signes que la communauté historique, et peut-être même politique occidentale prendrait envers et contre tout connaissance des faits et de la vérité, Alexandre Yakovlev, diplomate de haut vol et président d'une Commission des victimes politiques près la Présidence russe, déclara qu'il s'agissait "probablement d'une initiative des employés du Ministère". "Je sais, dit-il, que le Président Eltsine ne partage pas ce point de vue. C'est comme si quelqu'un voulait gagner un jeu politique sur le dos des victimes de Katyn". L'affaire fut close.

Un an plus tard, au mois de septembre 2000, on dansa donc le 17 à la "Fête de l'Humanité". Il est vrai que pour les communistes français, septembre 1939 n'avait pas été triste.

Que se passe-t-il alors ?

Le 21 septembre 1939, le Nonce apostolique à Paris avait signalé au Vatican que des députés communistes faisaient distribuer dans les couloirs du Palais Bourbon "évidemment en accord avec l’ambassade russe, des feuilles où ils rejettent sur l’Angleterre l’échec des tentatives de paix et affirment que Staline est décidé à observer (après avoir pris sa part de la Pologne) une stricte neutralité".

Que les Soviétiques prennent donc la Pologne orientale, bien au-delà de la Ligne Curzon, et y procèdent à l'extermination et à la déportation des Polonais ne dérange pas plus les communistes français que l'action commune soviéto-nazie qu'ils appuient à l'époque avec force.

Une partie de la presse hésite. Des archives fermées et toujours difficiles d’accès du vice-ministre polonais des Affaires étrangères de l’époque, Wladyslaw Szembek, dévoilent un entretien que celui-ci a eu avec le ministre français Paul Gautier, le 26 septembre 1939 : "Gautier attire mon attention, écrit Szembek, sur des symptômes inquiétants dans la presse française, qui a l’air d’accepter comme un fait accompli le partage de la Pologne entre l’Allemagne et la Russie. Cela crée dans l’opinion française une sorte de psychose que ce n’est plus la peine de lutter".

Le second pacte germano-soviétique

Le 29 septembre 1939, le lendemain de la signature de ce second pacte Ribbentrop-Molotov, le Nonce à Paris observe que "beaucoup dépendra des résultats des entretiens (germano-soviétiques) à Moscou, encore entourés de mystère", que le Vatican lui-même n’avait pas encore percé. Il s’agit des protocoles secrets du pacte sur lesquels reposa notamment l'extermination conjointe, communiste et nazie, de la Résistance polonaise. "En tout cas, poursuit le Nonce, il est intéressant de noter qu’au sein du Parti socialiste, renforcé par suite de la désillusion du Parti communiste, s’agitent plusieurs courants dont l’un - celui de Monsieur Faure - se montrerait disposé à examiner l’offensive de paix de Monsieur Hitler".

Or, cette offensive de paix hitlérienne, parfaitement mensongère, d’ailleurs, consistait à "restituer l’indépendance de la Tchécoslovaquie", mais seulement à "reconstituer une Pologne réduite (sans Gdansk/Dantzig, ni Poméranie, ni Silésie) et sans indépendance". Cela aussi est intéressant à noter : une partie de la gauche française, des communistes aux radicaux, n’envisageait pas le partage de la Pologne comme une entrave à des compromis avec l’Allemagne hitlérienne et l'Union soviétique stalinienne.

Il y a quelque tristesse à constater que c’est le ministre Ciano, fasciste italien, même s’il n’était pas tout à fait un fasciste aligné, qui s’insurge ouvertement le 28 septembre 1939 contre la "barbarie des Allemands et des Russes". Propos qui sont aussitôt rapportés au Pape Pie XII : "C’est un mouvement antichrétien contraire à toute notre culture ; il faut revenir aux invasions barbares pour trouver un parangon historique. En attendant, la Pologne, Etat catholique, est finie : elle a été mal conseillée d’accepter la guerre", dit Ciano. Comme si la Pologne avait eu le choix... Elle avait tout de même été agressée sans déclaration de guerre par l'un et l'autre des deux envahisseurs, Hitler et Staline.

Le 2 octobre 1939, l’Ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, François Charles-Roux, cherche à effacer la mauvaise impression faite par les velléités de compromis à Paris. Il se rend à la Secrétairerie d’Etat, pour y lire avec solennité un long télégramme de Daladier : "... Le Gouvernement français, qui compte deux catholiques, s’attend à des paroles de très grand réconfort adressées à la bonne cause qui est naturellement celle que la France défend aujourd’hui... L’action entreprise par la Russie (l’agression de la Pologne) peut offrir au Saint-Père l’occasion d’exprimer, sans mettre directement en cause l’Allemagne, la position de l’Eglise envers un attentat qui a pour conséquence de soumettre les populations catholiques romaines et uniates de la Pologne à la domination bolchevique... ".

Le Vatican dénonce les totalitarismes nazi et soviétique

C’est tout à fait ce que va faire le Pape le 20 octobre 1939, à cela près qu’il va mettre en cause encore une fois le nazisme et le communisme ensemble, et même un certain aveuglement des démocraties occidentales.

En effet, le Souverain Pontife dresse un bilan amer du premier mois de la guerre sous la forme solennelle d’une encyclique où s’exprime l’amertume d’avoir prêché dans le désert, dès 1937, le danger, notamment génocidaire, des deux totalitarismes criminels, nazi et soviétique, à ceux qui, "nombreux, n’avaient pas compris l’importance de la mission éducatrice et pastorale de l’Eglise et ses avertissements". "C’est au sommet d’erreurs et de mouvements antichrétiens qu’ont mûri ces fruits amers... ". "Du sang d’innombrables êtres humains, de non combattants aussi, s’élève une lamentation funèbre et déchirante au-dessus de la Nation bien aimée qu’est la Pologne, qui, par fidélité à l’Eglise, pour ses mérites glorieux envers la civilisation chrétienne, inscrits en lettres indélébiles dans les fastes de l’histoire, a droit à la sympathie humaine et fraternelle du monde, et attend, confiante dans la puissante intercession de Marie "Auxilium Christianorum", l’heure de la résurrection dans la justice et dans la paix... " (Lettre encyclique "Summi Pontificatus").

Dans la seconde partie du message, le Pape se tourne déjà vers l’avenir, pour s’interroger sur "l’ordre nouveau fondé sur la justice et la prospérité" que promettent les agresseurs nazis et communistes ensemble, chacun y mettant un sens différent, ainsi que les démocraties alliées agressées, qui y voient encore autre chose. Car, il y a des poncifs, qui, lorsqu'ils sont creux, peuvent servir des objectifs opposés. Pie XII, lui, se demande si l’on peut fonder un monde juste et bon sans Dieu, sans foi, sans morale et sans authentique liberté enracinée dans la charité : "Les traités de paix, le nouvel ordre international à la fin de cette guerre seront-ils animés par la justice et l’égalité envers tous, par l’esprit qui libère et pacifie, ou seront-ils une lamentable répétition des erreurs anciennes et récentes ?", se demandait le chef de l’Eglise catholique, qui s’adressait en cet automne 1939 aux nations chrétiennes et démocratiques, espérant sans doute que les deux régimes soudain ligués d'Hitler et de Staline seraient ensemble vaincus par elles, et qu’elles-mêmes "comprendraient mieux les avertissements de l’Eglise qu’elles ont transgressés dans leur fausse sécurité des temps passés".

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