Les brigades internationales selon Jérôme Béguin, communiste
Jérôme Béguin, et son parti "Les communistes", reprennent la mythologie composée par Staline pour cacher le coup de poignard dans le dos que fut l'«aide soviétique». La stratégie définie à Moscou et chantée par les communistes dont Dolorès Ibarruri fut le chef d'orchestre, fût d'émouvoir sur quelques brigadistes afin d'oublier toute vision d'ensemble qui aurait dévoilé la réalité.
Passons sur ce tissus de mensonges pour mettre en évidence le dernier, le plus gros: «La Suisse, qui est le seul pays à avoir condamné ses ressortissants ayant combattu en Espagne, na toujours pas réhabilité les brigadistes.» En fait, c'est à moitié faux: la plupart des Soviétiques en Espagne (Brigades internationales, NKVD, conseillers militaires, agents du GRU, etc) ont été fusillés ou déportés au goulag, mais certains ont été réhabilité après le XXe congrès du PCUS.
Dolorès Ibarruri était souvent à Moscou, à l'Hôtel Lux, et connaissait l'ampleur de la grande terreur de 1937-38. Elle joua son rôle pour sauver sa peau!
«Vous êtes lHistoire! Vous êtes la légende!»
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Pour défendre la République espagnole, plus de 800 Suisses sengagent dans les Brigades internationales mises en place par lInternationale communiste.
Environ un quart dentre-eux ne reviendront pas, presque tous seront blessés. Les Genevois sont intégrés avec tous les Romands dans la 14ème Brigade dite « La Marseillaise ». [1] Dorigine tessinoise, Eolo Morenzoni, membre du Parti communiste, fut le plus jeune Suisse engagé dans les Brigades internationales à tout juste 16 ans. Il senfuit de chez lui en laissant une lettre à ses parents :
« Chers parents, Je ne peux faire autrement ; je dois écouter lappel de mon coeur. Je dois me rendre en Espagne pour me battre, pour mettre tout mon courage et ce que votre amour ma appris au service de la cause. De tout coeur je vous remercie de ce que vous avez fait pour moi. Viendra un jour où je pourrai vous rendre ce que vous mavez donné. Je sais que je suis jeune, mais cela veut-il dire que je dois perdre mon temps et ma jeunesse au Tessin ? Je vous ferai honneur. Pardonnez-moi mes fautes et mes manquements. Ne croyez pas que quelquun ma monté la tête. Ce que je fais, je le fais en accord avec moi-même. Au lieu de mexprimer avec la plume, je me sens le devoir de combattre les traîtres avec un fusil ou une mitrailleuse. Je vous ferai savoir comment vont les choses, au revoir. Eolo »
Après une semaine de formation militaire, il monte au front. Deux fois il sera blessé. Finalement ses parents arrivent à le récupérer et à le ramener en Suisse. Dorigine bernoise, Arthur Friedli est au chômage lorsquil décide de sengager. « Le matin de mon départ, en décembre 1936, Maman ma embrassé. Elle mapprouvait, elle était contente. » Blessé au bras, Arthur Friedli devient trombone à coulisse des Brigades internationales. [2] Marcel Borloz passa 18 mois en Espagne. Chauffeur, il ravitaille les troupes, puis soccupe de lévacuation des civils. Blessé, il est hospitalisé puis retourne au front. Henri Meyer est blessé à la cuisse par une balle explosive. [3] Henri Oberson devra rentrer en Suisse pour se faire extraire une balle du nez. [4] Ernest Pierrehumbert sera aussi blessé et gardera toute sa vie du plomb dans le corps. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il fera venir clandestinement en Suisse des réfugiés espagnols. [5] Joseph Marbacher est membre du Parti communiste genevois et de sa « Garde ouvrière », il était sur les lieux de la fusillade du 9 novembre 1932. Avec son père, il aide les antifascistes italiens et allemands qui partent combattre en Espagne. Il se convainc rapidemment de se joindre à eux : « Je nai pas de charge de famille, pas de travail fixe, pas de bonne amie, je nai donc aucune raison de ne pas aller faire mon devoir en Espagne. » Il se retrouve promu sergent dans le bataillon Commune de Paris sur le front de lEbre. Quelques centaines dhommes ont réussi a passé lEbre mais ils sont cloués au sol par les bombardements et les tirs de mitrailleuses. Pour se donner du courage, les brigadistes chantent des chants révolutionnaires comme La Varsovienne ou La Jeune garde. Un obus éclate à quelques mètres de Marbacher qui est sérieusement blessé à la tête. Il est fait prisonnier par des franquistes et il parvient de justesse à échapper à son exécution. Marbacher sen sort par miracle.
A lautomne 1938, le gouvernement républicain accepte la résolution de la Société des nations (SDN) demandant le retrait de toutes les troupes étrangères engagées dans le conflit. Les brigadistes sont démobilisés. Une émouvante cérémonie dadieu est organisée à Barcelone. Dolores Ibarruri, « la passionaria », remercie chaleureusement les brigadistes : « Vous pouvez partir avec orgueil. Vous êtes lHistoire ! Vous êtes la légende ! » [6] A leur retour en Suisse, les brigadistes écopent de peines de prison allant jusquà 8 mois de prison, et de diverses tracasseries policières et administratives.
En 2000, un monument est inauguré à Plainpalais à lendroit où eurent lieu les tragiques évènements de 1932. Linitiative est dû à la conseillère administrative socialiste Jacqueline Burnand, elle-même fille de brigadiste. [7] La Suisse, qui est le seul pays à avoir condamné ses ressortissants ayant combattu en Espagne, na toujours pas réhabilité les brigadistes.
Jérôme Béguin
Notes :
[1] Parmis les brigadistes dorigine genevoise, ou qui sinstallèrent plus tard à Genève, on peut citer les noms de Charles Berche, Marcel Borloz, Marcel Bovay, Hermann Burdet, Emile Castelli, Raymond Chambordon, Fernand Chevalier, Albert Damond, Raoul Descombaz, Arthur Friedli, Marius Geiser, René Guenin, Felix Hartmann, Henri Jonzier, Fernand Jossevel, Max Keck, Domenico Ludovici, Joseph Marbacher, Guy Masson, Hans Mathyer, Henri Meyer, Charles Monighetti, Jean-Marie Monnier, Eolo Morenzoni, Charles Mussard, Henri Oberson, Gustave Perdrisat, Othon Petrie, Ernest Pierrehumbert, Lucien Raymond, Raymond Salamin, Emile Schira, Jules Sevestre, Georges Vallin, Charles Weber, René Zurbrügg. Pour une liste incomplète- des brigadistes suisses, voir Nic Ulmi et Peter Huber, Les combattants suisses en Espagne républicaine (1936-1939), Editions Antipodes, Lausanne 2001.
[2] LHebdo, 2 novembre 1995.
[3] AFP, 3 novembre 1996.
[4] Tribune de Genève, 6 novembre 1996.
[5] Nic Ulmi et Peter Huber op. cit.
[6] Pierre Bavaud et Jean-Marc Béguin, Les oubliés : trois Suisses de la guerre dEspagne, Editions Cabédita, 1998.
[7] Tribune de Genève, 19 juin 2000.