Pitoyable témoignage du brigadiste Eolo Morenzoni qui a servi Staline et pas le peuple espagnol
Les questions posées à Eolo Morenzoni vont à l'essentiel, ce qui met ce communiste mal à l'aise. Intoxé par la propagande, ayant gobé tous les grands mensonges de Lénine et Staline, niant l'horreur vécue par le peuple soviétique, Eolo Morenzoni n'a pas le courage de reconnaître qu'il s'est gravement trompé et a abandonné le peuple soviétique à son sort tragique! Une solidarité à deux vitesses!
Les Brigades internationales, la Légion étrangère de Staline, contre la République espagnole, trahie!

Ne laissez pas la politique aux autres !
Le 21 novembre 2000, M. Eolo Morenzoni, ancien brigadiste de la Guerre civile d'Espagne (1936 - 1939), rencontrait une classe terminale du Gymnase de Nyon. Après un exposé introductif, il a répondu aux questions des élèves.
http://www.gymnyon.vd.ch/enseignement/conferences/c1/default.php
Le 21 novembre 2000, M. Eolo Morenzoni, ancien brigadiste, rencontrait une classe terminale du Gymnase de Nyon. Après un exposé introductif, il a répondu aux questions des élèves. Voici la transcription :
Je suis né dans une famille qui sest toujours investie dans la politique. Venant dun milieu très catholique conservateur, mon père a fréquenté les cercles ouvriers. Dans les années 20 et 30, le restaurant de mon père a accueilli beaucoup de réfugiés italiens fuyant le fascisme. Beaucoup passaient par la filière de notre maison; il faut savoir quen Suisse, même si nous étions en démocratie, régnait une situation de répression envers la gauche. En 1935, le club de foot du Parti a organisé un match avec des bâlois. Nous avons reçu les deux équipes de football; la maison était entourée par des flics armés: tous ceux qui entraient étaient fouillés. Cétait un monde totalement différent de celui daujourdhui.
Alors que le Fascisme semblait avancer partout en Europe, en Espagne nous avons vu une victoire de la gauche. En France aussi, la gauche avait gagné, mais en France on na pas touché les bases de la société. Blum, le chef du gouvernement, a fait voter la non-intervention en Espagne. En plus, linfluence anglaise était très importante.
En mars 36 il y a eu la victoire de la gauche. La droite a agi (attentats) pour semer des troubles. Le gouvernement na pas eu la force, le courage, de prendre les rennes de larmée. 15 jours avant la Guerre civile, le président Manuel Azaña a demandé à Franco sil y avait un "problème". Franco a dit que non et Azaña a laissé tomber...
LEspagne a créé chez nous un enthousiasme. Cétait la première fois quun peuple ne se laissait pas écraser. Cet enthousiasme se faisait sentir au Tessin où vivaient des réfugiés du fascisme italien. LEspagne était un rêve. Le restaurant de mes parents était un siège où lon venait aux nouvelles. Le Tessin a aidé les républicains en donnant habits et nourriture. Le Parti Socialiste Tessinois sest engagé à fond: ce canton était conditionné par le voisinage du fascisme. Au plan suisse, on se sentait moins concerné. Du restaurant de mon père partaient les premiers volontaires. On ne pouvait manquer lhistoire !
Je suis très marqué par la politique. Mon départ a été brusque car je navais pas dargent. Le jour de mon anniversaire, javais libre sortie: je suis allé emprunter largent nécessaire chez la secrétaire dun avocat qui militait pour la cause socialiste. Jai voyagé par Bâle et Lyon avec un copain plus âgé, Roméo Nesa.
A larrivée à Figueras (ville espagnole proche de la frontière française), nous étions regroupés dans un château. Nous étions là dans un souterrain, 200 300 pour 20 assiettes. Il fallait dormir par terre. Le lendemain, départ pour Albacete: 48 heures de train ! Le voyage a été très long, car le convoi roulait lentement et sarrêtait dans chaque village. Les gens nous fêtaient, nous offrant des petits cadeaux, des oranges. Mais dans le train, pas deau, pas de toilettes. Je ne vous dis pas les odeurs !
Près dAlbacete, on nous a installés dans un village. Linstruction militaire était enfantine, nous navions pas darmes. Ensuite, direction Teruel. On nous a donné des mousquetons Mauser de la guerre 14 - 18. A cinq heures de laprès-midi, on est partis. Le premier coup de fusil ma effrayé; le recul ma surpris. Mais on apprend vite. Ensuite, ce sont 10 jours dattaques et de contre-attaques. Malheureusement cela a été léchec, pour car il y a avait un manque de coordination: POUM, communistes, brigades, chacun agissait de son côté. Nous navions pas les moyens de communication daujourdhui. Il y a eu beaucoup de morts dans les brigades par manque de techniques militaires.
Ensuite, départ vers la Méditerranée pour arrêter la retrait de Malaga. La ville a été attaquée par les fascistes et 40000 personnes sont mortes ou ont été massacrées. Nous avons réussi à arrêter lavance des fascistes. On est allés ensuite à la Sierra Nevada. Mon ami Roméo Nesa a alors été blessé à un bras en jetant une grenade. Je lai accompagné à lhôpital où il a été amputé. Ma compagnie est partie au nord de Cordoue. Jai été alors blessé, une balle ma traversé lépaule.
On ma envoyé ensuite dans une école dofficiers à Albacete; il y a avait 2 3 généraux russes dont un, Nicolaï Voronov, a défendu plus tard Stalingrad.
Je dois rappeler que pendant la bataille de Teruel, on avait eu avec nous 4 5 tanks; ils étaient russes ! Comme ils étaient à découvert, ils ont été détruits. Ce sont les seuls combattants russes que jai vus.
Brunete a été pour moi le front suivant, Jy ai à nouveau été blessé. A lhôpital, je me suis fait repérer. Timone, qui mavait aidé à passer le recrutement, et que mon père venait de contacter, ma fait réexpédier en Suisse en février 38.
Au retour, jai subi un procès. Jugez du ridicule dun tribunal qui condamne un mineur pour laffaiblissement de la force défensive de la Suisse.
Quest-ce qui vous a fait précisément partir ?
Dautres volontaires étaient partis en Espagne. Leurs lettres qui parvenaient au bistrot de mon père étaient enflammées. La plupart de ces gens nétaient pas allés au front. Ils racontaient surtout ce qui avait changé en Espagne.
Quavez-vous trouvé par rapport à ces lettres ?
Jai trouvé un pays très pauvre. Cétait un choc, car je venais dune famille plutôt bourgeoise. A Albacete, près de la caserne, vivaient des troglodytes...
Vous avez dû rentrer. En avez-vous voulu à quelquun ?
Jétais déçu; ce nétait pas ma volonté. Mais à lépoque, quand le père parlait, il fallait obéir, il fallait suivre.
Des Suisses ont combattu avec les troupes espagnoles. Ils allaient dun groupe à lautre. Les brigades, elles, avaient de la discipline. Fuir ? Cela ne maurait avancé à rien.
La nuit, cétait le trou noir... il fallait vivre là-dedans. Dans les villages, très pauvres, il ny avait parfois quun lampadaire. Difficile de vivre seul...
Comment avez-vous ressenti la défaite des républicains ?
A la bataille de Burete, en juillet 37, les républicains ont mis le paquet. Jai vu des avions russes. La bataille a été très sanglante... et a été perdue. Jai senti que les choses nallaient pas bien; jai senti venir la défaite. On savait quon était perdu. LItalie avait envoyé 80000 hommes, lAllemagne 5000 ainsi que des avions stukas. La force miliaire était de leur côté...
Etes-vous encore communiste ?
Sil reste un communiste en Suisse, cest moi ! Mais je ne suis pas stalinien. Lidée de Marx sur les bases de la société est juste. Si lon ne trouve pas de fraternité, de quoi manger, étudier pour tous, de quoi vivre normalement quoi, le monde nira pas bien. Lidée de justice sociale est bonne.
Parlez-nous de votre retour en Suisse.
Javais prévu de rentrer en Suisse, de mettre en ordre mes papiers puis daller en URSS faire une école de journalisme. Mais finalement, je suis resté au restaurant de mes parents. En 1940, on ma mobilisé, jai fait 1000 jours de service...
Quest-ce qui a été le plus dur en Espagne ?
Ce sont les premiers jours ! Après on sadapte à tout. On dort par terre, on est sale, on passe des jours sans se laver ! Lhomme est une bête solide. Jai mangé des souris, des grenouilles; jai été parfois 5-6 jours sans manger.
La guerre na-t-elle pas détruit vos illusions ?
Pas le temps ! Et on a peur ! Au combat, on a une trouille incroyable. On se fait tout petit !
Même après la première bataille, jétais convaincu. Tout était plus politique, tout était lié.
Etes-vous retourné en Espagne ?
Jy suis retourné pour les cinquante, puis soixante ans des brigades. Cest autre chose, cest un autre monde. A lépoque, je nai vu que des champs et quelques villes. En Aragon, il y avait de grands propriétaires; sur une superficie grande comme le canton de Vaud, il y avait trois grands propriétaires, dont un curé.
Y avait-il dautres jeunes comme vous ?
Je devais être le plus jeune. Jai rencontré un Espagnol blessé; il devait avoir 2-3 mois de moins que moi. Au début, il y en avait beaucoup. Après, ils nont pas accepté de mineurs.
Comment avez-vous passé la frontière franco-espagnole ?
Jai rencontré un Italien. Je lui ai demandé de me faire passer pour le fils dun prisonnier politique italien.
De retour en Suisse, avez-vous agi pour lEspagne ?
Au Tessin, on avait une association des amis de l'Espagne républicaine. On envoyait des aides aux prisonniers politiques. On avait 1500 membres.
Les Russes ont amené à manger aux gens. Il ne faut pas oublier quil y avait une grande misère et que les champs nétaient pas cultivés. A la fin, je nai mangé que des pois chiches et des sardines.
Comment expliquez-vous la durée de Franco ?
Cest à cause de la situation internationale. En 1945, Franco a relâché pendant quelque temps sa dictature... Ensuite, il y a eu la Guerre Froide. Cest ce qui a fait tenir le régime.
Est-ce la faute des USA si Franco a tenu si longtemps ?
Les USA ont voulu cela; cela leur convenait. LEspagne était un pion stratégique.
Avez-vous conservé des liens avec des gens en Espagne ?
Comme soldat, on na pas le temps de fraterniser. On passe une période de repos dans un village, puis on va faire de la garde ailleurs. Les contacts sont trop rapides et trop courts. De plus sous le régime franquiste il nétait pas possible décrire. Pour eux, cétait trop dangereux.
Quand êtes-vous retourné ?
En 1986 et en 1996, lors des rassemblements anniversaires. Il y avait beaucoup de jeunes. La jeunesse espagnole manifestait sa sympathie. Jétais à la journée des survivants. Il y a eu de grandes manifestations.
Avez-vous gardé des contacts avec dautres brigadistes ?
Jai gardé des contacts avec lItalien Pesce. Il avait 18 ans. Je lai retrouvé récemment à Genève pour linauguration dun monument. Il a reçu la médaille dor de la résistance italienne, car il a donné le signal de la révolte à Milan en 43. Des Italiens, il y en avait beaucoup. Aujourdhui, en Suisse, nous ne sommes plus que 8.
Quelles traces reste-t-il en Espagne ?
Il y a eu une répression terrible avec Franco: des milliers de personnes liquidées ! La guerre avait déjà fait 1/2 millions de morts sur une population de 20 millions. Toutes les familles étaient touchées. Ceux qui ont vécu la guerre et qui ont pu sen tirer nont pas osé en parler. La jeunesse espagnole na pas conscience des faits.
Que ressentez-vous face à la Confédération qui vous a condamné ?
Jaime la Suisse. Mais le mot patrie me fait peur. On a fait des crimes au nom de ce mot. Aujourdhui, je vois un pays à deux sociétés. Cest ce qui me fait peur; la libéralisation me fait peur. Cest pour les forts...
Quelle a été la réaction de vos proches à votre retour en Suisse ?
Il y a eu deux groupes:
Les fascistes, réactionnaires étaient assez forts au Tessin. LEglise était très liée à la droite. Le Giornale del Popolo nous a traînés dans la boue. Pour eux, il fallait créer un climat hostile.
Jai bénéficié de la sympathie unanime de la gauche qui nous a admirés. Je ne fréquentais que cette ambiance. Je suis allé au gymnase. Cétaient des gosses de riches. 1-2 ne disaient rien, les autres étaient fascistes. Ils admiraient les exploits de laviateur italien fasciste Italo Balbo qui avait fait un raid vers New-York.
Vous avez parlé de problèmes de coordination pendant la guerre...
Ce manque est à lorigine de la défaite des républicains. Le commandement a été uni en 37, quand tout était déjà joué. Seulement là on a essayé de faire une armée moderne.
Avant la guerre, larmée espagnole, un peu une armée dopérette, comptait 50000 soldats et 300 généraux, ainsi que des légionnaires. Le peu quil y avait était dans lautre camp.
Vous êtes-vous senti trahi quand vous êtes parti tirer sans avoir été formé ?
On ne pouvait faire autrement. Les choses nétaient pas aussi organisées. Avant la guerre, rien nétait aussi bien arrangées quaujourdhui. Il ny avait pas des transports publics comme maintenant. Je nai eu un vélo quà la fin de la guerre. On voyait bien quils navaient pas darmes. Au début on na fait que marcher au pas. Ce nétait pas de leur faute.
Pouvait-on faire la révolution et gagner la guerre ?
NON ! Le POUM avait de la force en Catalogne. Ils ont occupé les terres des riches. Cela na pas plu à tous les paysans. Ils voulaient la révolution ET la guerre. Ce nétait pas possible.
On aurait pu résister plus longtemps sans la révolution. Les choses auraient été autrement. Pour la France, cela aurait eu une grande influence. En 1940 ils nauraient pas eu à mettre de soldats aux Pyrénées. Mais on ne peut pas refaire lhistoire...
Après la guerre, vous êtes-vous senti différent, plus adulte ?
Plus adulte oui, mais pas différent. A lEcole de recrues, les officiers avaient certains égards envers moi. En 1940, javais peur que les Allemands nous envahissent. Jai fait mon service à Gandria. Je protégeais mon pays contre les fascistes. Jétais discipliné. Les officiers que jai eus, et parmi eux mon capitaine instructeur, ont su que javais été en Espagne. Ils mont fait raconter à la troupe ce que javais vécu.
Que pensez-vous de Cuba ?
Jy étais avant la chute du bloc socialiste pour deux semaines. Jai vu de belles choses; jai eu des contacts avec les gens. Je nai jamais trouvé de gens contre le régime; jai eu limpression quils le soutenaient. Il maurait fallu reste plus longtemps pour me prononcer sur Castro. Castro a eu le courage de ne pas baster face aux Américains qui ont tout fait contre lui. Castro ne tiendrait pas si le peuple était contre lui.
Comment expliquez-vous que Franco lui aussi ait tenu 40 ans ?
Franco et les siens mettaient toute le monde en prison, pour rien. Les Espagnols établis en Suisse étaient surveillés et contrôlés quand ils allaient en vacances...
A Cuba, tout nest pas parfait, MAIS ils ont un haut degré dinstruction. Ils nont que 3 % danalphabètes... comme en Suisse. Quand un peuple a une éducation, une culture, il peut se révolter.. A Cuba, on a pu aller partout, parler à tout le monde. Jagaçais ma femme en arrêtant les gens dans la rue. Rien à voir avec lEspagne, sous Franco !
Alors les USA sont à la base de la démonisation de Castro ?
Politiquement, cest clair !
Comment avez-vous vécu la chute du communisme ?
Un désastre que je nattendais pas...
Vous avez soutenu Staline, un dictateur ! ?
Je nai su quen 56 que cétait un dictateur. Dans les années 30, on a envoyé des Tessinois de divers milieux en Russie. Certes, ils ne parlaient pas la langue et ne pouvaient pas tout saisir, mais ils donnaient tous une image positive. Jamais on ne parlait en mal de la Russie.
Navez-vous pas eu limpression davoir été manipulé par les Russes et les communistes espagnols ?
Les Russes étaient les seuls qui nous aidaient. Certes les Russes ont pris lor de la banque. Mais cétaient eux qui nous soutenaient (nourriture, habillement, etc.), cétaient leurs organisations culturelles et sportives.
Que pensez-vous de lattitude des jeunes suisses face à la politique ?
La politique ne les enthousiasme pas. Aujourdhui on voit mal les enjeux. Mais il faut sintéresser ! La politique cest la vie, léconomie, la culture. On nest pas obligé de militer; mais il faut savoir comment ON veut faire notre vie. Occupez-vous de la politique !! Brecht, je crois que cest lui, a dit, à lépoque de Hitler: "Quand les hitlériens ont arrêté mon voisin communiste, cétait un brave homme, mais je nai rien dit. Quand ils ont arrêté mon voisin juif, cétait un bon type, mais je nai rien dit. Quand on ma arrêté, personne na rien dit..."
Comment votre passé de brigadiste a-t-il été perçu ?
Mon nom de famille était honorable. Mon frère était prof de dessin. Dans les années 50, je cherchais un "trois pièces" à Berne. A la gérance, on ma dit "Morenzoni, le peintre ou lautre ?" Quand jai dit que je nétais pas le peintre, on ma répondu: "lappartement est déjà loué !" Même en période démocratique, on avait créé une ambiance telle que je ne trouvais pas de travail. Jai été fiché à 15 ans pour un article. Suite à laffaire des fiches, on ma envoyé 222 pages de photocopies. Il y avait encore 70 feuilles "perdues" !
Avez-vous compris cette haine ?
Chacun a ses opinions ! Jai trouvé une grande solidarité tandis que dautres mont laissé tomber. Pour certains jétais un criminel, jugé par un tribunal. Cela fait partie de la culture de lindividu.
Ce qui me gêne, ce sont les idées préconçues sans connaître, quand on juge sans connaître. Si vous voulez aller de lavant, il faut parler politique. Ne laissez pas la politique aux autres !
Propos transcrits par Pierre Jaquet.