7 février 2009. Par un communiqué laconique de la guérilla annonce que onze députés sont morts.
«Les FARC ont assassiné les députés captifs»
Libération, Marie Delcas Bogota Le Monde samedi7 février 2009
Sigifredo Lopez.
Lex-député Sigifredo Lopez, relâché par les FARC, témoigne du massacre de onze otages et critique la stratégie sécuritaire du président Uribe
Douze familles attendaient Sigifredo Lopez jeudi sur le tarmac de laéroport de Cali: la sienne et celles de ses onze collègues massacrés en captivité. Sixième otage colombien libéré cette semaine, Sigifredo Lopez est également un rescapé. Et un témoin très attendu. Pourquoi et comment les autres députés régionaux, enlevés avec lui, ont-ils été assassinés? Pourquoi Sigifredo a-t-il survécu et a-t-il été libéré?
Sigifredo Lopez a été libéré après six ans et dix mois aux mains des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Comme les quatre militaires libérés dimanche et comme lex-gouverneur Alan Jara, relâché mardi, Sigifredo a été remis à une commission humanitaire.
Terrible «méprise»
Le 11 avril 2002, simulant une alerte à la bombe, des guérilleros déguisés en policiers font évacuer les locaux de lAssemblée régionale, à Cali. Douze élus montent docilement dans le bus qui allait les embarquer pour la jungle. «Je reviens de lenfer», rappellera lex-otage au cours de sa conférence de presse.
Cinq ans plus tard, un communiqué laconique de la guérilla annonce que onze députés sont morts. Ils auraient été victimes de «tirs croisés» lors dun affrontement avec un «groupe armé non identifié». Bogota a toujours contesté cette version. Lopez lui a donné raison: «Les FARC ont assassiné les députés», a-t-il martelé. Cétait le 18 juin 2007.
Pour avoir été insolent avec un de ses geôliers, Sigifredo était ce jour-là puni, isolé de ses camarades et enchaîné à un arbre. Deux coups de fusil éclatent, puis des rafales de mitraillette. Sigifredo na rien vu. Il a juste entendu le chef hurler: «Ne les laissez pas partir!» Il apprendra dix jours plus tard la mort de tous ses camarades et la terrible «méprise» dont ils ont été victimes. Un détachement de guérilleros sest par mégarde approché du camp où les otages étaient détenus. Les guérilleros qui les gardaient ont cru à un raid de larmée. Ils ont exécuté leurs otages. Cétait la consigne.
Comme Alan Jara, Sigifredo Lopez a supplié le président Alvaro Uribe dengager des pourparlers avec la guérilla pour faire libérer les derniers otages et éviter quun tel drame ne se reproduise. A la différence dIngrid Betancourt (spectaculairement récupérée par larmée le 2 juillet 2008), les deux hommes se sont montrés très critiques envers Alvaro Uribe et sa stratégie sécuritaire. Mais, partisan de la manière forte, le chef de lEtat se montre dautant plus rétif à négocier avec les «narcoterroristes» des FARC quil les juge en complète débandade. Aux yeux du gouvernement, la libération sans contrepartie de six otages est un signe de plus de la faiblesse de la guérilla.
Optimisme mesuré
Alan Jara et Sigifredo Lopez étaient les deux derniers otages politiques aux mains des FARC, qui détiennent encore 22 militaires. Certains sont dans la jungle depuis plus de dix ans. Les FARC prétendent les utiliser comme monnaie déchange contre la libération de 500 des leurs incarcérés. «La libération de Jara et de Lopez est un constat déchec pour les FARC, contraintes dadmettre que séquestrer des politiques na servi à rien, juge lanalyste Alfredo Rangel. Pire, les otages civils ont contribué à discréditer définitivement les FARC sur la scène internationale.» Il nest pas exclu que la libération des otages obéisse aussi à des impératifs militaires: acculée par larmée, la guérilla doit, pour redevenir très mobile, se débarrasser des «boulets» que sont les otages.
«En libérant les civils, les FARC ouvrent la voie à la négociation dun échange de prisonniers, conforme au droit international humanitaire», souligne Alvaro Villaraga, avocat défenseur des droits de lhomme. Les Colombiens pour la paix les plus optimistes veulent croire quune telle négociation pourrait déboucher sur un processus de paix. Selon le sociologue Alejo Vargas, le contexte international sy prête, «avec larrivée à la Maison-Blanche dun président moins guerrier, la pression positive exercée par les gouvernements latino-américains de gauche et la mobilisation de la société civile colombienne en faveur de la paix».
Mais loptimisme reste mesuré. «Affaiblies militairement, les FARC tentent de récupérer un espace politique, juge la politologue Maria Cristina Delatorre. Tactiquement, elles jouent de la libération des otages pour faire miroiter la possibilité dun accord de paix. Mais les FARC nont pas abandonné et ne sont pas près dabandonner le dogme de la lutte armée.» Ni, semble-t-il, la prise dotages civils à des fins économiques.