Près du quart des nord-coréens ne mange pas à leur faim
Mais la direction du parti communiste continue ses programmes de missiles et nucléaire, programmes factices qui ne servent que de moyen de chantage. Selon Jean-Vincent Brisset, cela fait 16 ans qu ce bluff existe et fonctionne
«Plus les Nord-Coréens sont méchants, plus ils reçoivent de blé»
Le Temps, Caroline Stevan, mercredi 15 avril 2009
Vexé par la condamnation des Nations unies concernant son tir de fusée début avril, Pyongyang annonce la reprise de son programme nucléaire. Décryptage
Le tir de fusée nord-coréen ne passe pas. Satellite selon Pyongyang, missile selon Washington, lengin a survolé le Japon le 5 avril dernier avant de sabîmer dans locéan Pacifique, provoquant un rappel à lordre des Nations unies. Lundi, le Conseil de sécurité a «condamné» le lancement et annoncé un réajustement des sanctions appliquées à la Corée du Nord. Mardi, le régime communiste a rétorqué en quittant les négociations ouvertes depuis 2003 sur son programme nucléaire avec les Etats-Unis, la Chine, le Japon, la Russie et la Corée du Sud. «Nous allons prendre des mesures pour rouvrir nos installations nucléaires désactivées [
] et retraiter des tubes de combustible nucléaire usagés provenant des réacteurs expérimentaux», ont ajouté les dirigeants. Lanalyse de Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à lInstitut de relations internationales et stratégiques, à Paris.
Le Temps: Quelle importance doit-on accorder aux menaces nord-coréennes?
Jean-Vincent Brisset: Le scénario dure depuis seize ans. Cest un jeu extrêmement pervers entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, les quatre autres pays négociateurs sont simplement priés dêtre là comme fournisseurs de sécurité, daide alimentaire, dargent ou de considération. Washington a voulu expérimenter ses théories sur la contre-prolifération en Corée du Nord, or celle-ci se révèle être un partenaire tordu.
Comment voyez-vous la suite?
Plus les Nord-Coréens sont méchants, plus ils reçoivent. Le jeu consiste donc à menacer pour obtenir davantage de blé, de riz ou de pétrole. Cette fois-ci ne fera pas exception.
Le tir du 5 avril est-il, dans ce contexte, une provocation à dessein? Il est présenté comme le lancement dun satellite par la Corée du Nord, dun missile par les Etats-Unis. Quelle est votre analyse?
Pyongyang sait très bien que ce genre de tir sera utilisé ensuite par les Etats-Unis pour pointer la menace du doigt et mieux vendre son système antimissile. Cela dit, jusquà preuve du contraire, il sagit bien dun satellite. Il y a plusieurs Etats voyous sur le plan balistique la Corée du Nord, lIran et Israël mais la communauté internationale ne les traite pas de la même manière: Israël fait ce quil veut; lIran est plus ou moins fortement condamné, et Pyongyang est immanquablement critiqué.
La Corée du Nord cherche-t-elle à tester la nouvelle administration américaine, après la clémence affichée par Barack Obama à légard de lIran?
Obama arrive effectivement avec une équipe neuve, pas encore paralysée par ladministration. Dun autre côté, les lobbies guerriers se remettent en place. Quand un nouveau président américain prend ses fonctions, certains pays causent et dautres testent. Les Européens, ainsi, nont de cesse dévoquer le «gentil garçon» quest Barack Obama, les Asiatiques préfèrent le tester. Les derniers agissements nord-coréens sexpliquent donc en partie par cette volonté, de même que les bateaux chinois qui ont failli entrer en collision avec un navire de la marine américaine au début du mois de mars.
Les négociations semblent toujours buter sur la question du processus de vérification. Quen est-il réellement?
Lorsque lAgence internationale de lénergie atomique procède à des vérifications en Iran ou dans lIrak de Saddam Hussein et assure quil ny a pas de programme darmement nucléaire, on lui demande de se taire. Lorsque ladministration américaine fait ses propres contrôles, elle trouve des choses. Cest un grand jeu de rôle. Chaque fois que la Corée du Nord se dit prête à accepter des experts internationaux et plus ou moins indépendants, Washington pose de nouvelles conditions. Je suis persuadé quun certain nombre de personnes, aux Etats-Unis, savent exactement quelle est la progression du nucléaire nord-coréen mais font en sorte que la vérité napparaisse pas pour différentes raisons: elles appartiennent au lobby militaro-industriel, la Corée du Nord est un champ dexpérimentation pour lIran, cest un ennemi pratique, un épouvantail que lon peut dégonfler à tout moment, le dossier, enfin, permet de gérer le Japon par ricochet.
Sait-on où en est réellement le programme nucléaire nord-coréen?
Lessai nucléaire de 2006 était un faux essai ou un essai raté. Aucun pays ne sait faire un premier essai à 0,3 kilotonne. Quant à un éventuel progrès réalisé depuis, je ne vois pas avec quel matériel.