Excellente analyse de Claude Monnier qui démontre qu'avec un régime communiste, tentet de l'amadouer ne fait qu'assurer sa survie, comme avec Staline. Certains ont cru y voir un cheval de Troie, alors qu’il n’a été que le jouet d’un régime.


La Corée du Nord n’a pas peur de Gershwin

Tribune de Genève Claude Monnier, 18 Mars 2008

Le symbole était fort. l’image était belle, presque trop. Imaginez: le philharmonique de New York s’est produit il y a quelques semaines en Corée du Nord. Anton Dvorák, Richard Wagner, George Gershwin au programme de cet événement que d’aucuns ont espéré comme annonciateur d’un réchauffement des relations entre l’une des dernières dictatures communistes et le reste du monde. Mais la baguette du chef d’orchestre Lorin Maazel n’a rien de magique.

Au moment où le Philharmonique new-yorkais séduisait la nomenklatura de Pyongyang, quinze Nord-Coréens étaient fusillés publiquement pour avoir passé clandestinement la frontière avec la Chine. Treize femmes et deux hommes partis chercher des vivres dans cet eldorado voisin. Ils appartenaient, selon un responsable d’Amnesty International, à «l’une des populations les plus désespérées du monde». Un appel à la clémence lancé par l’organisation n’a rien changé. La mort de ces déserteurs était écrite. Avec pour vocation de servir d’exemple à une population dont les droits les plus élémentaires sont bafoués. Les droits de l’homme sont une hallucination pour opposant suicidaire, la liberté d’expression relève, elle, de la science-fiction.

D’ailleurs l’association Reporters sans frontières a inscrit le pays sur sa liste noire. Mais le dernier régime stalinien de la planète s’en moque bien. Là-bas, les postes de radios sont encore verrouillés sur une seule fréquence, celle de la radio d’Etat. Les ordinateurs sont réservés à l’élite. Et la moindre entorse au régime est sévèrement réprimée.

Selon un Rapport publié en octobre 2003 par la Commission Etats-Unis pour les droits humains, la Corée du Nord compterait près de 200'000 prisonniers répartis dans plusieurs dizaines de camps de prisonniers. Avec cette particularité pour les opposants politiques que la responsabilité s’étend à la famille entière. Tous incarcérés dans des conditions qui s’apparentent à de l’esclavage.

Et tous soumis à une idéologie officielle: le djoutché. Il déclare que le pays doit maîtriser son destin et affirmer son indépendance face au monde extérieur. L’armée (la 5e du monde en effectifs) y est donc pléthorique pour assurer l’application de cette doctrine. Le pays compterait plus d’un million de soldats et près de 5 millions de réservistes. A sa tête, Kim Jong-il, le «président éternel», ne craint pas de jouer avec le feu. Procédant à un essai nucléaire en octobre 2006, il continue de participer au processus de dénucléarisation avec la Chine, la Corée du Sud, les Etats-Unis, le Japon et la Russie. Un accord a bien été conclu en février 2007, mais il est toujours enlisé. Et la reprise des négociations, la semaine dernière à Genève, n’a rien donné. Répondant à la demande des signataires, la Corée du Nord aurait bien arrêté son réacteur nucléaire de Yongbyon, mais le démontage de son cœur atomique aurait pris du retard. Et elle serait même soupçonnée de poursuivre un programme d’enrichissement d’uranium.

Le concert du Philharmonique de New York n’est plus qu’un vague souvenir. Certains ont cru y voir un cheval de Troie, alors qu’il n’a été que le jouet d’un régime.

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