Le triste retour à la normalité après un bref moment de liberté. Pendant que l'ONU fait semblant de faire quelque chose, son émissaire Ibrahim Gambari va faire un rapport et du temps qu'il soit écrit, la junte aura terminé de "neutraliser" ceux qui ont osé défier son pouvoir. Quelle hypocrisie! Faire semblant de faire quelque chose est encore pire que de ne rien faire!


Birmanie: le régime renforce son emprise, les arrestations se poursuivent

DEPECHES Le Temps I Dépêche internationale AFP - 04.10.2007

RANGOUN (AFP) - Les forces de sécurité birmanes ont continué jeudi à procéder à des arrestations, une semaine après avoir écrasé des manifestations populaires contre la junte, alors que le secrétaire général de l'ONU attendait un rapport de son émissaire dans la région.

Des dizaines de nouvelles interpellations ont été signalées à Rangoun.

Comme les nuits précédentes, les forces de sécurité ont ratissé certains quartiers pendant les heures de couvre-feu, notamment le secteur de la célèbre pagode Shwedagon qui avait été le point de départ de défilés emmenés par des moines bouddhistes, ont indiqué des habitants, sous couvert d'anonymat.

Les autorités semblent disposer de listes de "suspects", photographiés ou filmés pendant les grandes manifestations des 24 et 25 septembre, et procèdent systématiquement depuis à des arrestations ciblées dans Rangoun, la plus grande ville de Birmanie.

"Il est impossible de dire avec précision" combien de personnes ont été appréhendées pendant la nuit, a déclaré jeudi un habitant, ajoutant que certains des marchands ambulants travaillant habituellement autour des temples de Shwedagon ne sont plus visibles. "Un semblant de normalité est revenu" à Rangoun mais "chaque nuit, ils arrêtent des gens", a dit pour sa part à l'AFP Shari Villarosa, représentante des Etats-Unis en Birmanie.

Le régime a relâché au compte-gouttes et après interrogatoire des personnes arrêtées la semaine dernière mais la plupart des monastères de Rangoun semblent déserts et de nombreux religieux sont toujours portés manquants. "Nous devons nous cacher. Nous nous sommes joints aux manifestations de manière très pacifique afin de prier pour la population. Je ne sais pas ce qui s'est passé mais nous devons nous cacher", a déclaré un moine à l'AFP.

Pendant la journée, soldats et policiers se font généralement plus discrets dans les rues. "Mais je pense que les tensions sous-jacentes et la peur sont encore là", a indiqué Charles Petrie, le plus haut représentant de l'ONU en Birmanie. Certes, a dit Mme Villarosa, il n'y a plus de manifestations mais les dirigeants birmans ne s'attaquent pas aux causes du "mécontentement" (déclin de l'économie, dégradation des systèmes de santé et d'éducation, absence de libertés).

A cela s'ajoute une vive "colère" provoquée par l'entrée en action les 26 et 27 septembre des forces de sécurité qui ont chargé des milliers de manifestants et "ont commis des atrocités contre des moines", a poursuivi la diplomate. Des soldats ont tiré à balles réelles dans différents quartiers de Rangoun. Le bilan officiel s'établit à dix morts, neuf manifestants et un journaliste japonais. Mais, sous couvert de l'anonymat, des responsables birmans ont admis que trois religieux avaient également été tués.

"Nous pensons qu'il y a eu bien plus que 10 tués", a dit Mme Villarosa. Comme on lui demandait si elle disposait d'informations sur les opposants et moines emprisonnés, elle a répondu: "Je suis assez certaine qu'ils se comptent par milliers".

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui attendait jeudi un compte-rendu de la mission de son émissaire en Birmanie Ibrahim Gambari, a déclaré que le diplomate avait délivré un "message fort" à la junte concernant la répression.

Pendant sa mission de quatre jours en Birmanie où il a pu rencontrer, outre les militaires au pouvoir, la dirigeante de l'opposition Aung San Suu Kyi, M. Gambari a reçu l'assurance qu'il pourrait retourner dans le pays en novembre, selon les Nations unies.

Le secrétaire général de l'ONU a dit qu'il consulterait vendredi certains des 15 membres du Conseil de sécurité pour déterminer la marche à suivre. M. Gambari fera aussi un compte rendu de sa mission au Conseil de sécurité.

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