Chronologie Birmanie 1948

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La Birmanie indépendante

4 janvier 1948 : Proclamation d’une Union de Birmanie indépendante qui quitte le Commonwealth britannique. Le drapeau de la nouvelle République est rouge avec un canton bleu foncé, une grande étoile symbolisant l’Union birmane et cinq petites étoiles blanches représentant les minorités (Karen, Shan, Kachin, Chin et Kayah).

1948-1962 : La Birmanie connaît un régime parlementaire mais le gouvernement de U Nu (qui conservera le pouvoir jusqu’en 1958) est vite confronté à un processus de décomposition du pays dont l’unité est immédiatement menacée par de nombreuses dissidences ethniques (notamment celle des Karen) et par le développement de la subversion communiste. Ce n’est qu’en 1950-1951 que le pays est à peu près contrôlé par le pouvoir central. Celui-ci doit également compter avec la présence sur son territoire d’une partie des forces du Kuomintang chinois, qui s’y sont repliées après avoir été vaincues par les troupes de Mao Tsé-Toung et y survivent en s’adonnant à la culture du pavot.

1953 : La Birmanie annonce son refus de l’aide américaine tant que les forces nationalistes chinoises soutenues par les Américains occuperont son territoire.

1958-1959 : Gouvernement militaire du général Ne Win à qui U Nu a transmis le pouvoir en octobre 1958. Il dure quinze mois et permet de restaurer l’ordre et de tenir en respect les diverses rébellions.

1960 : Les élections ramènent U Nu au pouvoir avec une large majorité mais celle-ci se divise et les désordres reprennent. La même année, le bouddhisme est proclamé religion d’État.

2 mars 1962 : Coup d’État du général Ne Win. Il entend mettre fin au désordre général, conjurer les menaces de sécession des États chan et préserver l’unité de l’armée. Le Premier ministre U Nu est emprisonné avant de partir pour l’exil en 1966. Le nouveau régime proclame son intention d’emprunter une « voie birmane vers le socialisme », mise en œuvre par un Conseil révolutionnaire de dix-sept membres dont Ne Win est le président. En fait, le pays va conjuguer au cours des années suivantes la multiplication des rébellions armées des ethnies minoritaires (chan, karen, kachin et môn), la fermeture totale au monde extérieur et l’effondrement de son économie. Les militaires n’ont de fait jamais quitté le pouvoir depuis 1962.

1964 : Le parti au pouvoir, le Parti du programme socialiste birman (BSPP), devient parti unique.

1966 : La politique de nationalisations s’étend jusqu’au commerce de détail, ce qui favorise l’essor du marché noir et crée un chômage massif.

1967 : Émeutes antichinoises à Rangoon et dans plusieurs grandes villes. Elles ouvrent une période de tensions entre la Birmanie et la Chine. La politique économique du régime pousse au départ près de 250'000 personnes d’origine indienne ou chinoise au cours des années soixante.

1967 : Après une tentative de paix manquée, les rébellions se rallument dans tout le pays. Communistes birmans, Karen, Karennis, Kachin et Shan entretiennent des guerillas mais ne parviennent à aucun moment à s’unir. Les communistes sont des Birmans attachés à une unité nationale forte alors que les minorités ethniques luttent en faveur d’un système fédéraliste très large. Communistes et Kachin sont armés par la Chine voisine alors que les autres dissidences ne survivent qu’en profitant des ressources fournies par le trafic de drogue ou la contrebande.

1969 : U Nu crée à Bangkok le Parti pour la démocratie parlementaire.

1969 : Établissement d’un système de coopératives censées constituer les cellules élémentaires de la vie économique mais cette politique débouchera sur un échec complet.

1972 : Une visite de Ne Win à Pékin permet de normaliser les relations avec la Chine.

1973 : Une nouvelle Constitution est octroyée par le pouvoir en place et approuvée par 90 % des votants lors d’un référendum. Faite par et pour les militaires, elle pose comme principes l’unité du pays, l’adoption de la voie socialiste en matière économique, l’instauration du parti unique et une souveraineté du peuple purement formelle, l’Assemblée n’étant de fait qu’une chambre d’enregistrement.

3 janvier 1974 : La Birmanie prend le nom de République socialiste de l’Union birmane. Le drapeau national est transformé : quatorze étoiles identiques correspondant à de simples divisions administratives gravitent désormais autour d’un symbole « socialiste » – une gerbe de riz et une roue dentée signifiant l’union des paysans et des ouvriers –, ce qui correspond clairement à un déni de reconnaissance des minorités ethniques.

Juin 1974 : Émeutes ouvrières suivies d’attentats à Rangoon. Les incidents et les manifestations qui se multiplient dans les villes se transforment en un mouvement insurrectionnel violemment réprimé. À Akyab, sur le golfe du Bengale, les dockers refusent de charger du riz destiné à l’exportation alors que la population souffre de pénurie alimentaire.

Juillet-août 1974 : Des inondations catastrophiques font plusieurs milliers de victimes et laissent sans abri près d’un million et demi de paysans.

25 novembre 1974 : Mort de Sithu U Thant, ancien secrétaire général birman de l’ONU. Les manifestations qu’elle déclenche, notamment chez les étudiants, sont violemment réprimées à partir du 11 décembre, ce qui entraîne une situation insurrectionnelle à laquelle le pouvoir réplique par la proclamation de la loi martiale. De nouvelles manifestations seront brisées en juin 1975.

1974 : Le Japon investit 1,6 milliard de yens dans la prospection pétrolière offshore en Birmanie.

Mars 1975 : Le président et le secrétaire général du Parti communiste birman, Thakin Zit et Thakin Chit, sont tués par les forces de Ne Win, ce qui contribue à la tension avec la Chine de Mao.

1975 : Les Karen et d’autres minorités se coalisent au sein du Front national démocratique (NDF) qui se donne pour objectif la création d’un État fédéral.

1980 : Les propositions de Ne Win en vue d’une amnistie et de négociations avec les rebelles se concluent sur un échec.

4-18 octobre 1981 : Élections pour le Parlement des 475 candidats du parti unique, le Parti du programme socialiste pour le progrès, qui doivent désigner en novembre un successeur au général Ne Win qui a annoncé en août son intention d’abandonner les fonctions qu’il exerce depuis 1962 en raison de son âge (71 ans). Le 9 novembre, c’est ainsi le général San Yu qui devient président de la République.

1985 : Les échecs militaires subis par les Karen font que la direction du NDF passe aux Kachin.

Mars-septembre 1988 : La majorité de la population rallie l’opposition au régime socialiste. Le général Ne Win démissionne le 25 juillet et se voit remplacé par Sein Lwin.

22 juillet 1988 : À la suite de six jours d’émeutes et de pillages à Prome, ville située à 270 km au nord-ouest de Rangoon, le gouvernement proclame la loi martiale. Le 26, le général Sein Lwin, partisan du président Ne Win, est nommé président du parti unique, le Parti du programme socialiste birman. Le 30, il fait arrêter plusieurs personnalités d’opposition, dont l’ancien général Aung Gyi. La loi martiale est décrétée le 3 août.

8 août 1988 : D’importantes manifestations sont brutalement réprimées à Rangoon et à Sagaing, ce qui vaut à Sein Lwin le surnom de « boucher de Rangoon ». Il doit démissionner le 12 août, seize jours après son entrée en fonction, pour céder sa place à Maung Maung, le ministre de la Justice, qui devient le 19 président de la République et chef du parti unique. Le 29, l’opposition se regroupe dans la Ligue pour la démocratie et la paix présidée par un ancien chef d’État, Mahn Win Maung, qui menace le 5 septembre le gouvernement d’une grève générale. D’imposantes manifestations se déroulent le 8, notamment à Mandalay. Le 10, le parti unique annonce des élections générales et la restauration du pluralisme politique.

15 septembre 1988 : Le Parti socialiste annonce son autodissolution.

18 septembre 1988 : Coup d’État du général Saw Maung, ministre de la Défense. Les combats font un millier de victimes et débouchent sur l’instauration d’un régime militaire pris en main par un Conseil d’État pour la restauration de l’ordre et de la loi (SLORC). Les nouveaux maîtres du pays décrètent l’état de siège mais annoncent la tenue prochaine d’élections libres et démocratiques et l’instauration du pluripartisme. Les nouveaux dirigeants décident également de convertir le pays à l’économie de marché.

Septembre 1988 : Fondation de la Ligue nationale pour la démocratie animée par Aung San Suu Kyi, fille du père de l’indépendance, Tin Oo et Aung Gyi.

1989 : La junte au pouvoir change le nom du pays, qui devient l’Union du Myanmar, le nom de Birmanie apparaissant comme un vestige du colonialisme européen. Myanmar était le terme utilisé dès l’époque de Marco Polo pour désigner le pays. Considéré dans son ensemble, celui-ci est bien le Myanmar alors que le Bamar, dont les Britanniques avaient fait Burma, désigne les régions proprement birmanes.

Premier semestre 1989 : Aung San Suu Kyi réalise une tournée de réunions dans l’ensemble du pays et se pose comme le leader de l’opposition mais elle est placée en résidence surveillée le 19 juillet et cette situation perdurera pendant six ans.

27 mai 1990 : Des élections démocratiques ont bien lieu, les premières depuis 1960, mais les résultats ne sont proclamés que six semaines plus tard et le régime militaire refuse de les accepter, car ils sont nettement favorables au courant démocratique (NLD, Ligue nationale pour la démocratie) qui, avec 60 % des voix, remporte plus des trois quarts des sièges (392 sur 485), le reste allant aux représentants des minorités ethniques alors que les partisans du pouvoir regroupés dans le National Unity Party ne sont qu’une poignée (une dizaine de députés). La junte reporte l’exercice du pouvoir par la majorité parlementaire après l’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution approuvée par le gouvernement militaire en place.

28 mai 1990 : Les habitants de l’ancienne ville de Pagan sont déplacés de force vers une nouvelle agglomération, établie à quelques kilomètres au sud.

Août-octobre 1990 : L’opposition bouddhiste au régime s’organise à Mandalay.

Octobre 1990 : La junte fait arrêter les dirigeants et une centaine de députés de la NLD.

22 juillet 1991 : Le gouvernement américain décide d’appliquer des sanctions économiques au régime militaire birman pour protester contre sa politique de répression.

14 octobre 1991 : Toujours en résidence surveillée, Aung San Suu Kyi reçoit le prix Nobel de la paix (elle avait déjà reçu en janvier le prix Sakharov pour la liberté de pensée decerné par le Parlement européen, elle recevra également en juin 1992 le prix Simon-Bolivar attribué par l’Unesco pour sa contribution à « la liberté et à l’indépendance et à la dignité des peuples »). En réaction à ce qui constitue un désaveu très clair de la communauté internationale, les responsables du Conseil d’État pour la restauration de l’ordre et de la loi (SLORC) annoncent la réunion d’une Convention nationale chargée de la rédaction d’une Constitution mais dont les membres seront nommés par le pouvoir en place. Les pressions occidentales n’auront en réalité que peu d’effets sur la junte, d’autant que les dirigeants des pays de l’Association des nations du Sud-Est Asiatique (ASEAN : Thaïlande, Malaisie, Singapour, Bruneï, Indonésie et Philippines) rejettent les propositions américaines de sanctions contre la Birmanie.

5 janvier 1992 : Le gouvernement du Bangladesh met ses forces en état d’alerte face à la Birmanie qui a massé des troupes à la frontière depuis le 21 décembre précédent.

29 février 1992 : Treize musulmans sont tués lors d’une manifestation dans l’État d’Arakan. En mars, la Birmanie est condamnée par la Commission des droits de l’homme de l’ONU en raison de la violente répression des guérillas ethniques qui a poussé des dizaines de milliers de réfugiés karen et kachin notamment vers l’Inde, la Chine ou la Thaïlande. Le 4 avril suivant, l’ONU demande une aide pour les Rohingya, minorité musulmane persécutée par le régime militaire birman.

23 avril 1992 : Le général Saw Maung, qui a pris le pouvoir lors du coup d’État de 1988, est remplacé à la tête de la junte par le général Than Shwe. Deux jours plus tard, une vingtaine de prisonniers politiques sont libérés. L’ex-Premier ministre U Nu est libéré le 27 et Aung San Suu Kyi est autorisée à recevoir sa famille.

26 septembre 1992 : Levée de la loi martiale. Le nouvel homme fort du pays cherche à en donner une image plus libérale.

28 octobre 1992 : Un rapport d’Amnesty International révèle l’ampleur des exactions perpétrées par le gouvernement birman.

Janvier 1993 : Réunion de la Convention nationale, qui comprend sept cents membres, dont quatre-vingts députés élus en 1990.

20 juillet 1993 : Aung San Suu Kyi est assignée à résidence, mesure confirmée en février 1994 après la rencontre entre la dissidente et un parlementaire américain accompagné d’un journaliste du New York Times. Le leader de l’opposition refuse le marché que lui propose la junte militaire, prête à lui rendre sa liberté contre son départ du pays.

5 avril 1994 : La junte militaire accepte d’engager des négociations avec l’Union nationale karen. Ce mouvement de guérilla a repoussé, à la fin de décembre 1993, une violente offensive des forces gouvernementales non loin de la frontière thaïlandaise.

20 septembre 1994 : Des représentants de la junte rencontrent Aung San Suu Kyi. Il s’agit d’un geste en direction de l’ASEAN et de l’Europe, très critiques quant au respect des droits de l’homme en Birmanie.

1994 : Visite officielle du Premier ministre chinois Li Peng à Rangoon pour réaffirmer le soutien total de la Chine au régime birman.

Décembre 1994 : Affrontements religieux armés entre bouddhistes et adventistes

Février 1995 : Signature à Rangoon, entre la Birmanie et la Thaïlande, d’un contrat relatif à la construction d’un important gazoduc.

Février 1995 : Mort à Rangoon de U Nu, rentré d’exil en 1980 mais retiré de la vie politique après un bref engagement lors des événements de 1988.

21 février 1995 : L’armée birmane, qui s’était emparée le 26 janvier du QG karen de Manerplaw, investit Kawmoora près de la frontière thaïlandaise, le dernier bastion des rebelles qui déclarent désormais recourir à une « guerre mobile ».

10 juillet 1995 : Libération de Aung San Suu Kyi qui, le 24, lance à la junte un appel au dialogue. Elle avait reçu en mai le prix Nehru.

1995 : Des rapports relatifs au respect des droits de l’homme par le régime birman font état du fait que l’armée réquisitionne des populations pour la mise en place de grandes infrastructures, notamment le gazoduc construit en coopération par Total et Unocal.

Fin décembre 1995 : Reddition de Khun Sa, seigneur de l’opium et chef des rebelles shan frontaliers de la Thaïlande. L’armée occupe Ho Mong, le bastion de cette dissidence en janvier. Le seigneur de la guerre, maître du Triangle d’or, a négocié sa reddition contre l’impunité et le gouvernement de Rangoon a rejeté une demande américaine d’extradition le concernant. Son armée privée a par ailleurs été intégrée à l’armée birmane dont on peut soupçonner que certains de ses chefs vont reprendre à leur profit l’exploitation du pavot.

9 juin 1996 : Défiant le décret promulgué deux jours plus tôt par la junte et interdisant la Ligue nationale pour la démocratie de Aung San Suu Kyi qui avait tenu son congrès du 26 au 28 avril, des milliers de personnes se rassemblent devant le domicile du prix Nobel de la paix de 1991.

24 juin 1996 : J.L. Nichols, homme d’affaires anglo-birman proche de Aung San Suu Kyi et représentant de la Suisse, meurt en prison. Il avait été condamné le 18 mai sous le prétexte qu’il utilisait illégalement deux fax…

20 juillet 1996 : Les sept pays membres de l’ASEAN réunis pour deux jours à Djakarta accordent un statut d’observateur à la Birmanie.

24 octobre 1996 : La junte place Aung San Suu Kyi en résidence surveillée à Rangoon.

Février 1997 : Les succès remportés par l’armée contre les Karen poussent vers la Thaïlande des milliers de réfugiés.

1997 : Le SLORC change de nom et devient le Conseil d’État pour la paix et le développement (SPDC).

27 septembre 1997 : La LND de Aung San Suu Kyi tient son congrès à Rangoon. Deux mois plus tard, la junte autorise le leader de l’opposition à recevoir ses partisans et des diplomates étrangers.

L’année 1997 a été marquée par l’admission de la Birmanie au sein de l’ASEAN, la hausse des prix, la chute de l’activité touristique, l’effondrement de la monnaie nationale et le repli des investisseurs étrangers. Les dividendes de la relative ouverture des années précédentes ont été dilapidés par une gestion catastrophique, le renforcement en mai de l’embargo américain et la crise financière asiatique entamée en juillet. Avant la crise, le dollar s’échangeait contre 150 kyats, il en valait entre 360 et 400 à la fin de 1998. Le revenu annuel par habitant est évalué au tiers de ce qu’il est au Cambodge. L’aide étrangère ne représente que 0,8 % du budget mais les recettes tirées du trafic de drogue sont considérables.

24 août 1998 : Manifestations d’opposition à Rangoon.

6 septembre 1998 : La junte arrête 110 membres du parti (LND) de Aung San Suu Kyi pour éviter une réunion du Parlement élu en 1990 et dominé par l’opposition. La timide ouverture engagée en 1997 semble bien oubliée, malgré les mesures d’embargo américaines et la suspension de l’aide étrangère.

11 mai 1999 : Un rapport de l’Organisation internationale du travail affirme que huit cent mille Birmans sont soumis au travail forcé. En juin 2000, la conférence annuelle de l’OIT demande aux gouvernements, entreprises et syndicats de réexaminer leurs relations avec la Birmanie pour ne pas contribuer à la perpétuation du recours généralisé au travail forcé.

Septembre 2000 : Aung San Suu Kyi est placée de nouveau en résidence surveillée, avant de recouvrer sa liberté en mai 2002. Le régime autoritaire établi au cours des années 1990 garantit une stabilité qui encourage les investisseurs singapouriens, thaïlandais et japonais alors que la Chine demeure le principal partenaire politique d’un pays qui lui assure indirectement, par la route de Birmanie qui désenclave le Yunnan, un accès au golfe du Bengale.

26 janvier 2001 : La visite d’une mission d’information européenne conduit la junte à libérer 81 prisonniers politiques.

Novembre 2002 : Six mois après la libération de Aung San Suu Kyi, la junte annonce celle d’une centaine d’opposants.

30 mai 2003 : Aung San Suu Kyi et ses partisans sont en train d’effectuer un déplacement en province quand ils tombent – à Dipayin, en Birmanie centrale – dans une embuscade organisée par l’Association pour la solidarité et le céveloppement de l’Union (USDA) favorable à la junte militaire. Au moins une centaine des partisans de la LND sont tués. La dirigeante du parti est placée pour la troisième fois en résidence surveillée alors que son principal adjoint, Tin Oo, est emprisonné. Le gouvernement américain riposte en gelant les relations commerciales avec la Birmanie.

Août 2003 : Le général Khin Nyunt, premier secrétaire de la junte depuis le putsch de 1988, devient Premier ministre, tout en gardant la responsabilité des services secrets.

Mars 2004 : Le vice-Premier ministre chinois Wu Yi signe à Rangoon vingt-quatre accords de coopération technique et économique faisant suite à un prêt de 200 millions de dollars. Pékin soutient économiquement et militairement (par des ventes d’armes) le régime birman. Les Chinois disposent de deux moyens de pression sur Rangoon avec, d’une part, le mouvement nationaliste Wa (United Wa State Army) qui contrôle une région autonome le long de la frontière chinoise et, d’autre part, la fourniture de prêts à très bas taux d’intérêt.

Mai 2004 : La Convention nationale réunie onze ans plus tôt et chargée de rédiger une Constitution reprend ses travaux.

18 octobre 2004 : Le Premier ministre Khin Nyunt, qui avait en charge les relations avec l’ONU, est limogé par ses pairs de la junte pour s’être rendu coupable de corruption. Numéro trois du régime et ancien chef du renseignement militaire, il s’était en fait opposé à la stratégie d’enfermement diplomatique du chef de la junte, le général Than Shwe. Aung San Suu Kyi demeure pour sa part en résidence surveillée.

28 novembre 2004 : À la veille du sommet de l’ASEAN, la junte militaire décide la libération de plus de neuf mille prisonniers, dont une quarantaine seulement sont des politiques. Dans le même temps, l’opposante Daw San San réclame à Bruxelles des sanctions économiques ciblées sur les secteurs stratégiques (pétrole, gaz, bois, extraction minière, ressources marines) monopolisés par le régime et des initiatives diplomatiques en vue d’une intervention de l’ONU. La junte est accusée de consacrer 40 % des ressources du pays au budget de l’armée alors que la Birmanie apparaît comme l’un des tout derniers pays du monde en matière de dépenses de santé. Dans ces conditions, les opposants au régime dénoncent la politique dite d’« engagement constructif » adoptée par une bonne partie de la communauté internationale, politique qui sous-entend que le développement économique contribuera naturellement à l’ouverture du pays et à l’avènement de la démocratie.

Février 2005 : Condolezza Rice, secrétaire d’État américaine, place la Birmanie dans la liste des « avant-postes de la tyrannie » avec la Corée du Nord et Cuba. Plusieurs États de l’ASEAN se font très critiques vis-à-vis du régime birman mais la Thaïlande persiste à soutenir le pouvoir de Rangoon.

Mars 2005 : Développement d’une polémique en Europe à propos de la présence du groupe Total en Birmanie, condamnée par des ONG anglaises (dont Burma Campaign). Les défenseurs de la position du groupe français font valoir qu’un retrait de Total et de l’Américain Unocal ne pourrait que servir les intérêts des concurrents asiatiques – les groupes chinois (China National Petroleum Corporation et China National Offshore Oil Corporation), indiens (ONGC Videsh), sud-coréens (Daewoo et Korea Gas Corporation), thaïlandais (PTTEP), malais (Petronas) et japonais (Nippon Oil), sans affaiblir en quoi que ce soit la junte. Les pays asiatiques sont en effet hostiles à toute sanction ou pression économique à son égard, ce qu’a confirmé en février Mme Arroyo, présidente des Philippines, après ses entretiens avec le général Soe Win, Premier ministre birman. La Chine et la Russie sont également opposées à toute sanction et le commissaire aux Relations extérieures de l’Union européenne a déclaré le 10 mars au Financial Times qu’il préférait, contrairement à l’attitude adoptée par son prédécesseur Chris Patten, « avoir un dialogue constructif mais critique, clair et robuste » avec les responsables birmans.

31 mars 2005 : Les travaux de la Convention nationale réunie en février en vue de la préparation d’une nouvelle Constitution ont été suspendus jusqu’en novembre. Longtemps considéré comme un simple élément d’équilibre dans la rivalité opposant les généraux Khin Nyunt, chef des services de renseignement, et Maung Aye, commandant en chef de l’armée, le général Than Shwe a réussi à s’imposer comme président du Conseil d’État pour la paix et le développement (SPDC) qui a succédé en 1998 au Conseil d’État pour la restauration de l’ordre et de la loi (SLORC) formé à la suite du coup d’État militaire de 1988.

7 mai 2005 : Triple attentat à la bombe à Rangoon, qui fait officiellement 19 tués et 59 blessés, sans doute beaucoup plus. Le pouvoir accuse trois groupes de guerilla (l’Union nationale karen, l’armée de l’État shan et un groupe karenni) ainsi que le gouvernement birman en exil formé par des parlementaires élus en 1990 d’avoir perpétré cette action terroriste pour déstabiliser le pays. Cette interprétation suscite beaucoup de scepticisme car les guérillas ethniques ne sont actives que dans leurs régions et le gouvernement birman en exil a régulièrement confirmé le choix d’une action politique non violente. Certains pensent en revanche que ces attentats pourraient refléter les luttes internes au sein de l’institution militaire et pourraient être le fait de partisans de l’ancien Premier ministre Khin Nyunt, limogé pour corruption en octobre 2004. D’autres vont jusqu’à accuser la junte d’être à l’origine de ces attentats qui pourraient lui permettre de justifier le renforcement de son pouvoir au moment où elle subit de fortes pressions occidentales sur le terrain de la défense des droits de l’homme.

Octobre 2005 : L’ONG britannique Global Witness dénonce l’exploitation massive de la forêt birmane par les entreprises de déboisement chinoises, dans le nord-est du pays qui demeure hors de tout contrôle réel du gouvernement de Rangoon, et s’inquiète du saccage d’une région comptant parmi les plus riches en biodiversité du globe.

4 novembre 2005 : Annonce du transfert du gouvernement de Rangoon à Pyinmana, à plus de 300 km au nord de la capitale. Il est justifié par la position plus centrale du nouveau « quartier général du gouvernement » mais les observateurs pensent que le général Than Shwe, le véritable homme fort du régime, a pris cette décision pour être en mesure de mieux contrôler les dissidences minoritaires et de parer à une éventuelle intervention américaine contre Rangoon, très vulnérable à une action engagée depuis la mer. Les pressions américaines sur les Nations unies pour que l’organisation se saisisse du cas birman et la réception à la Maison Blanche, le 31 octobre, de Charm Tong, une représentante de la minorité shan, ont sans doute confirmé les craintes de la junte. Le transfert du siège du gouvernement s’inscrit également dans la tradition de méfiance des dirigeants militaires vis-à-vis d’une ville considérée trop ouverte sur l’extérieur depuis l’époque de la colonisation britannique.

28 novembre 2005 : Le maintien en résidence surveillée à son domicile de Aung San Suu Kyi est prolongé pour six mois. Cette décision intervient une semaine avant la tenue d’une session de la Convention nationale dont les délégués, choisis par le pouvoir militaire, devront poursuivre l’élaboration d’une Constitution appelée à être soumise ensuite à référendum, dans le cadre d’une « feuille de route » vers une « démocratie disciplinée ».

30 novembre 2005 : La firme pétrolière Total accepte d’indemniser plusieurs Birmans qui l’accusaient d’avoir profité des mesures de travail forcé que leur avait imposées la junte militaire en 1995, dans le cadre de la construction d’un gazoduc réalisé avec la firme américaine Unocal qui a précédé Total dans la voie de ce type d’indemnisation ; cela permet l’arrêt des poursuites engagées contre les deux compagnies.

2 décembre 2005 : Sur proposition des États-Unis, le Conseil de sécurité de l’ONU prévoit de discuter de la question des violations des droits de l’homme en Birmanie.

12 décembre 2005 : La réunion de l’ASEAN qui se tient en Malaisie est l’occasion pour l’Organisation de s’inquiéter du sort de Aung San Suu Kyi et d’exiger des dirigeants de Rangoon une évolution vers la démocratie. La Birmanie fait partie de l’ASEAN depuis 1997 et doit en prendre la présidence tournante en 2006, ce qui explique les inquiétudes des membres de l’Organisation quant à l’attitude de la junte qui dirige le pays.

Septembre 2007: la rébellion de safran écrasée dans le sang.

Clio, tous droits réservés (Copyright 2006), est éditeur de ce site. Dernière mise à jour le 19 décembre 2006

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