Quelques extraits de presse relatifs aux dernières élections de 2006:

1) A la veille des élections, un nouveau «complot» démasqué par le KGB

En Biélorussie, les urnes verrouillées et la rue menacée: Non seulement l'élection présidentielle de dimanche est déjà acquise au président despote Alexandre Loukachenko, mais le KGB local menace les opposants au régime qui ont prévu une manifestation pacifique le soir du vote.

par Lorraine MILLOT LIBERATION.FR, vendredi 17 mars 2006, Minsk, envoyée spéciale

Un complot terroriste a été tramé en Géorgie avec des «Arabes» et des «instructeurs américains» pour déstabiliser le régime biélorusse. Mais le complot sera déjoué dimanche lors de l'élection présidentielle, par les armes s'il le faut.

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A regarder la télévision biélorusse ces temps-ci, à quelques jours d'un scrutin joué d'avance dans une dictature tenue d'une main de fer par le président Alexandre Loukachenko, on se demande jusqu'où le délire risque de mener les dirigeants biélorusses.

Jeudi soir, l'ouverture des JT était déjà consacrée à un très long reportage sur ce nouveau «complot» démasqué par le KGB – les services secrets qui n'ont même pas changé de nom depuis l'époque soviétique – avec, à la clé, le témoignage de deux jeunes «suspects» récitant des textes qui semblaient appris par cœur. «On nous a enseigné les techniques de combat au corps-à-corps, d'attaque chimique, la fabrication d'explosifs, les mines de fabrication soviétique et de l'Otan», a ainsi raconté un de ces apprentis «terroristes», affirmant avoir été aussi formé dans un camp en Géorgie à la technique de l'empoisonnement de masse de la population: «Il fallait attraper un rat ou une souris, le tuer et le mettre dans un seau d'eau», a ainsi raconté le jeune homme, en prime time du journal d'information. «Au bout d'une semaine, l'eau était empoisonnée et il fallait la déverser dans le réseau d'alimentation en eau» de la ville visée. Les «examens» se déroulaient en la présence d'un «collaborateur de la sécurité d'Etat géorgienne», a précisé cet ancien élève.

2) Le processus de libération de la peur ne fait que commencer

BIELORUSSIE. Des milliers de personnes se sont à nouveau rassemblées à Minsk pour dénoncer les résultats de la présidentielle. Alexandre Loukachenko aurait obtenu 82,6% des voix.

INTERNATIONAL Le Temps Lorraine Millot, envoyée spéciale à Minsk Mardi 21 mars 2006

Des drapeaux nationaux ou européens, des ballons bleus et les premières pancartes: la place d'Octobre au centre de Minsk a pris à nouveau lundi soir un petit air de Maïdan, la place de Kiev où s'est faite la révolution ukrainienne l'an dernier. Près de 10000 jeunes et moins jeunes se sont à nouveau rassemblés pour crier «Non à la dictature!» et écouter «le son de la liberté» des groupes de musique biélorusse interdits d'antenne par Alexandre Loukachenko.

Ce qui s'est passé dimanche, en Biélorussie, ce ne sont «pas des élections», mais un «coup d'Etat anticonstitutionnel», a lancé le candidat de l'opposition unie, Alexandre Milinkevitch. Comme la veille, beaucoup des automobilistes qui passaient le long de la place klaxonnaient en signe de soutien sans rejoindre pour autant la manifestation. «Je suis contre Loukachenko, explique un de ces automobilistes, mais pas au point de risquer ma vie et celle de ma famille.» Lundi encore, des colonnes entières de policiers étaient garées près de la place, en signe d'intimidation, mais ne sont pas intervenues et ont laissé la foule constater d'elle-même qu'elle n'était pas assez nombreuse encore pour une révolution.

Selon les résultats officiels, Loukachenko aurait obtenu 82,6% des suffrages, contre 6% à Alexandre Milinkevitch, 3,5% au nationaliste Sergueï Gaïdoukevitch qui faisait de la figuration pour le compte de Loukachenko, et 2,3% pour Alexandre Kozouline, un autre opposant.

Que des milliers de Biélorusses aient bravé les menaces de «peine de mort» lancées aux manifestants constitue déjà une «victoire», se consolait Alexandre Milinkevitch, assurant que le processus de libération de la peur et de la dictature ne fait que commencer. Depuis 1999, l'opposition biélorusse n'avait plus réussi à faire descendre autant de gens dans la rue, même si cela ne suffit pas encore pour la «révolution du jean» dont elle rêvait.

3) La vie édifiante du président Loukachenko, «psychopathe parano»

BIELORUSSIE. Les premiers résultats donnaient hier soir sans surprise le dictateur grand vainqueur de la présidentielle. Portrait.

INTERNATIONAL Le Temps Lorraine Millot, envoyée spéciale à Minsk Lundi 20 mars 2006

Un «psychopathe» «paranoïaque», «brutal» et «vulgaire»: presque tous ceux qui ont travaillé aux côtés d'Alexandre Loukachenko avant de rejoindre l'opposition décrivent un personnage particulièrement odieux. Et ceux qui travaillent encore avec lui ont refusé de témoigner pour ce portrait. Le président biélorusse, qui s'est fait réélire hier pour un mandat de cinq ans au prix d'élections encore frauduleuses, vient de la campagne profonde de son pays et ne s'est hissé à son poste de dictateur qu'à force de populisme, d'intrigues et de crimes.

Alexandre Loukachenko est né le 30 août 1954 dans la région de Vitebsk (nord-est de la Biélorussie), de père inconnu. Il a grandi dans le village de sa mère, employée de ferme, exposé aux quolibets pour l'absence de son père, à une époque où, dans les campagnes biélorusses, «on mangeait tout juste à sa faim», rappelle son ancien collaborateur et biographe, Alexandre Fedouta. Pour se sortir de là, le jeune Sacha Loukachenko étudie l'histoire (c'est-à-dire, à l'époque, essentiellement l'histoire du Parti communiste soviétique) à l'institut pédagogique de Moguilev. «Il était très beau garçon, très bon élève et très actif», se souvient une ancienne camarade. Ambitieux, le jeune Loukachenko s'engage au Komsomol, les jeunesses communistes, première étape obligée pour qui voulait alors faire carrière.

Son premier rêve fut de «diriger une ferme collective», écrit Alexandre Fedouta, rêve comblé en 1987, déjà, à 33 ans, quand Loukachenko obtient le poste de directeur du sovkhoze (ferme d'Etat) de Gorodets. Dès cette époque, il se fait remarquer par sa brutalité: on l'accuse de frapper les mécaniciens de son sovkhoze. Anatoli Gouliaev, journaliste qui avait alors enquêté sur les faits, raconte que huit des douze mécaniciens interrogés lui avaient confessé que le directeur du sovkhoze les avait aussi frappés. «A l'époque, c'était pratique courante dans nos campagnes et souvent le seul moyen pour faire travailler des employés ivres dès le matin», précise le journaliste. De cette période datent aussi les premières rumeurs sur les conquêtes féminines de Loukachenko, qui a depuis longtemps abandonné son épouse dans son village pour séduire les jeunes beautés locales.

Du sovkhoze, Alexandre Loukachenko passe en 1990 au parlement, le Soviet suprême de la république, où son énergie et ses discours enflammés contre la corruption le distinguent vite.

«Il était le plus actif, le plus volontariste et il avait le sens du peuple. C'est ainsi que nous nous sommes mis d'accord pour nous rallier à son leadership», avoue aujourd'hui Leonid Sinitsine, jeune député à l'époque, qui dirigea, en 1994, la première campagne présidentielle de Loukachenko, puis son cabinet. «Dans le chaos qui a suivi la décomposition de l'URSS, la population rêvait d'un pouvoir fort et Loukachenko disait ce qu'elle voulait entendre. Sa grande force est qu'il ne s'adresse jamais à la logique, mais aux sentiments du peuple», raconte cet ancien complice qui a démissionné en 1996, lorsqu'il a compris que le régime devenait criminel.

Dès 1995, dans une interview au quotidien allemand Handelsblatt, Loukachenko avait dévoilé le fond de sa pensée en faisant l'éloge d'Adolf Hitler. «Hitler a formé une Allemagne puissante grâce à un pouvoir présidentiel fort», avait alors expliqué le président biélorusse, notant que ce type de pouvoir «correspond à notre conception d'une république présidentielle et du rôle du président». Cette fascination pour Hitler ne l'empêche pas, d'ailleurs, d'admirer aussi Staline.

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