Albanie: encore l'imposture d'une libération par le parti communiste

Ancienne Illyrie, Charles d’Anjou nomme ce territoire, en 1271, Albanum. Pays montagneux (70% des 29'000 km2) situé le long de la mer Adriatique, ses habitants indo-européens subirent de nombreuses invasions, des Grecs (588 avant J.C. ville d'Apollonia) aux Romains, des Wisigoths aux Ottomans, en passant par les Slaves et l'occupation italienne.

1939, Mussolini annexe l’Albanie pendant quatre ans, jusqu'à la chute de son régime. L'occupation étrangère se poursuit puisque les Allemands prennent rapidement la relève des fascistes italiens. Dès avril 1939, quelques patriotes avaient commencé une résistance contre l'occupant. Cette résistance sera peu à peu instrumentalisée par le parti communiste albanais (PCA) qui, grâce à l'appui de Tito et de Staline, récoltera les fruits de cette lutte. A la tête du PCA, un ancien professeur de français au lycée de Korca, Enver Hoxha (prononcer Hodja) qui aurait "libéré" le pays en novembre 1944 et qui devient président de la  République Populaire d’Albanie. Ce n'est pas la France et sa révolution qui animera Hoxha, mais le « Petit père des peuples » transformant le pays des Aigles en goulag. Le culte de Staline tiendra jusqu'à la chute du régime qui survivra après la mort de son chef, le 11 avril 1985, et qui est remplacé en 1986, par Ramiz Alia, ancien Secrétaire du Parti. 

Usant de la paranoïa, l'attaque des contre-révolutionnaires, des fascistes, puis des titistes (1948) et enfin des révisionnistes khrouchtcheviens (1960) qui jetera l'Albanie dans le maoïsme. On construira 250'000 casemates, bunkers et autres fortifications. « Bâtir le socialisme, une pioche dans une main et le fusil dans l’autre », ce slogan permet au régime de justifier la pénurie et le travail forcé. Tout opposant était liquidée par la puissante Sigurimi comme ennemi du peuple puisque «La République Populaire Socialiste d’Albanie est l’Etat de la dictature du prolétariat qui exprime et défend les intérêts de tous les travailleurs». L’Etat serait une bonne maman qui assure toit, santé, éducation et travail pour tous, si on est gentil et qu'on fasse ce qu'on vous dit. L'idéal communiste qui construit l'homme nouveau qui est, en fait, un mouton ou une fourmi.

La fabrication de cet homme "libéré" passe par la liquidation de la religion, « opium du peuple » et qui a l'inconvénient d'être un contre-pouvoir à celui du parti communiste. En 1967, l’Albanie devient le « Premier Etat athée du monde» et pour cela, toutes les institutions religieuses (musulmanes, catholiques et orthodoxes) sont fermées et souvent détruites.

Quant le régime s'écroule, la majorité des gens tombent dans la misère car, formé par un conditionnement pavlovien pour être passifs, ils sont incapables de s'occuper de leurs intérêts. La misère provient aussi du vol généralisé des biens publics qui profite aux anciens dirigeants alliés avec différents avec des groupes criminels.

Au début du XXe siècle, l'Albanie est une monarchie jusqu'à son invasion par l'Italie en 1939. Depuis 1944, elle redevient une monarchie communiste avec comme roi, Enver Hoxha, qui jouit d'un pouvoir réellement absolu, en fait totalitaire.

La fin du régime communiste

La chute du mur, celle de l'Urss, les déboirs de Ceusescu, la ruine de l'économie amplifie la lutte politique qui voit la création du Parti démocratique albanais (PDA), principal parti d'opposition fondé en décembre 1990. Quant au Parti du travail d'Albanie (PTA), il se transforme en Parti socialiste albanais (PSA) en juin 1991. La confusion qui règne dans le pays permet aux membres du Sigurimi d'échapper à toute condamnation et ceci d'autant plus que le Sigurimi (qui devient le Service d'Information National - SHIK) est dissous en juillet 1991.

Selon Philippe CHASSAGNE et Kolë GJELOSHAJ décrivent la situation dans "L'émergence de la criminalité organisée albanophone": «A l'intérieur du pays, la fin du monopole de la violence par l'Etat favorise le développement des groupes susceptibles de concurrencer son autorité. La société devient en très peu de temps très violente. Outre le retour des vendettas, on assiste aussi à celui des bandits de grands chemins qui terrorisent la population. Artan Fuga souligne que: « D'autre part, dans des régions où l'ordre public est en ruine, ce n'est pas le droit et la justice qui tranchent sur des conflits de propriété, mais la loi du plus fort. Souvent, le plus fort n'est pas l'ancien propriétaire, mais d'autres personnes telles que d'anciens fonctionnaires de l'Etat communiste, des employés de la nouvelle administration, des nouveaux riches, des personnes appartenant à des cercles mafieux, etc.… »

Combien de victimes?

La tourmente qui s'abat sur l'Albanie à la chute du régime, la pénurie, la criminalité qui se développe si bien qu'elle devient de type maffieux, les Albanais ont bien d'autres soucis que de régler les comptes avec la sinistre histoire d'Enver Hoxha. Les 45 ans de la dictature du prolétariat demeurent un trou noir. Et ceux qui sont au pouvoir n'ont pas du tout envie de remuer le passé!

Amnesty International se soucie en apparence de la situation en Albanie. Elle fait des rapports comme celui de 1987.

Les archives du gouvernement communiste furent vandalisées afin d'effacer les crimes.

Un très rare documentaire sur l'Albanie d'Enver Hoxha.


Philippe CHASSAGNE et Kolë GJELOSHAJ, «L'émergence de la criminalité organisée albanophone», in Cemoti, n° 32 - Drogue et politique, [En ligne], mis en ligne le 13 mai 2005. URL : http://cemoti.revues.org/document692.html.

Dérens, Jean-Arnault, Balkans : la crise, Paris, Gallimard, 2000, p. 183 (coll. Folio actuel).

Fuga, Artan, Identités périphériques en Albanie, Paris, L'Harmattan, 2000, p.134.

Leuenberger, Uli et Alain Maillard, Les damnés du troisième cercle. Les Albanais de la Kosove en Suisse, 1965-1999, Genève, Metropolis, 1999.

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