La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)

De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)". Texte en format pdf à:http://www.ihtp.cnrs.fr/IMG/pdf_bulletin8621fev_.2.pdf
ou Les «opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS, 1937-1938: Télécharger le document au format pdf


Cet brochure de 168 pages contenant la traduction en français de 102 documents clés provenant de divers fonds d'archives soviétiques et une analyse de 30 pages donnant le sens réel de ces documents, réflexion qui met en lumière l'ampleur de l'horreur et fait comprendre la finalité de "La Grande Terreur". Analyse magistrale d'un événement qui fut organisé et réalisé de manière à ce que les buts réels soient dissimulés, analyse magistrale en ce sens qu'à travers 30 pages de réflexions et une centaine de documents, elle dévoile les réelles intentions des commanditaires: Staline, sa bande d'assassins et son état-parti commu iste.

Le texte est repris dans ce site comme le matériel brut de commentaires.

1) Première question: la répression est quotidienne dans une société communiste car la propagande n'arrive pas à abrutir et à tromper tout le monde. Il demeure toujours une poignée d'individus qui gardent suffisamment de bon sens pour comprendre l'abime entre les "bonnes intentions" des dictateurs et la réalité des faits. C'est pour que cela que la répression est concommittante, car le projet communiste est une vaste supercherie et que ceux qui en sont les seuls bénéficiaires, le chef du parti et sa nomenklatura (une nouvelle couche de parasites) ne veulent pas perdre pouvoir et avantages financiers. Dans la misère engendrée par la construction du socialisme contre la Russie, le fait d'avoir un appartement et un salaire garanti, est déjà un plus. Quant au train de vie des dirigeants, officiellement, ils travaillent quasi gratuitement pour le bonheur du peuple, mais en fait ils ont des voitures (Lénine appréciait les Rolls-Royce, Staline les Buick, un bel appartement, des serviteurs, des médecins privés, des magasins réservés, des billets de 1ère classe en train, etc...). Quant aux idiots qui croyaient que l'URSS était l'état des travailleurs, c'était en fait celui de Lénine ou de Staline dont le pouvoir était telle que tout, hommes, bêtes, bâtiments, tout était à leurs dispositions et soumis à leur pouvoir. S'ils n'en étaient pas formellement le propriétaire, en fait, tout le pays était à eux.

Alors, cette répression habituelle a-t-elle continué durant la "Grande terreur"?

2) Certains historiens font remonter le début de la "Grande terreur" à l'assassinat de Kyrov? En fait la terreur dite stalinienne n'a-t-elle pas commencé quand Staline a dû comprendre que l'édification socialiste à travers un plan quinquennal a été un gigantesque fiasco? Comme cette économie du plan quinquennal était la preuve de la supériorité de l'économie socialiste alors qu'au même moment l'anarchie de l'économie capitaliste plongeait les économies occidentales dans la grande dépression. Avouer et que cela soit su que le plan quinquennal avait totalement échoué a obligé Staline, dont la survie était liée à cette politique, à mentir comme un arracheur de dent. Le premier plan quinquennal, un fiasco? Pas du tout, la preuve: il a été réalisé en 4 ans! Et la la machine de propagande crée des "villages potemkine", des mises en scène avec pour décors des usines à la Charlot et des figurants heureux. De plus, on se servit du réseau d'agents d'influence pour clamer que "tout va très bien Madame la marquise".

Le barrage de Dniepropretovsk, un bâtiment vide? Jamais vu des photos montrant les turbines en marche!

3) En plus du but décrit par Nicolas Werth, l'ingénierie sociale pour éliminer les ennemis du régime, il ne faudrait pas oublier la lutte pour le pouvoir: celle de Staline pour garder le sien et contre d'autres prétendants réels ou imaginaires (Trotski).

4) Il manque l'apparat qui a maintenu un rideau de fumée occultant l'horreur des années 1930 et à créer des contre-informations pour disqualifier les nouvelles et les indivus dont le témoignage discrédit la propagande "contes de fée" du vertige des victoires dans l'édification du socialisme.

5) L'engagement de l'URSS dans la guerre civile espagnole n'a-t-il pas été aussi fait comme dérivation et pour dorer l'image de l'URSS?

Les membres du Politburo de 1935 à 1939!

premier secrétaire de la région de Moscou 1935 à 1937, (1938), il est promu premier secrétaire en Ukraine.


LES « OPERATIONS DE MASSE» DE LA« GRANDE TERREUR» EN URSS (1937-1938)

Éditorial par Fabrice d'Ahneida et Christian Ingrao......................4
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Les « opérations de masse » de la « Grande terreur » en URSS (1937-1938) ; Introduction par Nicolas Werth.......6

Bilan de la construction du socialisme durant les années 1930: documents


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les grands procès de Moscou et le « Rapport secret » ont, chacun à leur manière, été de formidables «événements-écrans » qui ont caché la nature et la véritable ampleur des répressions de masse durant les années 1937-1938

Ce constat de Nicolas Werth révèle que la "Grande Terreur" fut organisée avec une mise en scène très élaborée comprenant plusieurs niveaux de camouflage et de nombreuses diversions dont les principales furent la guerre civile espagnole et l'instrumentalisation de l'«antifascisme». Alors qu'on arrêtait et massacrait des milliers d'être humains chaque jour, hors de l'URSS, des millions s'engagaient dans la défense de la patrie des travailleurs, louaient les grandes réalisations de l'édification du socialisme alors que le capitalisme était méprisé, cette gigantesque imposture fonctionna grâce à un réseau de progagande et d'amis de l'URSS. A noter que ce rideau de camouflage et de désinformation continue à être efficace 70 ans plus tard car au négationnisme des crimes communistes. Cette stratégie incluait des opérations pour disqualifier tout ceux qui tentaient de révéler l'horreur soviétique des années 1930 et les calomniant en les accusant d'être des fascistes ou des agents de la gestapo.

«En réalité, la «Grande Terreur» fut d'abord et avant tout, une immense opération d'ingéniérie sociale visant à liquider définitivement tous les éléments jugés « étrangers » ou « nuisibles » à la nouvelle société socialiste en cours d'édification».


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Le rapport "secret" du XXe Congrès (février 1956) est une version, bien censurée, du rapport Commission Pospelov. Oubliant les crimes de Lénine, dénonçant une petite partie des crimes, ceux contre des membres du parti (44'465 personnes, dont 85 % à la peine de mort), Krouchtchev oublie les plus nombreux contre «de simples citoyens soviétiques ». Cette expression occulte le fond, à savoir que le communisme est l'ennemi du peuple et que la «Grande terreur» fut une opération d'ingéniérie sociale pour le tailler afin qu'il se moule dans le schéma marxiste: Marx-Lénine-Staline, la trinité de l'horreur.

Le Politburo de la «Grande terreur»: Staline, Vorochilov, Molotov, Kaganovitch, Jdanov, Mikoyan, Khrouchtchev?

L'immense majorité des victimes, «de simples citoyens soviétiques », soulignait la Commission [Pospelov], avaient été condamnées, dans le cadre des «opérations répressives de masse» par des troiki (6) ou des dvoiki (7), souvent sur la base de quotas d'arrestation et d'exécution attribués à chaque région par Staline et son Commissaire du peuple à l'Intérieur, Nikolaï Iejov.


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Staline fit bien attention de "mouiller" (souiller serait plus adapté) les membres du Politburo dans l'horreur de la «Grande terreur», mais aussi les Premiers Secrétaires du parti communiste de chaque région ou république fédérée de l'URSS et, bien évidemment l'ensemble du NKVD: tous auront du sang sur les mains, de manière indirecte, les assassins en col blanc, et directe, ceux qui devront exécuter près de 800'000 êtres humains.

Nicolas Werth rappelle le mérite de Robert Conquest d'avoir, dès la fin des années 1960, publié un ouvrage sur la «Grande terreur». Alors que l'auteur avait adhéré au Parti Communiste de Grande-Bretagne en 1937, au même moment que la «Grande terreur», ce qui prouve que lorsque qu'il demeure une bribe de vergogne et d'honnêteté, il est possible de se libérer de l'emprise perverse du communisme.

Les quotas n'étaient attribués par le Commissaire du peuple à l'Intérieur, Nikolaï Iejov, avec l'aval de Staline, qu'après que les Premiers Secrétaires du parti communiste de chaque région ou république fédérée de l'URSS avaient eux.mêmes donné leur propre «estimation chiffrée» du nombre «d'éléments socialement nuisibles» à «traiter en 1e ou en 2e catégorie» (peine de mort ou dix ans de camp).


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1930, «dékoulakisation» (c'est-à-dire l'expropriation des paysans avec la déportation de millions de paysans). Ce fut, et on l'oublie trop souvent, la sédentarisation forcée des peuples nomades (Cosaques, Khirgiz, et des centaines d'autres) qui ont été transformés en esclave, perdant leur riche culture!

1932-33, «Grande famine d'Ukraine» qui toucha de nombreuses autres régions dont la Kazakhstan et le Belarus.

1937-38, la «Grande terreur», 1,5 millions arrêtés dont 800'000 assassinés.

Ces 3 sommets de l'horreur n'empêchent pas la répression habituelle.

Bilan des années 1930. «dékoulakisation» (sur ce crime, document à http://www.ihtp.cnrs.fr/spip/spip.php?article338&lang=fr), «Grande famine d'Ukraine», «Grande terreur» et les victimes de la répression habituelle: des millions de déportés dont une partie importante devient des esclaves, le travail forcé fut la base des grands projets, et plus de 10 millions d'assassinés par la torture, la fusillade, la faim (le plus grand nombre), en déportation et aussi par désespoir.

Ne pas oublier qu'à la fin des années 1930, le pacte Hitler-Staline permit à l'URSS de conquérir des territoires (Pologne orientale, Etats baltes, Moldavie) qui furent soumis à la terreur, aux massacres et aux déportations. Sans compter ceux qui sont morts en combattant l'invasion soviétique ou liquidés plus tard comme les 21'000 Polonais liquidés à Katyn au printemps 1940.

En tout: de 15 à 20 millions de meurtres + le suicide de Maïakovsky et d'autres qui ont enfin réalisés l'horreur à laquelle ils avaient participé!

L'explication suivante: « L'ampleur des répressions s'expliquerait par le fait que les cadres communistes locaux, visés par le groupe stalinien désireux de «mettre de l'ordre» dans le Parti et de briser les réseaux de solidarité et les « cercles de famille » des nomenklaturas provinciales, auraient tenté de démontrer leur loyauté et leur vigilance en faisant du zèle répressif». Une conséquence du stakhanovisme, propagande (fin 1935) faisant l'apologie d'un travailleur très productif et dévoué à son travail.

Quand a commencé la «Grande terreur»? Le 1er décembre 1934, l'assassinat de Kirov? Serait-elle «le point d'aboutissement, radical et meurtrier, de toute une pratique de gestion policière du social inaugurée, au début des années 1930, avec la «dékoulakisation» (c'est-à-dire l'expropriation-déportation de millions de paysans)»?


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Nicolas Werth explique la raison des guillemets accolés à «Grande Terreur», car «Il s'agit bien d'un moment paroxystique, d'un véritable noeud de « radicalisation cumulative », sans égal durant l'ensemble de la période soviétique»

Les 3 procès de Moscou permettent à Staline de liquider définitivement des rivaux mais aussi de fixer l'attention, donc de cacher le principal: les diverses opérations de purification politique de l'URSS.

La Maison sur le Quai: un documentaire sur cette habitation qui, à chaque aube, perd ses habitants, arrêtés par le NKVD. Tous les proches pensent qu'il s'agit d'une erreur!

Les grandes opérations terroristes secrètes, à l'origine de plus de 90 % des arrestations, condamnations et exécutions en 1937-1938, me paraissent devoir être clairement différenciées des purges des élites et des cadres politiques, économiques, militaires et intellectuels menées parallèlement, au terme de procédures extra-judiciaires différentes, répondant à d'autres objectifs et à une autre fonctionnalité politique


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Les procès de Moscou occultent «les centaines de procès publics, à vocation pédagogique, de dirigeants communistes locaux, mis en scène dans de nombreux chefs-lieux de province. «Formidable mécanisme de prophylaxie sociale »

Ce crime de masse, tenu secret, fut une vaste opération d'ingéniérie et de «purification» sociale, avec ses groupes victimes, ses «quotas d'exécution », ses objectifs chiffrés et codés « d'individus à réprimer en première ou en seconde catégorie », ses «suppléments ratifiés» ou «non ratifiés »


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Pour un état qui se prétend l'état des travailleurs, cet usage systématique du secret initié par Lénine prouve qu'en réalité, l'état est l'ennemi du peuple et ne sert qu'une oligarchie de criminels, soutenu par une nouvelle bourgeoisie, la nomenklatura.

«Tous ces documents montrent clairement que les répressions massives menées en 1937-1938 (environ un million et demi de personnes arrêtées, 1'400'000 condamnées, dont plus de 700'000 à la peine de mort) furent, pour l'essentiel, le résultat de grandes opérations secrètes, planifiées et centralisées, décidées et mises au point, au plus haut niveau, par Staline et son Commissaire du peuple à l'Intérieur, Iejov»


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«l'opération koulak» est la première d'une série visant à éliminer des individus comme grec, estonnien, polonais… définies comme «opérations nationales » et suivent d'autres contre des survivants de l'ancien régime, etc... L'épuration est à la fois politique, nationale et sociale. A noter que la liquidation des croyants de diverses religions, et celles de leurs prêtres fût effectuées en 1935-36, et fut donc marginale dans la «Grande terreur». Les rares survivants furent liquidé en 1937-38.

Le premier - et le plus important - massif de documents ici présentés concerne «l'opération koulak» qui, à elle seule, se solda, si l'on se réfère aux statistiques compilées par la Direction du NKVD, par plus de 767'000 condamnations, dont près de 387'000 exécutions.


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Au Plenum du Comité central (22-28 juin 1937), Staline et Iejov révélent les nombreux complots qui venaient d'être déjoués grâce à la vigilance du NKVD: « militaro-fasciste », «droitier-fasciste», «trotsko-droitier »…. Il faudrait ne oublier que les prétendus comploteurs furent pourchassés également dans le Komintern et tous les partis communistes, les nombreuses organisations dépendantes et aussi dans les organisations satellites comme "Amis de l'URSS", divers comités d'intellectuels «antifascistes», etc. La «Grande terreur» sévissait dans le monde entier, en Espagne et aussi en Suisse, Ignace Reiss en fut victime en 1937. De plus, à l'interieur de ces apparats, des listes furent produites pour dénoncer les éléments «traîtres» (trostskistes, gestapistes, fascistes) ou douteux.

La «Grande terreur» fut également occultée par des apparats disqualifiants toute critique de l'URSS comme fascistes, mais aussi par des agents d'influence comme Romain Rolland, la Ligue des Droits de l'Homme, les nombreux intellectuels ayant participés à divers comités dont celui d'Amsterdam-Pleyel, tous, à de rares exceptions près, clamèrent leur soutien à l'URSS. Ils furent les collabos de l'horreur soviétique: eux, pacifistes, anti-capitalistes servirent le grand bourreau des peuples, Staline.

Depuis 1933, des centaines de milliers de ces «éléments socialement nuisibles» ou «appartenant au passé» avaient été expulsés des principales villes du pays, dans le cadre de la politique de « passeportisation » de la population urbaine COMME «gens du passé» et «éléments socialement nuisibles »


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Quand on pense à l'utilisation de la sentence du pasteur Niemoller: «Quand on est venu chercher …, je n'ai rien fait, etc». Ceux qui en usaient défendaient, corps et âmes, la «Grande terreur»: c'est la grande imposture de l'«antifascisme pro-stalinien» qui continue à sévir aujourd'hui, servant le négationnisme des crimes communistes, qui continuèrent bien après 1938. Aujourd'hui ces «antifascistes» stigmatisent Guantanamo mais ne remarquent pas que Cuba est une dictature communiste depuis près de 50 ans, tout en révérant Ernesto Guevara, le carnicito, assassins, comme Fidel Castro: les imposteurs des Droits de l'Homme.

Telle est la « toile de fond» de « l'Opération koulak ». Quant à ses « modalités pratiques », elles étaient simples et expéditives. Les « éléments » visés étant en principe déjà fichés, au niveau local, par les services de la Sécurité d'État ou de la police criminelle, il suffisait de les classer en «1e» ou « 2e» catégorie, selon leur degré de dangerosité sociale, et de les faire passer, selon une procédure administrative simplifiée, devant une troïka, juridiction d'exception mise sur pied ad hoc.


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Nicolas Werth rappelle que «Les nouvelles troïki introduites fin juillet 1937 pour la mise en reuvre de «l'Opération koulak» s'inscrivaient donc dans une lignée déjà conséquente de juridictions d'exception, qui comprenait, en outre, la Conférence spéciale, une juridiction de la police politique existant depuis 1924», mais aussi depuis décembre 1917 quand Lénine créa la Tchéka.

Au 10 juillet, ces estimations, encore très partielles, car portant uniquement sur trente-neuf provinces, régions et Républiques autonomes ou fédérées, concernaient déjà 65'400 individus «à fusiller» et 135'600 «à exiler ». Exception faite de Moscou, où Nikita Khrouchtchev, le «patron » de l'organisation régionale du Parti, proposa « sur la base des matériaux existants » de faire exécuter 8'500 personnes et d'exiler 32'805 autres, c'est dans les régions où avaient déjà, au cours des années précédentes, été exilés un grand nombre de proscrits (Sibérie, Oural, Extrême-Orient soviétique) que le nombre des éléments «à exécuter» était le plus important.


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Vie ou mort? Catégorie 1 ou 2. Quotas! Les Soviétiques sont traités comme des nombres, l'émulation socialiste permet de dépasser les objectifs, l'assassinat ou la déportation d'être humains est la seule industrie qui fonctionne dans les régimes communistes.

Après avoir souligné le caractère « absolument secret » de l'opération, y compris concernant les lieux où seraient, dans un proche avenir, exécutés et inhumés les milliers «d'éléments à traiter en le catégorie », Mironov évoqua, sans ambages, le caractère expéditif des procédures («Inutile de préparer de nombreux comptes rendus d'interrogatoires. Au grand maximum, deux-trois par individu. Si l'individu arrêté a avoué, un seul compte rendu suffit.


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La direction de l'état-parti, le Politburo, voyant l'accueil enthousiaste des premières opérations de la «Grande terreur», en augmente l'ampleur.

Pendant la «Grande terreur», les effectifs du parti communiste augmente de manière considérable malgré la liquiditation de.

Le 30 juillet 1937, quatre semaines après la directive de Staline du 2 juillet, Nikolaï Iejov signa enfin «l'ordre opérationnel du NKVD n° 00447, sur la répression des ex-koulaks, criminels et autres éléments antisoviétiques ». Ce texte élargissait considérablement les catégories des « éléments à réprimer », énumérant pas moins de huit ensembles, aux contours très flous, d'individus à arrêter.


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Nicolas Werth rappelle, et c'est nécessaire, tant les gens ont la mémoire courte (ou sont de mauvaise foi!), qu'une répression basée sur des quotas, des catégories (1ou 2, mort ou déportation) avait déjà été utilisées lors de la «dékoulakisation». Le régime perfectionne ses méthodes de répression.

Toutes les opérations de répression devaient commencer entre le 5 et le 15 août et être terminées dans un délai de quatre mois. En réalité, elles durèrent quinze mois. Les quotas initiaux de « 2e catégorie » furent multipliés par deux. Quant aux quotas « d'individus à réprimer en l,e catégorie » (fusiller), ils furent multipliés par cinq.


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Réprimer, déporter, assassiner, cela coûte 75 millions de roubles. Que représente ce montant?

75 millions de roubles - une somme imposante - étaient débloqués du fonds spécial de réserve du gouvernement «pour couvrir les dépenses exceptionnelles liées à la mise en ceuvre de l'opération»


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«Karacho, [signé] Stalin», caché derrière son personnage encensé par une armée de larbins et des légions d'imbéciles, "le grand bourreau des peuples" construisait la société socialiste, c'est-à-dire en éliminant les «nuisibles» pour construire l'homme nouveau communiste: un mouton terrorisé et lobotomisé.

La directive de Iejov (document 22) ordonnait le «traitement en le catégorie» des «éléments contre-révolutionnaires les plus actifs condamnés pour espionnage, diversion, terrorisme, insurrection ou banditisme, ainsi que des membres des partis antisoviétiques (trotskystes, SR mencheviks géorgiens, etc.) et autres contre-révolutionnaires continuant de mener un travail de sape antisoviétique sur leur lieu de détention» [sic]


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Krouchtchev, qui avait un peu moins de sang sur les mains que Staline mais qui connaissait l'étendue de l'horreur du régime communiste le définissait comme un hachoir à viande. L'édification du socialisme en URSS engendre deux classes, ceux qui tournent la manivelle du hachoir et ceux qui la fournissent.

En cinq mois (août-décembre 1937) 240'000 personnes furent exécutées, à un rythme moyen de 1'600 exécutions par jour. […] Les statistiques ne prennent pas en compte ce que les fonctionnaires de la police politique appelaient les « excès » ou les «suppléments non ratifiés ») dont on sait qu'ils eurent lieu et qu'ils ne furent pas toujours rapportés à Moscou.


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Pour remplir les quotas, le NKVD arrêtent, raflent à vue et vident les fonds de tiroir. En URSS, les démunis, les exclus, les cabossés, etc. le fond de commerce des socialistes dans les états bourgeois, dans un état socialiste, ils n'ont aucune chance de survie.

Une fois les premers contingents d'arrestation «éclusés », les agents du NKVD durent recourir à d'autres méthodes (rafles sur les lieux habituels de concentration - marchés et gares - «d'éléments socialement nuisibles », de «spéculateurs», d'individus en infraction au «régime des passeports », vérification de listes d'imposition ou de privation des droits civiques, arrestations d'individus dont les noms avaient été obtenus de détenus soumis à la torture, etc.) pour remplir des quotas toujours plus élevés.


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Suite de la liste des ennemis: «des kolkhoziens qui avaient manifesté trop ouvertement leur hostilité au système, des paysans qui avaient participé, au début des années 1930, voire au cours des grandes insurrections paysannes des années 1919-1922, à des « groupes de bandits » ou « d'insurgés antisoviétiques ». Etc.


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Parmi les opérations nationales, celle frappant les "Polonais" a été d'une cruauté particulière: au 16 novembre 1937, 90,8% des 24'990 individus arrêtés avaient été condamnés à mort. Une vieille rancune de Staline qui n'avait pas oublié la défaite de l'armée rouge progressant vers l'Allemagne et qui fut battue devant Varsovie en août 1920, défaite que l'on attribua à Djougatchvili, déjà incompétent dans les batailles régulières. Après les "Allemands", les "Polonais", les "Harbiniens".

En effet, à cette date, à peine 4'000 citoyens allemands résidaient en URSS (46). Comme pour l'ensemble des opérations codées, les personnes arrêtées devaient être classées en deux catégories, le (peine de mort) et 2e (8 à 10 ans de camp). En quinze mois, 56'787 personnes furent arrêtées dans le cadre de «l'opération allemande ».


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Au tour des "immigrés". Parmi ceux-ci, les admirateurs qui sont allés en URSS, de leur plein gré, comme Yvonne Bovard. Parmi eux, des Suisses, Felix Platten arrêté et exécuté en 1942, et sa femme Berthe Zimmermann fusillée en 1937. Et les opérations nationales se poursuivent: Lettonie, Finlande, Grèce, Roumanie, Estonie, «groupe d'espions et de terroristes» à la solde d'une Puissance étrangère

A faire la liste pour la Suisse et la France!

Le déclenchement des «opérations nationales » était, plus directement encore que dans le cas de «l'opération koulak », lié à l'obsession d'une «cinquième colonne », qui aurait recruté ses éléments dans le vivier des diasporas. Si «l'opération koulak»marquait l'aboutissement d'une gestion policière du social visant à éradiquer les «éléments socialement nuisibles», les «opérations nationales» indiquaient un changement, qui allait s'affirmer au cours des années suivantes, «l'ennemi » étant désormais ethniquement ciblé.


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L'Ukraine fut, à nouveau, gravement touchée par la «Grande terreur» après la Grande famine de 1932-33. Et le liste des nationalités s'allongent: Iran, Kurde, déportations ethniques, les vertiges du succès monte à la tête de Staline…

Préfigurant les grandes déportations de «nationalités ennemies» des années 1940, cette opération, assurément différente, dans ses modalités, des« opérations nationales » rdevait de la même politique d'ingénierie sociale.


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Et on continue à racler les fonds de tiroir: «ex-koulaks», «ligne de Harbin», etc... Quand un quota n'est pas atteint, on en prend dans une autre catégorie: le sommet de l'horreur. Hélas non! Les Khmers rouges ont essayé de faire les étapes de 1917-1939, en 4 ans…

Pour «faire du chiffre », Dmitriev avait fait arrêter plusieurs milliers de déportés d'origine ukrainienne assignés à résidence dans cette province de l'Oural. Une partie d'entre eux fut affectée à la «ligne polonaise », l'autre partie à la «ligne allemande » (56). Quant à la «ligne de Harbin », si 1'249 personnes avaient été arrêtées - un «volume acceptable» - seuls 42 avaient vécu dans certe ville, tous les autres étant des «ex-koulaks classés comme ouvriers (cheminots) » pour masquer la supercherie qui consistait à «transférer» des «ex-koulaks» de la «ligne koulak» à la «ligne de Harbin»!


Page 29

Les albums de l'horreur: ils consignent quelques lignes donnant une information minimale sur l'état-civil du condamné, le chef d'accusation et le verdict. Ils doivent être encore à la Loubianka.

En août 1938, des centaines d'albums, pour un total de 126'000 condamnations, étaient en souffrance à la Loubianka. Pour accélérer le désengorgement des prisons, où des centaines de milliers de condamnés attendaient la confirmation de leur sentence, le Politburo décida, le 15 septembre 1938, d'abolir le «système des albums »


Page 30

Une question systématiquement éludée: la taille et l'organisation générale et territoriale de l'état, ainsi que celle du parti puisqu'ils sont les deux faces d'une même entité. Combien d'agents a le NKVD? Nicolas Werth reprend les travaux de N. Okhotin et A. Roginskii sur les deux opérations nationales les mieux documentées, celles s'abattant sur les "Polonais" et les "Allemands".

«la diaspora polonaise paya, de loin, le plus lourd tribut à la «Grande terreur »


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Les recherches de Nicolas dévoilent une nouvelle catégories de victimes: les épouses et la prise en charge des enfants des traîtres à la Patrie. Il s'agit de l'opération n° 00486 du 15 août 1937 qui étend la responsabilité de crimes «contre-révolutionnaires» à la famille du condamnés, fait qui avait déjà eu un précédent lors des expropriations-déportations mises en oeuvre lors de la «dékoulakisation» et dans la répression qui suivit l'assassinat de Kirov, le 1er décembre 1934.

Que le régime bolchévic ne fasse pas grand cas de la vie des êtres humains, ce n'est pas une nouveauté, que la terreur rouge avait fonctionné selon la prise d'otages, des gens arrêtés presque au hasard, pour les pendre en public pour faire peur aux survivants avait été largement utilisées. Les piles de cadavres étaient valorisés comme un tableau de chasse, montrant que la vraie nature des communistes, des prédateurs ennemis du peuple.

Morozov (1932) la délation valorisée, la suspicion généralisée, la famille et les proches des "disparus" n'ont seulement ne pouvaient pas exprimer leur deuil mais devaient mépriser pour se distancier de l'«ennemi du peuple». Ces traumas cachés, l'horreur de la vie quotidienne, chacun craignant de vivre son dernier jour

L'immensité de la saloperie du parti communiste qui pourrit toute la société détruisant les familles, les amitiés, toute la société civile.

Et l'élimination des écrivains (Gorki, Babel, etc), des scientifiques, ingénieurs. Evguenia Guinzbourg

La spirale de la répression, Staline et ses acolytes doivent maintenir la pression afin de tuer dans l'oeuf toute vengeance de la société civile.

Et les biens des liquidés, de leurs familles quand elles ont été aussi arrêtées, que sont-ils devenus? Et les dents en or, montres, alliances de exécutés?

En 1937, un pas supplémentaire fut franchi dans le principe de la responsabilité collective, appliquée désormais à certaines catégories de personnes condamnées par une juridiction d'exception. Il s'agissait, au départ, des membres de la nomenklatura communiste (responsables du Parti, officiers de l'Armée rouge, cadres de l'économie, hauts fonctionnaires et «spécialistes ») jugés, pour la plupart d'entre eux, par le Collège militaire de la Cour suprême ou par des tribunaux spéciaux, et condamnés comme «traîtres à la Patrie », ou «membres d'organisations d'espionnage et de sabotage trotsko-droitières ». Leurs épouses « ou concubines » - sauf si elles avaient dénoncé leur conjoint - devaient être condamnées à une peine de cinq à huit ans de camp, en fonction de leur degré de « dangerosité sociale »; quant à leurs enfants, ils seraient placés dans des orphelinats.


Page 32

Compléments de la liste des «ennemis du peuple»: «ex-koulaks », «gens du passé », des « éléments déclassés, sans profession », des membres du clergé et un nombre non négligeable de «petites gens» - employés, ouvriers, kolkhoziens, paysans individuels, furent également frappés. En fait sur les 1,5 millions d'individus arrêtés, seuls étaient des membres du parti. Et les purges n'empêchent pas le nombre des membres du parti communiste d'augmenter.

Année
Nombre de membres
1919
150 000
1920
611 000
1933
3 500 000
1935
1 900 000
1937
2 300 000
1940
3 400 000
1945
5 760 000

Entre 1935 et 1940, si on prend l'assassinat de Kirov, le 1er décembre 1934, comme point de départ de la «Grande terreur», malgré 100'000 liquidés, l'effectif double presque. Comme les purges étaient secrètes, quoique perçue par les membres de la nomenklatura qui voyaient souvent des gens disparaîtres, cette frénésie d'adhésion était-elle due à l'espoir que la carte du parti sauve la vie?

Les opérations répressives de masse avaient été secrètes, leur fin devait le rester aussi. Les «défauts» accidentels du NKVD, conformément à la règle majeure de fonctionnement du système, la konspiratsia (le secret), n'avaient pas à être ni discutés, ni divulgués en dehors du premier cercle des dirigeants.


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Si la grande majorité des condamnés à morts furent fusillés, certains furent assassinés à la hache ou empoisonés. Et combien sont-ils morts en déportation?

Dans un environnement d'absolu arbitraire, l'invite permanente à dépasser les quotas comme on dépasserait un plan de production fit parfois remonter à la surface, parmi les tchékistes de base, un vieux fond de violence fait de pratiques ancrées dans l'ancestral savoir-faire paysan de mise à mort de l'animal.


Bilan de la construction du socialisme durant les années 1930:

Documents..........................................................................................35
1 - L'opération de répression des« ex-koulaks, crimines et autres éléments antisoviétiques» «opération n° 00447 »......36
Il - Les « opérations nationales » .............................................................
III - Autres« opérations de masse» ........................................................134
IV - Bilan et fin des « opérations de masse » ..........................................140
V- 1939; Témoignages et enquêtes sur le déroulement des «opérations de masse » ............153

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