La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)

De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"


Le rapport "secret" du XXe Congrès (février 1956) est une version, bien censurée, du rapport Commission Pospelov. Oubliant les crimes de Lénine, dénonçant une petite partie des crimes, ceux contre des membres du parti (44'465 personnes, dont 85 % à la peine de mort), Krouchtchev oublie les plus nombreux contre «de simples citoyens soviétiques ». Cette expression occulte le fond, à savoir que le communisme est l'ennemi du peuple.


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ce que les « héritiers de Staline » étaient prêts à dire sur les répressions de masse et ce sur quoi ils préféraient garder le silence. Il suffit, à cet égard, de comparer le rapport préparé, début février 1956, par la Commission Pospelov, à l'intention des seuls membres du Praesidium du Comité central, avec le texte du «Rapport secret» lu par Nikita Khrouchtchev devant les délégués soviétiques le 24 février 1956 (5).

S'appuyant sur un certain nombre de documents statistiques du 1er Département spécial du ministère de l'Intérieur, la Commission Pospelov avait fait mention, dans son rapport, du nombre de personnes arrêtées en 1937-1938 par le NKVD (1'548'366) et du nombre de personnes fusillées (681'692). L'immense majorité des victimes, «de simples citoyens soviétiques », soulignait la Commission, avaient été condamnées, dans le cadre des «opérations répressives de masse» par des troiki (6) ou des dvoiki (7), souvent sur la base de quotas d'arrestation et d'exécution attribués à chaque région par Staline et son Commissaire du peuple à l'Intérieur, Nikolaï Iejov. A côté de ces opérations de masse, expliquait la Commission, existait une répression plus ciblée, beaucoup plus limitée aussi, du ressort du Collège militaire de la Cour suprême de l'URSS, dirigée spécifiquement contre les responsables et les cadres du Parti. La Commission apportait des éléments précis sur le nombre de personnes condamnées en 1937-1938 par cette juridiction d'exception: 44'465 personnes, dont 85 % à la peine de mort. Elle précisait que toutes ces condamnations avaient été sanctionnées par Staline en personne, qui avait apposé sa signature au bas de 383 listes de condamnés. En évoquant cette question, la Commission abordait un aspect particulièrement délicat: en effet, Staline n'avait pas été le seul à apposer sa signature sur ces longues listes de condamnés à mort: les signatures des « héritiers de Staline », qui siégeaient à la tribune du XXe Congrès du PCUS en février 1956, figuraient aussi sur les listes de fusillés: celle de Viatcheslav Molotov sur 372 d'entre elles, celle de Kliment Vorochilov sur 195 listes; Lazar Kaganovitch avait paraphé 191 listes, Andreï Jdanov (mort en 1948), 177. La Commission Pospelov se garda bien de citer ces noms.

L'autre omission de taille concernait Nikita Khrouchtchev lui-même. En effet, sur la question des quotas d'exécution et d'arrestation « attribués par le NKVD» à chaque

5. C£ Nicolas Werth, «Histoire d'un pré-rapport secret. Audaces et silences de la Commission Pospelov, janvier-février 1956 », Communisme, n° 67 -68, 2001, p. 9-40.

6. Organes extra-judiciaires composés du chef régional du NKVD, du Premier Secrétaire régional du Parti et du procureur de région. Les troïki rendaient des sentences - peine de mort ou dix ans de camp - immédiatement exécutoires, à huis clos, sans défense ni présence de l'accusé, ni possibilité d'appel. Au cours d'une seule séance, plusieurs centaines de dossiers étaient « instruits ».

7. Organes extra-judiciaires de deux membres, un haut responsable régional du NKVD et le procureur (ou le procureur-adjoint) de région. Ces dvoïki étaient supervisées par la Commission spéciale du NKVD, dirigée par Nikolaï Iejov et le Parquet général de l'URSS, dirigé par Andreï Vychinski.


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