La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)
De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"
Ce constat de Nicolas Werth révèle que la "Grande Terreur" fut organisée avec une mise en scène très élaborée comprenant plusieurs niveaux de camouflage et de nombreuses diversions dont les principales furent la guerre civile espagnole et l'instrumentalisation de l'«antifascisme». Alors qu'on arrêtait et massacrait des milliers d'être humains chaque jour, hors de l'URSS, des millions s'engagaient dans la défense de la patrie des travailleurs, louaient les grandes réalisations de l'édification du socialisme alors que le capitalisme était méprisé, cette gigantesque imposture fonctionna grâce à un réseau de progagande et d'amis de l'URSS. A noter que ce rideau de camouflage et de désinformation continue à être efficace 70 ans plus tard car au négationnisme des crimes communistes. Cette stratégie incluait des opérations pour disqualifier tout ceux qui tentaient de révéler l'horreur soviétique des années 1930 et les calomniant en les accusant d'être des fascistes ou des agents de la gestapo.
«En réalité, la «Grande Terreur» fut d'abord et avant tout, une immense opération d'ingéniérie sociale visant à liquider définitivement tous les éléments jugés « étrangers » ou « nuisibles » à la nouvelle société socialiste en cours d'édification».
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Les « opérations de masse » de la «Grande Terreur» en URSS, 1937-1938
Nicolas Werth
Soixante-dix ans après les grands «procès de Moscou », cinquante ans après le «Rapport secret » de Nikita Khrouchtchev au XXe congrès du PCUS, et quinze ans après l'ouverture des archives soviétiques, il est enfin possible de prendre la mesure exacte de ce que fut la« Grande Terreur» des années 1937 -1938 en URSS.
Disons-le d'emblée: les grands procès de Moscou et le « Rapport secret » ont, chacun à leur manière, été de formidables «événements-écrans » qui ont caché la nature et la véritable ampleur des répressions de masse durant les années 1937-1938. En effet, les «procès de Moscou », parodies de justice largement couvertes par les médias - tant soviétiques qu'occidentaux - ont durablement masqué l'autre face, secrète, de la «Grande terreur» - celle des «opérations répressives de masse» dévoilées seulement après la chute de l'URSS, au début des années 1990 (2).
Quant au «Rapport secret », qui donnait une vision très partielle et sélective des crimes de Staline, il a longtemps fait croire que la répression a été dirigée principalement contre les cadres communistes du Parti, de l'économie et de l'armée - une opinion encore largement partagée par un certain nombre d'historiens, pour lesquels la «Grande Terreur» reste, pour l'essentiel, une «grande purge» du Parti, plus sanglante que les autres (3). En réalité, la «Grande Terreur» fut d'abord et avant tout, une immense opération d'ingéniérie sociale visant à liquider définitivement tous les éléments jugés « étrangers » ou « nuisibles » à la nouvelle société socialiste en cours d'édification.
La publication récente de documents relatifs à la préparation du XXe Congrès et aux discussions qui eurent lieu, au plus haut niveau politique, c'est-à-dire au Praesidium du Comité central du PCUS, autour de la genèse du « Rapport secret » (4), montre clairement
(2). La première publication de« l'ordre opérationnel du NKVD n° 00447» du 30 juillet 1937, point de départ de la plus meurtrière des «opérations répressives de masse » de la « Grande Terreur» parut dans le journal Trud, le 4 juin 1992. D'autres documents sur ces «opérations de masse» parurent, peu de temps après, dans le journal Moskovskie Novosti du 21 juin 1992.
(3). Cf Igal Halfin, Terror in My Soul. Communist Autobiographies on Trial, Harvard University Press, 2003, p. 3.
(4). A. Artisov, lu. Sigacev, 1. Shevtchouk, V. Khlopov (dir.), Reabilitatsia. Kak eto bylo. Dokumenty Presidiuma TsK KPSS i drugie materialy, mart 1953-fevral' 1956, (Réhabilitation. Comment s'est-elle passée? Recueil de documents du Praesidium du Comité central du PCUS, mars 1953-février 1956) Moscou, Mejdunarodnyi Fond Demokratia, 2000.