La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)
De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"
Compléments de la liste des «ennemis du peuple»: «ex-koulaks », «gens du passé », des « éléments déclassés, sans profession », des membres du clergé et un nombre non négligeable de «petites gens» - employés, ouvriers, kolkhoziens, paysans individuels, furent également frappés. En fait sur les 1,5 millions d'individus arrêtés, seuls étaient des membres du parti. Et les purges n'empêchent pas le nombre des membres du parti communiste d'augmenter.
| Année |
Nombre de membres
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|---|---|
| 1919 |
150 000
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| 1920 |
611 000
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| 1933 |
3 500 000
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| 1935 |
1 900 000
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| 1937 |
2 300 000
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| 1940 |
3 400 000
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| 1945 |
5 760 000
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Entre 1935 et 1940, si on prend l'assassinat de Kirov, le 1er décembre 1934, comme point de départ de la «Grande terreur», malgré 100'000 liquidés, l'effectif double presque. Comme les purges étaient secrètes, quoique perçue par les membres de la nomenklatura qui voyaient souvent des gens disparaîtres, cette frénésie d'adhésion était-elle due à l'espoir que la carte du parti sauve la vie?
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troïki et dvoïki, stoppait immédiatement toutes les « opérations répressives de masse » et critiquait les « défauts majeurs » et les « dérapages » dans le travail des organes du NKVD et du Parquet, Ces « défauts majeurs » étaient expliqués ainsi: des «ennemis du peuple» s'étaient «faufilés» dans le NKVD avec pour objectif de soustraire cette institution au contrôle vigilant du Parti, de la noyauter afin d'y développer leurs activités subversives et leur « travail de sape antisoviétique ». Outre la « perte de vigilance », il était reproché à la direction du NKVD d'avoir «introduit du désordre» et «abandonné le travail méticuleux et systématique, fondé sur le contact régulier et suivi avec les informateurs et les inspecteurs pour des procédures simplifiées fondées sur les seuls aveux des accusés» (document 98).
Quelques jours plus tard, Nikolaï Iejov démissionna de toutes ses fonctions (document 99) La Pravda annonça laconiquement que le Commissaire du peuple à l'Intérieur avait été relevé de ses fonctions pour raisons de santé. Mais les ennemis n'avaient pas désarmé. Le NKVD, dirigé par le nouveau Commissaire du peuple, Genrikh Iagoda, continuait de monter la garde.
Les opérations répressives de masse avaient été secrètes, leur fin devait le rester aussi. Les «défauts» accidentels du NKVD, conformément à la règle majeure de fonctionnement du système, la konspiratsia (le secret), n'avaient pas à être ni discutés, ni divulgués en dehors du premier cercle des dirigeants.
Sur la complexe question du bilan des victimes de la «Grande Terreur », la place a manqué pour présenter des données plus précises, région par région, telles qu'on peut aujourd'hui les reconstituer à partir des nombreux « Livres de mémoire » (Knigi Pamiati) publiés par les filiales régionales de l'association Memorial. Nous présentons dans le présent recueil, outre quatre des trente-six bilans statistiques sur « l'opération koulak» préparés par le 8e Département de la Sécurité d'Etat (documents 21, 41, 54, 64), deux rapports-bilans (document 95, document 96) sur le nombre total de personnes arrêtées et condamnées par les organes du NKVD en 1937-1938, l'un, plus complet, arrêté malheureusement au ler juillet 1938, l'autre, plus succinct, arrêté au ler novembre 1938. Comme nous l'avons remarqué plus haut, ces données doivent être révisées à la hausse d'au moins 10 % pour prendre en compte toutes les arrestations et les décès de détenus entre le moment de leur arrestation et celui de leur condamnation qui n'étaient pas rapportés à la direction centrale du NKVD. Outre les chiffres globaux, les chiffres par région, les données les plus intéressantes apportées par ces documents (nonobstant le caractère approximatif et souvent arbitraire des catégories) concernent l'origine sociale des personnes arrêtées: elles confirment le fait que la «Grande Terreur» fut, pour l'essentiel, une vaste opération d'ingéniérie sociale visant en premier lieu les éléments déjà marginalisés par le régime depuis le début des années 1930: la vaste cohorte des «ex-koulaks », des «gens du passé », des « éléments déclassés, sans profession », des membres du clergé; néanmoins, un nombre non négligeable de «petites gens» - employés, ouvriers, kolkhoziens, paysans individuels, furent également frappés. Sur un million et demi de personnes arrêtées, moins de 100'000 étaient des communistes; quelques dizaines de milliers appartenaient aux « hautes sphères » de la nomenklatura.