La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)

De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"


Les recherches de Nicolas dévoilent une nouvelle catégories de victimes: les épouses et la prise en charge des enfants des traîtres à la Patrie. Il s'agit de l'opération n° 00486 du 15 août 1937 qui étend la responsabilité de crimes «contre-révolutionnaires» à la famille du condamnés, fait qui avait déjà eu un précédent lors des expropriations-déportations mises en oeuvre lors de la «dékoulakisation» et dans la répression qui suivit l'assassinat de Kirov, le 1er décembre 1934.

Que le régime bolchevic ne fasse pas grand cas de la vie des êtres humains, ce n'est pas une nouveauté, que la terreur rouge avait fonctionné selon la prise d'otages, des gens arrêtés presque au hasard, pour les pendre en public pour faire peur aux survivants avait été largement utilisées. Les piles de cadavres étaient valorisés comme un tableau de chasse, montrant que la vraie nature des communistes, des prédateurs ennemis du peuple.

Morozov (1932) la délation valorisée, la suspicion généralisée, la famille et les proches des "disparus" n'ont seulement ne pouvaient pas exprimer leur deuil mais devaient mépriser pour se distancier de l'«ennemi du peuple». Ces traumas cachés, l'horreur de la vie quotidienne, chacun craignant de vivre son dernier jour

L'immensité de la saloperie du parti communiste qui pourrit toute la société détruisant les familles, les amitiés, toute la société civile.

Et l'élimination des écrivains (Gorki, Babel, etc), des scientifiques, ingénieurs. Evguenia Guinzbourg

La spirale de la répression, Staline et ses acolytes doivent maintenir la pression afin de tuer dans l'oeuf toute vengeance de la société civile.

Et les biens des liquidés, de leurs familles quand elles ont été aussi arrêtées, que sont-ils devenus? Et les dents en or, montres, alliances de exécutés?


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L'opération n° 00486 («Sur la répression des épouses et la prise en charge des enfants des traîtres à la Patrie »)

Parmi les «opérations de masse» de la «Grande Terreur », l'une, initiée par l'ordre opérationnel du NKVD n° 00486 en date du 15 août 1937 (document 91) retient l'attention par le fait qu'elle ciblait non pas les individus soupçonnés de crimes contre-révolutionnaires, mais les membres de leur famille. Jusqu'alors, le principe de la responsabilité collective engageant tous les membres d'une famille avait été appliqué lors des expropriations-déportations mises en oeuvre lors de la «dékoulakisation», au moment des expulsions de certains groupes sociaux des villes « à régime spécial » (ainsi, à la suite de l'assassinat de Kirov, le 1er décembre 1934, près de 5'000 « chefs de famille» appartenant aux élites politiques et sociales de l'Ancien Régime avaient été expulsés de Leningrad avec leur famille, soit au total environ 12'000 personnes (63), puis, à partir de 1935, dans le cadre des opérations ciblées de déportation de minorités des zones frontalières. En 1937, un pas supplémentaire fut franchi dans le principe de la responsabilité collective, appliquée désormais à certaines catégories de personnes condamnées par une juridiction d'exception. Il s'agissait, au départ, des membres de la nomenklatura communiste (responsables du Parti, officiers de l'Armée rouge, cadres de l'économie, hauts fonctionnaires et «spécialistes ») jugés, pour la plupart d'entre eux, par le Collège militaire de la Cour suprême ou par des tribunaux spéciaux, et condamnés comme «traîtres à la Patrie », ou «membres d'organisations d'espionnage et de sabotage trotsko-droitières ». Leurs épouses « ou concubines » - sauf si elles avaient dénoncé leur conjoint - devaient être condamnées à une peine de cinq à huit ans de camp, en fonction de leur degré de « dangerosité sociale »; quant à leurs enfants, ils seraient placés dans des orphelinats éloignés de leur lieu de domicile. Ces mesures, en réalité, furent appliquées à des catégories de condamnés beaucoup plus vastes que celles prévues dans l'ordre n° 00486: une partie des personnes condamnées dans le cadre des «opérations nationales » virent également leurs proches, épouses et enfants, arrêtés et condamnés (documents 92, 93). Au total, près de 40'000 « épouses » furent arrêtées et condamnées, et une vingtaine de milliers d'enfants de «parents réprimés » placés dans des orphelinats (document 94).

L'arrêt de la «Grande Terreur ». Esquisse de bilan quantitatif

La «Grande Terreur» prit fin comme elle avait débuté: sur une résolution secrète du Politburo, datée du 17 novembre 1938. Envoyé à un nombre restreint de hauts responsables du Parti et de la police politique et du Parquet, ce texte abolissait toutes les…

63. Sur cet épisode, cf V. A. Ivanov, « Operatsia Byvsie Ijudi v leningrade, feval'-mart 1935» (L'Opération « Gens du passé » à Leningrad, février-mars 1935), Novyi Casovoi: Russkii voiennoPoliticeskiijumal,1998,no 6-7,p.118-130.


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