La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)

De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"


Et on continue à racler les fonds de tiroir: «ex-koulaks», «ligne de Harbin», etc... Quand un quota n'est pas atteint, on en prend dans une autre catégorie: le sommet de l'horreur. Hélas non! Les Khmers rouges ont essayé de faire les étapes de 1917-1939, en 4 ans…


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- toute personne ayant eu un contact avec un représentant consulaire ou commercial polonais ;
- toute personne ayant, ou ayant eu, des contacts familiaux ou d'autres contacts suspects en Pologne, déjà fichée par la police (54).

A Gorki, le chef régional du NKVD prit l'initiative de rajouter aux catégories standard de «l'opération allemande » qui, dans l'aire sous sa juridiction, donnaient un « nombre infime » d'éléments suspects, une autre catégorie - les « ex -prisonniers russes de la guerre impérialiste ayant été en captivité en Allemagne ». Cette catégorie « justifia » l'arrestation de 441 personnes à Gorki et permit au NKVD local d'atteindre un total, considéré comme acceptable par la hiérarchie, de 608 condamnés dans le cadre de l'opération n° 0043 9 (55). A Sverdlovsk, le responsable régional du NKVD, Dmitriev réussit l'exploit d'arrêter 4'142 personnes au compte de la «ligne allemande» - «sur ce nombre, on ne compte que 390 noms allemands », le tança Frinovski, le n° 2 du NKVD ! » (document 90). Pour «faire du chiffre », Dmitriev avait fait arrêter plusieurs milliers de déportés d'origine ukrainienne assignés à résidence dans cette province de l'Oural. Une partie d'entre eux fut affectée à la «ligne polonaise », l'autre partie à la «ligne allemande » (56). Quant à la «ligne de Harbin », si 1'249 personnes avaient été arrêtées - un «volume acceptable» - seuls 42 avaient vécu dans certe ville, tous les autres étant des «ex-koulaks classés comme ouvriers (cheminots) » pour masquer la supercherie qui consistait à «transférer» des «ex-koulaks» de la «ligne koulak» à la «ligne de Harbin»! (document 90).

Les personnes arrêtées étaient rapidement déférées devant une dvoïka (commission extra-judiciaire composée d'un haut responsable du NKVD et du procureur général), qui condamnait «en 1re catégorie» ou «en 2e catégorie ». En l'absence de quotas, le pourcentage de condamnations à mort, dans le cadre des «opérations nationales », variait considérablement, en fonction des circonstances locales, c'est-à-dire, pour l'essentiel, de la personnalité et du zèle répressif du chef régional du NKVD, En Arménie, 31 % des condamnés furent exécutés; dans la région de Vologda - 46 % ; à Leningrad 87 % ; dans les régions de Novossibirsk et de Krasnodar - 94 %, le record revenant à la province d'Orenbourg, avec 96,4 % de condamnations en «1re catégorie ». A la différence des dossiers passant par la «ligne koulak », qui ne nécessitaient aucune confirmation de la part de Moscou (le contrôle du Centre s'exerçant, du moins sur le volume global des condamnations, par le système des quotas), les verdicts émis par les dvoïki, dans le cadre des « opérations nationales », devaient être conflfmés, à Moscou, au plus haut niveau, par la Commission spéciale du NKVD et du Procureur général de l'URSS, dirigée par Nikolaï lejov et Andreï Vychinski. Chaque affaire était résumée dans une brève notice de quelques lignes donnant une information minimale sur l'état-civil du

54. N. Okhotin. A. B. Roginskii, art, cité, p, 53.

55. Ibid., p. 55.

56, Ibid., p. 65.


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