La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)
De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"
Au tour des "immigrés". Parmi ceux-ci, les admirateurs qui sont allés en URSS, de leur plein gré, comme Yvonne Bovard. Parmi eux, des Suisses, Felix Platten arrêté et exécuté en 1942, et sa femme Berthe Zimmermann fusillée en 1937. Et les opérations nationales se poursuivent: Lettonie, Finlande, Grèce, Roumanie, Estonie, «groupe d'espions et de terroristes» à la solde d'une Puissance étrangère
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personnes furent condamnées dans le cadre de cette opération, dont 21'200 furent exécutées (49).
Une quatrième opération, déclenchée peu après (23 octobre 1937) par l'ordre opérationnel du NKVD n° 00693 (document 87) devait frapper l'ensemble des immigrés, « quels que soient les motifs et les circonstances de leur passage en URSS ».
Dans les semaines suivantes, le NKVD déclencha, toujours sur ordre du Politburo, cinq autres «opérations nationales» - l'opération lettone (22'360 condamnés, dont 16'573 exécutés) (document 88), l'opération finlandaise (7'023 condamnés, dont 5'724 exécutés), les opérations grecque, roumaine et estonienne, visant chacune un «groupe d'espions et de terroristes» à la solde d'une Puissance étrangère (50).
Selon les statistiques centralisées du NKVD, de juillet 1937 à novembre 1938, 335'513 individus furent condamnés par des juridictions d'exception dans le cadre des « opérations nationales ». Sur ce nombre, 247'157, soit 73,6 % - une proportion bien plus élevée encore que pour l'opération n° 00447 - furent exécutés.
Le déclenchement des «opérations nationales » était, plus directement encore que dans le cas de «l'opération koulak », lié à l'obsession d'une «cinquième colonne », qui aurait recruté ses éléments dans le vivier des diasporas. Si «l'opération koulak»marquait l'aboutissement d'une gestion policière du social visant à éradiquer les «éléments socialement nuisibles», les «opérations nationales» indiquaient un changement, qui allait s'affirmer au cours des années suivantes, «l'ennemi » étant désormais ethniquement ciblé. Ce changement s'inscrivait, de manière plus générale, dans une vaste reconfiguration des rapports entre les nationalités qui composaient l'Union soviétique et, plus encore, dans une nouvelle perception du danger extérieur (51) Celle-ci s'était déjà traduite, rappelons-le, à partir de 1935, par une politique de «nettoyage» des zones-frontières. En 1935-1936, les autorités déportèrent au Kazakhstan plus de 23'000 familles d'origine
49. Memorial-Aspekt, 1 (1993), p.2. Les chiffres donnés dans le document 95 divergent de quelques pour cent sur le nombre de «Harbiniens» arrêtés (35'943), mais il s'agit là d'individus arrêtés et non d'individus condamnés dans le cadre de cette « ligne ».
50. Pour les opérations grecque, roumaine et estonienne, on ne dispose que d'indications partielles du nombre de victimes, au 10 septembre 1938 (ces opérations se prolongèrent jusqu'à la mi-novembre 1938, et un grand nombre de condamnés furent exécutés au cours des deux derniers mois de l'opération). Au 10 septembre 1938, 11'261 personnes avaient été condanmées (dont 9'450 à la peine capitale) dans le cadre de l'opération grecque; 6'292 (dont 4'021 en « 1e catégorie ») dans le cadre de l'opération roumaine; 5'680 (dont 4'672 en « 1e catégorie ») dans le cadre de l'opération estonienne (cf Rapport de la Commission Pospdov, art. cité, note 36).
51. Terry Martin, The Affirmative Action Empire. Nations and Nationalism in the Soviet Union, 1923-1939, Ithaca et Londres, Cornell University Press, 2001, p. 312-343. Les chiffres figurant dans le doc. 96 du présent recueil sont légèrement inférieurs. La différence est minime (moins de 2 %) et peut s'expliquer par le fait que les statistiques présentées ne prennent en compte que les individus condanmés par les seules dvoïki, et non pas la totalité des individus condamnés dans le cadre des «opérations nationales» (un petit pourcentage d'entre eux a pu être condamné exceptionnellement par d'autres juridictions d'exception).