La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)
De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"
Parmi les opérations nationales, celle frappant les "Polonais" a été d'une cruauté particulière: au 16 novembre 1937, 90,8% des 24'990 individus arrêtés avaient été condamnés à mort. Une vieille rancune de Staline qui n'avait pas oublié la défaite de l'armée rouge progressant vers l'Allemagne et qui fut battue devant Varsovie en août 1920, défaite que l'on attribua à Djougatchvili, déjà incompétent dans les batailles régulières. Après les "Allemands", les "Polonais", les "Harbiniens".
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oeuvre, à une large échelle, des opérations d'espionnage et de sabotage dans les entreprises industrielles stratégiques et, en premier lieu, dans les entreprises militaires, en utilisant notamment les cadres allemands qui s'y sont infiltrés ». Outre les citoyens allemands travaillant (ou ayant travaillé) dans ces entreprises, devaient être immédiatement arrêtés « tous les agents allemands, saboteurs, espions et terroristes [... ] qu'ils soient citoyens soviétiques ou ressortissants étrangers, et quel que soit leur lieu de travail ». Une telle formulation élargissait considérablement la portée de l'opération initialement envisagée. En effet, à cette date, à peine 4'000 citoyens allemands résidaient en URSS (46). Comme pour l'ensemble des opérations codées, les personnes arrêtées devaient être classées en deux catégories, le (peine de mort) et 2e (8 à 10 ans de camp). En quinze mois, 56'787 personnes furent arrêtées dans le cadre de «l'opération allemande ». Sur ce nombre, 55'005 furent condamnées par une juridiction d'exception, dont 41'898 (soit 76 %) à la peine de mort, et 13'107 à une peine de camp (8 à 10 ans) (47) (document 97).
Le 11 août 1937, à la suite d'une résolution secrète prise, deux jours auparavant, par le Politburo, Nikolaï Iejov envoya aux dirigeants régionaux du NKVD une nouvelle directive, l'Ordre n° 00485, destiné à mettre en oeuvre la « liquidation totale des réseaux d'espions et de terroristes de l'Organisation militaire polonaise, inilltrés dans l'industrie, les transports et l'agriculture» (document 83). Cette «opération polonaise », la plus importante de toutes les «opérations nationales », allait se solder par l'arrestation, en quinze mois, de 143'810 personnes. Sur ce nombre, 139'835 furent condamnées par une juridiction d'exception, dont près de 80 % (111'091) à la peine capitale (48) (document 97).
Une troisième «opération nationale », déclenchée à la suite de l'Ordre n° 00593 du 20 septembre 1937 (document 86) avait pour cible un autre groupe suspecté d'entretenir des liens avec une Puissance étrangère ennemie, le Japon. Il s'agissait des «Harbiniens », ex-employés et cheminots de la Compagnie des chemins de fer de Chine orientale, basée à Harbin et qui, après la cession de la ligne au Japon, avaient été rapatriés, comme citoyens soviétiques, en URSS. Les «Harbiniens» étaient accusés «d'activités terroristes et diversionnistes commanditées par les services secrets japonais ». Au total, 33'108
46. Sur les 4'005 citoyens allemands enregistrés par le Commissariat du peuple à l'Intérieur au début de 1937, environ 800 furent arrêtés en 1937-1938. 620 d'entre eux furent expulsés en Allemagne (N. Okhotin, A. B. Roginskü, art. cité, p. 49-51).
47. Ibid, p. 66. 48.N. V. Petrov, A. B. Roginskii, "Polskaia operatsia NKVD 1937-1938» ("L'opération polonaise» du NKVD, 1937-1938), in A. E. Gurianov (dir.), Repressii protiv Poliakov i polskix grazdan (Les répressions contre les Polonais soviétiques et les citoyens polonais), Moscou, Ed. Zvenia, 1997. p. 22-43. Cet article, qui exploite des sources inédites des Archives présidentielles et des archives du FSB, reste, à ce jour, la relation la plus détaillée de" l'opération polonaise ».