La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)

De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"


Krouchtchev, qui avait un peu moins de sang sur les mains que Staline et qui connaissait l'étendue de l'horreur du régime communiste le définissait comme un hachoir à viande.

hachoir viande Krouchtchev


Page 22

«répression en le catégorie d'un contingent supplémentaire de 12 000 détenus des camps d'Extrême-Orient déjà condamnés et purgeant leur peine pour espionnage, terrorisme, diversion, trahison, banditisme, récidive criminelle» (document 57). Ce «supplêment» venait, en réalité, s'ajouter à plusieurs autres. Ainsi, en 1937-1938, certains camps du Goulag devinrent de véritables camps d'extermination. Au total, entre 30'000 et 40'000 détenus des camps furent exécutés dans le cadre des «opérations spéciales» de l'ordre n° 00447. Ces morts s'ajoutaient aux 34'000 détenus décédés en camp en 1937 et aux 126'000 détenus décédés en 1938, sans compter les 38'000 détenus « disparus », cette année-là, durant leur transfert en camp (41).

Les rapports-bilans régulièrement compilés par le Département statistique de la Sécurité d'État (documents 21, 41, 54, 64) révèlent les «rythmes» des arrestations et des exécutions effectuées dans le cadre de «l'opération koulak»: plus de 100'000 arrestations au cours des dix premiers jours (5-15 août 1937); encore 150'000 arrestations entre la mi-août et fin septembre; plus de 300'000 arrestations du 1er octobre à la fin décembre 1937. En cinq mois (août-décembre 1937) 240'000 personnes furent exécutées, à un rythme moyen de 1'600 exécutions par jour. A partir de janvier 1938, le rythme des arrestations diminua: un peu plus de 210'000 sur les dix mois de l'année 1938, avant l'arrêt des opérations, le 17 novembre. Mais près de 150'000 personnes furent encore exécutées en 1938 dans le cadre de «l'opération koulak », soit environ 500 par jour. Ces statistiques, rappelons-le, reflètent la« comptabilité» tenue par la direction du NKVD) sur la base des rapports demandés régulièrement aux responsables régionaux. Elles ne prennent pas en compte ce que les fonctionnaires de la police politique appelaient les « excès » ou les «suppléments non ratifiés ») dont on sait qu'ils eurent lieu et qu'ils ne furent pas toujours rapportés à Moscou, comme en témoignent un certain nombre de documents d'inspections menées) après la fin de la «Grande Terreur », en 1939, dans certaines régions (documents 100, 102). L'inspection menée au Turkménistan par exemple (document 102) découvrit que le NKVD turkmène avait « dépassé » les quotas d'exécution ratifiés par le Politburo et par la direction centrale du NKVD de 25 %, malgré le fait que Moscou avait déjà) entre août 1937 et septembre 1938) augmenté de plus de 200 % les quotas initiaux (42). Il faut donc sans doute rajouter 10 % à 15 %, peut-être plus) aux chiffres « officiels » produits par les «statisticiens » de la Sécurité d'État. Pour la seule «opération koulak ») ceux-ci se montent à 767'397 condamnations, dont 386'798 à la peine de mort (document 96). Les classifications sommaires («koulaks», «criminels ») «autres éléments contre-révolutionnaires ») figurant dans les bilans de la Sécurité d)État ne sont malheureusement guère éclairantes sur le profil des individus arrêtés et condamnés. Pour en savoir plus, il est nécessaire

41. Nikita Okhotin, Arsenii Roginskü (dir.), Sistema Ispravitel'no-trudovyx lagerei v SSSR, 1923-1960 «Le système des camps de travail correctif en URSS, 1923-1960» Moscou) Ed. Zvenia, 1998, p.41.

42. Cf sur ce point l'article pionnier d'Oleg Khlevniouk, « Les mécanismes de la Grande Terreur au Turkménistan ». Cahiers du Monde russe, vol. 39 (1-2), 1998. p. 197 -208.


Suite
Retour