La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)
De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"
«Karacho, [signé] Stalin», caché derrière son personnage encensé par une armée de larbins et des légions d'imbéciles, "le grand bourreau des peuples" construisait la société socialiste, c'est-à-dire en éliminant les «nuisibles» pour construire l'homme nouveau communiste: un mouton terrorisé et lobotomisé.
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télégramme même: «D'accord, J. Staline» (document 50). «D'accord pour une augmentation de quota jusqu'à 8'000 » (document 19), «Accorder un supplément de quota de 6'000 en le catégorie pour la région de Krasnoiarsk. Avis favorable» (document 43). A côté de la signature de Staline, figurait parfois celle de Molotov, le chef du gouvernement soviétique, futur ministre des Affaires étrangères et «héritier» de Staline, l'un des principaux dirigeants du Parti lors du XXe Congrès, en février 1956... Outre les «suppléments» accordés «à la demande », Staline et Iejov prenaient aussi l'initiative d'augmenter les quotas d'une manière plus globale: ainsi, le 15 octobre 1937, trois jours après la tenue d'un nouveau Plenum du Comité central, Staline et Iejov distribuèrent à 58 régions et républiques de nouveaux quotas pour pas moins de 120'320 «individus à réprimer », dont 63'120 en le catégorie, et 57'200 en 2e (39). Au cours des deux mois suivants, de nouveaux quotas furent accordés, répondant, pour l'essentiel, à de nouvelles demandes de responsables locaux, pour un total de 141'000, dont 73'000 en« le catégorie» (documents 46, 47, 49-51). Le 31 janvier 1938, au nom du Politburo, Staline proposa une nouvelle série de «quotas supplémentaires de répression dans le cadre de l'opération n° 00447 » pour 57'200 «éléments », dont 48'000 «à traiter en l e catégorie» (document 53). Deux semaines plus tard, Staline accorda le plus important quota jamais attribué jusqu'alors à une seule république ou région: 30'000 en 1e catégorie pour l'Ukraine (document 60). Les opérations, qui, selon l'ordre opérationnel du 30 juillet, auraient dû être achevées début décembre 1937, furent prolongées, selon les régions, jusqu'au 15 février, 15 mars ou ler avril. En réalité, elles continuèrent jusqu'à la fin de l'été 1938, notamment dans certaines régions considérées à la fois comme particulièrement stratégiques et particulièrement «polluées» par les « ennemis » - Oural, Sibérie orientale, Extrême-Orient soviétique (régions de Sverdlovsk, Krasnoiarsk, Tchita, Irkoutsk, Omsk, cf docunents. 69-71, 73, 76-78, 80, 81).
Dans le cadre de «l'opération koulak» étaient prévues des «actions spéciales de nettoyage» des camps de leurs «éléments criminels et contre-révolutionnaires les plus endurcis»: les premiers quotas fixés par l'ordre n° 00447 prévoyaient 10'000 exécutions d'individus purgeant déjà une peine de travaux forcés en camp. Dès le 16 août 1937, le fameux camp des Solovki reçut son quota de 1'200 exécutions. La directive de Iejov (document 22) ordonnait le «traitement en le catégorie» des «éléments contre-révolutionnaires les plus actifs condamnés pour espionnage, diversion, terrorisme, insurrection ou banditisme, ainsi que des membres des partis antisoviétiques (trotskystes, SR mencheviks géorgiens, etc.) et autres contre-révolutionnaires continuant de mener un travail de sape antisoviétique sur leur lieu de détention» [sic]. Le quota initial, comme toujours, fut largement dépassé: aux Solovki, pas moins de 1'825 détenus furent exécutés en trois «fournées »: 1'116 les 9, 10 et 14 octobre 1937, 509 les 10 et 25 novembre, et 200 le 14 février 1938 (40). Le ler février, le Politburo approuva la
39. TsA FSB, 3/5/197/129-131.Je remercie Arsenii Roginskii de m'avoir signalé ce document.
40. Iouri Brodski, Solovki. Dvadsat' let osobogo naznacenija (Les Solovki. Vingt ans d'affectation spéciale), Moscou. Ed. RPE, 2002, p. 210-212.