La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)

De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"


Nicolas Werth rappelle que «Les nouvelles troïki introduites fin juillet 1937 pour la mise en reuvre de «l'Opération koulak» s'inscrivaient donc dans une lignée déjà conséquente de juridictions d'exception, qui comprenait, en outre, la Conférence spéciale, une juridiction de la police politique existant depuis 1924», mais aussi depuis décembre 1917 quand Lénine créa la Tchéka.


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« troïki de police» condamnèrent près de 300'000 personnes à des peines de camp ou d'exil.

Les nouvelles troïki introduites fin juillet 1937 pour la mise en reuvre de «l'Opération koulak» s'inscrivaient donc dans une lignée déjà conséquente de juridictions d'exception, qui comprenait, en outre, la Conférence spéciale, une juridiction de la police politique existant depuis 1924 (29), ainsi que le Collège militaire de la Cour Suprême de l'URSS, qui traitait les affaires les plus importantes dans lesquelles étaient impliqués les responsables politiques, économiques, policiers ou militaire (30). Présidées par le chef régional ou républicain du NKVD, assisté du procureur de région ou de république et du Premier secrétaire, régional ou républicain, du Parti, les nouvelles troïki étaient habilitées à rendre deux types de sentences - peine de mort ou peine de travaux forcés de huit à dix ans de camp - immédiatement exécutoires, à huis clos, sans défense de l'accusé, ni appel. Au cours d'une seule séance, plusieurs centaines de dossiers pouvaient être « instruits ».

Dans les jours qui suivirent les directives de Staline et de Iejov des 2 et 3 juillet 1937, les responsables régionaux du Parti et du NKVD envoyèrent à Moscou leurs premières estimations du nombre de « koulaks » et « éléments criminels» à «faire passer en 1e» ou en « 2e catégorie », fondées, semble-t-il, sur le nombre de ces «éléments » déjà fichés, au niveau local, par le police politique, mais aussi, dans un certain nombre de cas, par la police criminelle (documents 3-7). Au 10 juillet, ces estimations, encore très partielles, car portant uniquement sur trente-neuf provinces, régions et Républiques autonomes ou fédérées, concernaient déjà 65'400 individus «à fusiller» et 135'600 «à exiler ». Exception faite de Moscou, où Nikita Khrouchtchev, le «patron » de l'organisation régionale du Parti, proposa « sur la base des matériaux existants » de faire exécuter 8'500 personnes et d'exiler 32'805 autres, c'est dans les régions où avaient déjà, au cours des années précédentes, été exilés un grand nombre de proscrits (Sibérie, Oural, Extrême-Orient soviétique) que le nombre des éléments «à exécuter» était le plus important. Toutes ces « propositions », ainsi que la composition des troïki, furent dûment avalisées

29. Créée le 28 mars 1924, la Conférence spéciale pouvait, sur simple décision administrative, exiler ou enfermer en camp, pour une durée maximale de trois ans, toure personne « socialement nuisible» ou« entretenanr des relations avec un milieu criminel ». En juiller 1934, cette durée fur allongée à cinq ans; en septembre 1937, à dix ans.

30. Créé en août 1926, le Collège miliraire de la Cour suprême de l'URSS fut le principal instrument de répression des plus hauts dirigeanrs du Parti, des cadres militaires et économiques. Durant les années de la « Grande Terreur », il condamna plus de 44'000 personnes, dont 85 % environ à la peine de mort.


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