La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)
De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"
Quand on pense à l'utilisation de la sentence du pasteur Niemoller: «Quand on est venu chercher
, je n'ai rien fait, etc». Ceux qui en usaient défendaient, corps et âmes, la «Grande terreur»: c'est la grande imposture de l'«antifascisme pro-stalinien» qui continue à sévir aujourd'hui, servant le négationnisme des crimes communistes, qui continuèrent bien après 1938. Aujourd'hui ces «antifascistes» stigmatisent Guantanamo mais ne remarquent pas que Cuba est une dictature communiste depuis près de 50 ans, tout en révérant Ernesto Guevara, le carnicito, assassins, comme Fidel Castro: les imposteurs des Droits de l'Homme.
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insurrectionnel », comme un vivier de recrues potentielles d'une « cinquième colonne de diversionistes et de saboteurs» opérant en liaison avec les services secrets japonais, allemands ou polonais. Comme l'a montré l'historien Oleg Khlevniouk (27), la guerre d'Espagne ou, plus exactement, l'interprétation que faisait Staline des défaites des républicains espagnols, victimes, selon lui, de leur inaptitude à se défaire des « espions» inilltrés dans leurs rangs, joua un rôle capital dans la diffusion du thème de la « cinquième colonne » parmi les hauts responsables politiques et policiers. A partir du début de 1937, le NKVD multiplia les « découvertes » de prétendues « organisations insurrectionnelles » («Union militaire générale russe », basée en Sibérie et travaillant pour les services secrets japonais, « Organisation militaire polonaise» basée en Ukraine occidentale, etc.). Recrutant principalement parmi les « éléments socialement nuisibles », ces organisations, expliquaient dans leurs rapports internes les responsables du NKVD, préparaient des « insurrections» coordonnées avec une attaque, jugée imminente, des Puissances ennemies (Japon, Allemagne, Pologne). En mai-juin 1937, la menace que représentaient les fortes concentrations « d'ex-koulaks» en Sibérie occidentale, en Extrême-Orient soviétique et dans l'Oural, figura, à plusieurs reprises, à l'ordre du jour du Politburo.
Telle est la « toile de fond» de « l'Opération koulak ». Quant à ses « modalités pratiques », elles étaient simples et expéditives. Les « éléments » visés étant en principe déjà fichés, au niveau local, par les services de la Sécurité d'État ou de la police criminelle, il suffisait de les classer en «1e» ou « 2e» catégorie, selon leur degré de dangerosité sociale, et de les faire passer, selon une procédure administrative simplifiée, devant une troïka, juridiction d'exception mise sur pied ad hoc. Depuis le début des années 1930, les troïki constituaient le fer de lance de l'arsenal répressif utilisé par le régime dans des situations d'urgence. Les premières troïki furent créées, le 3 février 1930, au moment de la dékoulakisation. Composées du responsable régional de la police politique, du procureur de région et du Premier Secrétaire régional du Parti, ces troiki condamnèrent plus de 330'000 personnes en 1930-1931, dont 30'000 environ à la peine de mort. Avec la réorganisation de la police politique et le très momentané « dégel » consécutif au XVIIe congrès du Parti en janvier 1934, ces troïki particulièrement redoutées furent abolies, pour être remplacées, peu de temps après, en mai 1935, par de nouvelles juridictions d'exception. Dites « troïki de police », ces nouvelles commissions de trois membres avaient des compétences plus limitées, étant seulement habilitées à «expulser des villes, exiler et condamner à une peine pouvant aller jusqu'à cinq ans de camp [...] tout élément socialement nuisible, criminel ou déclassé ainsi que tout violeur endurci [sic] du régime des passeports » (28.) Au cours de leurs deux premières années d'existence, ces
27. Oleg Khlevniouk, «The Influence of the Foreign Context on the Mechanisms of Terror », Actes du colloque La Russia nell'eta delle guerre (1914-1945). Verso un nuovo paradigma, Cortone, 24-25 octobre 1997, Cortone, 1999, p. 45-57.
28. Cette dernière catégorie incluait tous ceux qui, s'étant vu refuser l'enregistrement dans une ville dite « fermée» (il s'agissait des villes-vitrines du socialisme soviétique, pour une raison ou pour une autre considérées comme «stratégiques» - du point de vue de l'image internationale de l'URSS, du point de vue économique ou militaire: Moscou, Leningrad, Kiev, Odessa, Minsk, Kharkov, mais aussi Magnitogorsk ou Vladivostok faisaient partie de ces villes « fermées » dont la liste ne cessa de s'allonger tout au cours des années), continuaient à y rester ou à y revenir.