La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)

De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"


Au Plenum du Comité central (22-28 juin 1937), Staline et Iejov révélent les nombreux complots qui venaient d'être déjoués grâce à la vigilance du NKVD: « militaro-fasciste », «droitier-fasciste», «trotsko-droitier »…. Il faudrait ne oublier que les prétendus comploteurs furent pourchassés également dans le Komintern et tous les partis communistes, les nombreuses organisations dépendantes et aussi dans les organisations satellites comme "Amis de l'URSS", divers comités d'intellectuels «antifascistes», etc. La «Grande terreur» sévissait dans le monde entier, en Espagne et aussi en Suisse, Ignace Reiss en fut victime en 1937. De plus, à l'interieur de ces apparats, des listes furent produites pour dénoncer les éléments «traîtres» (trostskistes, gestapistes, fascistes) ou douteux.

La «Grande terreur» fut également occultée par des apparats disqualifiants toute critique de l'URSS comme fascistes, mais aussi par des agents d'influence comme Romain Rolland, la Ligue des Droits de l'Homme, les nombreux intellectuels ayant participés à divers comités dont celui d'Amsterdam-Pleyel, tous, à de rares exceptions près, clamèrent leur soutien à l'URSS. Ils furent les collabos de l'horreur soviétique: eux, pacifistes, anti-capitalistes servirent le grand bourreau des peuples, Staline.


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fusillés, les autres «exilés dans des régions éloignées du pays» (document 1). Le lendemain, Iejov « dupliqua » cette directive pour les dirigeants régionaux du NKVD (document 2).

Ces deux premiers documents appellent plusieurs remarques, Le lancement de cette opération répressive ne survenait évidemment pas ex abrupto, Quelques jours auparavant (22-28 juin 1937) s'était tenu un important Plenum du Comité central, au cours duquel Staline et Iejov avaient «révélé» l'ampleur des complots qui venaient d'être déjoués grâce à la vigilance du NKVD: complot « militaro-fasciste » impliquant les principaux commandants de l'Armée rouge (Toukhatchevski, Gamarnik, Iakir, Ouborevitch, Kork, Eideman, pour ne citer que les plus gradés), arrêtés et exécutés quelques semaines plus tôt; complot «droitier-fasciste» au sein même de la police politique, fomenté par Genrikh Iagoda, l'ancien Commissaire du peuple à l'Intérieur; complot «militaire polonais » dirigé par un autre ex-dirigeant de la police politique, d'origine polonaise, Unschlicht; complot «trotsko-droitier » dans la région Azov-Mer Noire, fomenté par les anciens responsables politiques régionaux, emmenés par un haut responsable communiste, Cheboldaiev ; complot de «l'Union militaire générale russe» en Sibérie occidentale, recrutant des «milliers de participants » dans le vivier des ex-koulaks déportés vers les « villages spéciaux » de cette région, etc. Au total, Iejov passa en revue, dans son intervention devant le Plenum du Comité central (auquel assistaient tous les dirigeants régionaux du Parti) pas moins de treize complots majeurs déjoués au cours des trois derniers mois, Si un certain nombre de «têtes de réseau » avaient été arrêtées, expliqua le Commissaire du peuple à l'Intérieur, des dizaines d'autres complots se préparaient, le «vivier contre-révolutionnaire» n'ayant pas été détruit. Ce «vivier» était formé, de l'avis unanime des responsables politiques et policiers, des «sotsvrednye elementy», les «éléments socialement nuisibles» qui, depuis le début des années 1930, constituaient la cible principale du NKVD: ex-koulaks déportés au moment de la «dékoulakisation », mais dont au moins un tiers (entre 600'000 et 700'000 personnes, selon les statistiques policières) s'était enfui de son lieu d'assignation à résidence; criminels récidivistes, petits et grands; mais aussi l'immense cohorte de ceux que les autorités étiquetaient comme byvchie lioudi («gens du passé»): ex-fonctionnaires, ex-officiers, ex-policiers du régime tsariste, ex-propriétaires fonciers, exindustriels ou commerçants, tous déjà privés de leurs droits civiques et, pour la plupart, dûment fichés par la police.

Depuis 1933, des centaines de milliers de ces «éléments socialement nuisibles» ou «appartenant au passé» avaient été expulsés des principales villes du pays, dans le cadre de la politique de « passeportisation » de la population urbaine (26). Au cours des mois précédant le lancement de «l'Opération koulak », la perception, par les autorités politiques et policières, de ces populations marginalisées, connut une évolution significative. Elles étaient de plus en plus clairement identifiées comme un «réservoir

26. Sur ces mesures, cf. Nicolas Werth, «De quelques catégories d'exclusion dans l'URSS des années 1920 et 1930: «gens du passé» et «éléments socialement nuisibles », Actes du colloque «L'Apogée des systèmes totalitaires », Paris, Editions du Rocher, 2003, p, 51-75.


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