La «Grande Terreur» en URSS (1937-38)
De Nicolas Werth, le no 86 du Bulletin d'Histoire du Temps Présent (2006) sur "Les «Opérations de masse» de la «Grande Terreur» en URSS (1937-38)"
«l'opération koulak» est la première d'une série visant à éliminer des individus comme grec, estonnien, polonais
définies comme «opérations nationales » et suivent d'autres contre des survivants de l'ancien régime, etc... L'épuration est à la fois politique, nationale et sociale. A noter que la liquidation des croyants de diverses religions, et celles de leurs prêtres fût effectuées en 1935-36, et fut donc marginale dans la «Grande terreur». Les rares survivants furent liquidé en 1937-38.
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«opération grecque », «opération estonienne », «opération roumaine ») était dirigée tout particulièrement contre les émigrés politiques de ces pays réfugiés en URSS, les citoyens s6viétiques d'origine polonaise, allemande, lettone, finlandaise, grecque, etc., mais aussi tous les citoyens soviétiques qui avaient (ou avaient eu) un lien, aussi ténu fût-il, professionnel, familial, ou tout simplement géographique (les habitants des régions frontalières étaient particulièrement vulnérables) avec un certain nombre de pays identifiés comme hostiles (Pologne, Allemagne, Pays baltes, Roumanie, Japon). Dans un contexte de tensions internationales croissantes, la «ligne nationale » traduisait l'émergence de nouvelles catégories d'ennemis, une orientation qui allait se confirmer au cours des années suivantes.
Le premier - et le plus important - massif de documents ici présentés concerne «l'opération koulak» qui, à elle seule, se solda, si l'on se réfère aux statistiques compilées par la Direction du NKVD (25), par plus de 767'000 condamnations, dont près de 387'000 exécutions.
Un second ensemble de documents concerne les «opérations nationales ». Le troisième, une variante particulière des répressions ayant touché plusieurs dizaines de milliers d'« épouses et enfants» des personnes condamnées par les juridictions d'exception du NKVD. Un quatrième ensemble de documents propose une esquisse de bilan statistique et révèle «l'argumentaire politique» choisi par Staline pour justifier la fin de la «Grande Terreur ». Enfin, nous avons choisi deux témoignages de perpetrators et un exemple d'enquête menée, juste après la fin de la «Grande Terreur », sur les «excès» commis par les responsables locaux du NKVD. Ces documents éclairent singulièrement la façon dont les «quotas de 1e et de 2e catégorie» étaient «remplis» par les agents locaux du NKVD dans un environnement d'absolu arbitraire.
« L'Opération 00447 » ou « Opération koulak»
Le point de départ de la plus importante des opérations répressives secrètes de masse fut donné, le 2 juillet 1937, par Staline en personne. Au nom du Comité central, Staline adressa ce jour-là une directive à tous les dirigeants régionaux du Parti leur demandant de lui envoyer, dans un délai de cinq jours, une estimation du nombre de «koulaks » et « d'éléments criminels» fichés dans leur région. Ces individus, répartis en deux catégories selon leur degré de dangerosité sociale, feraient l'objet d'une «procédure administrative simplifiée devant une troïka»: les plus « hostiles » seraient
25. La relation la plus complète de « l'Opération Koulak » est celle de Mark Junge et Rolf Binner, Kak Terror stal bolshim (Comment la terreur devint grande), Moscou, Airo-XX, 2003.