“Le zéro et l'infini“: fausse description de la grande terreur de 1937-38

Roman d'Arthur Koestler qui décrit ce qu'on a appelé de manière totalement fausse, les grandes purges, car les 3 procès de Moscou, les milliers de membres du parti communiste et du Komintern fusillés ne sont que le sommet de la Grande terreur durant laquelle 1.5 millions de personnes furent arrêtées, la moitié fusillée et l'autre déportée. Néanmoins, sa parution en 1939 était très courageuse car l'auteur, agent du Komintern, savait qu'il risquait d'être exécuté comme des milliers d'autres dont Ignace Reiss (1937, à Lausanne) ou Willy Münzenberg (1940, à St-Marcelin) qui ont tenté de faire défection.

Le zéro et l'infini (Darkness at noon), Arthur Koestler, Calmann-Levy, Le Livre de Poche no 35

“Les personnages de ce livre sont imaginaires. Les circonstances historiques ayant déterminé leurs actes sont authentiques. La vie de N.-S. Roubachof est la synthèse des vies de plusieurs hommes qui furent les victimes des soi--disant procès de Moscou. Plusieurs d'entre eux étaient personellement connus de l'auteur. Ce livre est dédié à leur mémoire,“
Paris, octobre 1938-avril 1940.

Ce roman d'Arthur Koestler, ex-agent du Komintern, est un des rares sur les procès de Moscou. Il a été accueilli par des critiques acerbes et calomnieuses par tous les agents officiels ou cachés au service de Staline, et ceci à juste titre puisque sa cible est le “No 1” lui-même. L'auteur révèle quelques uns des crimes de masse du “petit père des peuples” dont la famine organisée de 1932-33 qui aurait causé, selon son estimation, la mort de 5 millions de familles de paysans (page 150), c'est-à-dire au moins 15 millions d'êtres humains. Par contre, la grande terreur de 1937-38 est limitée à la liquidation des saboteurs et traîtres dans le parti alors qu'elle toucha tous les peuples de l'Union soviétique et causa l'arrestation de plus de 1,5 millions d'individus non membres du pcus. Rappelons que la moitié d'entre eux furent fusillés quelques jours après leur condamnation! Leurs cadavres se trouvent en majorité à Kourapty (Minsk), Bykvinia (Kiev) et au polygone de Boutovo.

Arthur Koestler construit son roman sur la rivalité mortelle entre la “vieille garde” de Lénine, de l'époque où “le Parti, l'Etat et les masses qui sont derrière eux, ne représentaient que les intérêts de la Révolution” (page 82) et Staline.

A la même page, et souvent ailleurs, Roubachof croit qu'il appartient au “parti de la plébe”, alors que la plèbe survit dans la misère, la disette et la terreur depuis octobre 1917. Et quand il le reconnaît, tout cela est “justifié” par des nécessités de l'Histoire.

A la page 84, Ivanof, le procureur chargé provisoirement de l'interrogatoire de Roubachof, affirme “tu veux dire par conséquent, que "nous" - c'est-à-dire Parti et Etat - nous ne représentons plus les intérêts de la Révolution, des masses, ou, si tu préfères, le progrès humain.”

Ce progrès humain est un leurre. “Agissant logiquement dans l'intérêt des génératios à venir, nous avons imposé de si terribles privations à la présente génération que la durée moyenne de son existence est réduite du quart. Afin de défendre l'existence du pays [non de Lénine et sa bande de meurtriers de masse], nous devons prendre des mesures exceptionnelles et faire des lois de transition, en tout point contraires aux buts de la Révolution. Le niveau de vie du peuple est inférieur à ce qu'il était avant la Révolution: les conditions de travail plus dures, la discipline plus inhumaine, la corvée de travail aux pièces pire que dans les colonies où l'on emploie des coolies indigènes; nous avons ramené à douze ans la limite d'âge pour la peine capitale; nos lois sexuelles sont plus étroites d'esprit que celles de l'Angleterre, notre culte du Chef plus byzantin que dans les dictatures réactionnaires. Notre presse et nos écoles cultivent le chauvinisme, le mitarisme, le dogmatisme, le conformisme et l'ignorance. Le pouvoir arbitraire du gouvernement est illimité, et reste sans exemple dans l'histoire; les libertés de la presse et d'opinion et de mouvement ont totalement disparu, comme si la Déclaration des Droits de l'Homme n'avait jamais existé. Nous avons édifié le plus gigantesque appareil policier, dans lesquels les mouchards sont devenus une institution nationale, et nous l'avons doté du système le plus raffiné et le plus scientifique de tortures physiques et mentales. Nous menons à coups de fouet les masses gémissantes vers un bonheur futur et théorique que nous sommes les seuls à entrevoir. Car l'énergie de cette génération est épuisée; elle s'est dissipée dans la Révolution; car cette génération est saignée à blanc et il n'en reste rien qu'un apathique lambeau de chair sacrificatoire qui geint dans sa torpeur… (page 150 et 151). A cela Ivanov répond, d'un air satisfait: “Tu ne trouves pas cela merveilleux? Est-ce qu'il n'est jamais arrivé quelque chose de plus merveilleux dans toute l'histoire? Nous arrachons sa vieille peau à l'humanité pour lui en donner une neuve.”

Mais, on a jamais demandé l'avis des Russes pour savoir si ils étaient d'accord qu'on leur arrache leur vieille peau! En fait, on retrouve ces mégalomanes délirants et pervers, qui prétendent construire un nouveau monde alors qu'ils ne font qu'amplifier les tares de l'ancien. Le communiste la plus sanglante imposture de tous les temps!

Cet ouvrage prétendant dévoiler la vérité sur le régime soviétique oublie que la soi-disante “grande révolution d'octobre” n'a été qu'un coup d'état contre un gouvernement légitime instaurant, dans le sang et les larmes, une dictature totalitaire. Arthur Koestler devient un précurseur de Nikita Khrouchtchev qui, pour sauver sa place de secrétaire, le parti communiste et son état-policier, mettra toute les erreurs sur le dos de Staline pour sauver le “bon” Lénine. Dès cette époque, les négationnistes des crimes soviétiques se repèrent par leur reconnaissance de ces millions de crimes qu'ils qualifient d'excès, d'erreurs ou de mauvaises interprétations de la doctrine léniniste. Voilà qui va consoler les victimes et leurs proches survivants!

Le portrait de N.-S. Roubachof a le mérite de montrer que les leaders bolchéviques étaient d'abord des mégalomanes ayant un mépris total de la vie humaine motivé uniquement par leur égo boursouflé, malvaillant et pervers. Rien de bon ne pouvait en sortir, mais dissimulé par leur propagande faisant croire au progrès de l'humanité, ils n'ont créé qu'un monde inhumain.

Chapitre IV

A partir de ce moment le voile de brume s'épaississait autour des souvenirs de Roubachof. Il ne peut ensuite se remémorer que des fragments isolés de son dialogue avec Gletkin, qui occupait plusieurs jours et plusieurs nuits, avec des brefs intervalles d'une heure ou deux, Il n'aurait même pas pu dire exactement combien de jours et de nuits cela avait duré; peut-être une semaine. Roubachof avait entendu parlé de cette méthode d'écrasement physique de l'accusé; deux ou trois juges d'instruction s'y relevaient d'ordinaire pour un interrogatoire sans arrêt. La méthode de Gletkin différait en ceci qu'il ne ne faisait jamais relever, et qu'il exigerait tout autant de lui-même que de Roubachov. Il privait Roubachov de son dernier recours psychologique: le pathétique des êtres maltraités, la superiorité morale de la victime.

Tout à fait vrai, mais cette méthode d'écrasement physique n'empêchait le recours à la privation de nourriture, de cigarettes, et aussi à la torture physique, au simulacre d'exécution, sans compter les menaces sur les membres de la famille qui ont parfois été aussi liquidés ou déportés.

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