Chapitre 12: Repenser la «Grande Terreur»
Nicolas Werth: «La terreur et le désarroi, Staline et son système».

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D'abord, l'historien informe sur l'ouverture récente de certains fonds d'archives qui confirme l'ouvrage de Robert Conquest qui était basé uniquement sur des témoignages de survivants ou de quelques uns "passés à l'ouest". Avec l'accès aux documents, le négationnisme actif de la Grande Terreur ne plus être que de la mauvaise foi.

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«En réalité, la "Grande Terreur" fut aussi et peut-être avant, autre chose: le point d'aboutissement, radical et meurtrier, de toute une pratique de gestion policière du social. Inaugurée au début des années 1930, avec la "dékoulakisation", (c'est-à-dire la déportation massive en trois ans de 2'200'000 paysans vers des régions inhospitalières du pays), cette pratique se poursuivit dans les années 1933-1936 par une politique de rafles-expulsions d'éléments "socialement nuisibles" (dans le cadre de la "passeportisation" des citadins et du "nettoyage social" des villes). Elle se traduisit également par un certain nombre d'opérations, encore ponctuelles, de nettoyage des zones frontières, visant notamment des groupes nationaux (citoyens soviétiques d'origine polonaise, allemande, finlandaise) suspectés d'entrenir des liens avec des pays "hostiles". C'est cet aspect de la "Grande Terreur", saisie dans une continuité de pratiques répressives que l'on qualifiera d'ingénierie sociale ayant pour objectif d'éradiquer de la "nouvelle société socialiste" les éléments socialement et ethniquement "nuisibles", qui sera plus particulièrement développé dans cet article.

«Notre connaissance de la "Grande Terreur" a considérablement progressé depuis quelques années. En premier lieu, sur la question, ardemment débattue, du nombre des victimes - arrêtées, condamnées, exécutées. L'accès à un certain nombre de sources policières de première importante a permis d'établir un bilan assez précis de la répression en 1937-1938: environ 1'550'000 personnes arrêtées par le NKVD, dont 1'350'000 furent condamnées par une juridiction d'exception. Sur ce nombre, 680'000 environ, condamnées à la "mesure suprême de châtiment" furent exécutées, les autres étant condamnées à une peine de 8 à 10 ans de camp.

«Ces données, qui proviennent d'un rapport ultra-secret envoyé. le 5 janvier 1954, par le ministre de l'Intérieur S. N. Krouglov à George Malenkov et Nikita Khrouchtchev, ont été récemment corroborées par une série d'autres documents. Au stade actuel des recherches, elles appellent deux remarques.

1. . Ces statistiques reflètent la "comptabilité" tenue par les autorités centrales de la police politique. Mais prennent-elles en compte ce que les fonctionnaires de la police politique appelaient dans leur jargon les "excès", les "violences de la légalité socialiste" ou les "suppléments d'arrestation" ou d'exécution "non ratifiés", dont on sait qu'ils eurent lieu, et qu'ils ne furent pas toujours rapportés à Moscou? Par ailleurs, la différence entre le nombre de personnes arrêtées et celui des des personnes condamnées est supérieur à 200'000. Certes, une partie des personnes arrêtées a été soit relâchée, soit transférée à une juridiction ordinaire. L'autre a disparu entre le moment de l'arrestation et la condamnation: combien sont morts en prison après avoir été maltraités et torturés? On concluera provisoirement, quant au nombre des victimes de la "Grande Terreur", que la marge d'erreur pourrait être de 10 à 25% en sus des statistiques centralisées du NKVD, ce qui donnerait un chiffre de 750'000 à 850'000 exécutés et disparus.

Les décisions:

1) La "ligne koulak", ordre opérationel du NKVD no 00447 du 30 juillet 1937 contre les "socialement nuisibles" et "appartenant au passé".

2) D'autres concernent la "ligne nationale".


The Great Terror de Robert Conquest, 1968.

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