CUBA. Vague de répression «préventive» pour fêter la révolution

La célébration du 52e anniversaire du début de la révolution cubaine a les apparences d'un succès, mais elle ne parvient plus à cacher le mécontentement général de la population, qui s'exprime de plus en plus. Ce qui pousse le régime à durcir le ton face à l'opposition, afin de l'empêcher de porter la dissidence dans la rue.

Mardi 26 juillet 2005, Tara Dickman, Courrier International

"De nombreux artistes célèbres sont venus au gala culturel organisé pour fêter le 52e anniversaire de la prise de la caserne de Moncada", annonce avec émotion le journal Granma, organe officiel du régime communiste cubain. Le 26 juillet 1953 en effet, les castristes s'emparaient de cette caserne, événement qui marquait le point de départ de la révolution cubaine. Depuis, le 26 juillet est une journée de fête nationale.

Ce que Granma occulte allègrement, c'est le mécontentement régnant sur l'île, la colère de la population cubaine, subissant depuis des mois des coupures d'électricité, frustrée par des promesses non tenues, et touchée début juillet par l'ouragan Dennis, qui a fait d'importants dégâts. Granma ne relève pas non plus l'arrestation de 25 opposants au régime vendredi 22 juillet. Des opposants, dont Marta Beatriz Roque, René Gómez Manzano et Félix Bonne, "qui ont été incarcérés alors qu'ils se rendaient à une manifestation devant l'ambassade de France", souligne le quotidien espagnol El País.

Selon Elizardo Sanchez, président de la Commission cubaine pour les droits de l'homme et la réconciliation nationale (CCDHRN), la plupart des personnes interpellées font partie de l'Assemblée pour promouvoir la société civile (APCS). "Ces gens ont été arrêtés à proximité de leur domicile par des 'forces civiles' avant même d'arriver à l'ambassade", rapporte le quotidien mexicain de gauche La Jornada. Parmi eux, les leaders du mouvement de dissidents, René Gómez Manzano, Félix Bonne et Marta Beatriz Roque. "Marta Beatriz Roque avait déjà été condamnée lors du procès expéditif de 75 dissidents en avril 2003", rappelle le journal espagnol El Mundo, "mais elle avait été remise en liberté surveillée l'an dernier".

La manifestation, pacifique, à laquelle ces dissidents voulaient se rendre avait pour but de "demander au gouvernement cubain de libérer les prisonniers politiques détenus pour délit d'opinion et d'attirer l'attention de l'Union européenne (UE) sur le fait que ses négociations avec Cuba ne mènent à rien", a expliqué Marta Beatriz Roque. L'APCS, mouvement cubain d'opposition interdit par Fidel Castro, avait choisi de manifester devant l'ambassade française, parce qu'elle est "la première à avoir accueilli des fonctionnaires cubains pour célébrer sa fête nationale, le 14 juillet", explique El País.

Elizardo Sanchez, le président de la CCDHRN, estime que "la vague de répression de vendredi avait un caractère préventif. Son objectif était bien sûr d'empêcher la manifestation." Selon El Mundo, une quarantaine de manifestants ont également été empêchés de participer à l'événement par leurs "voisins révolutionnaires", des citoyens fidèles au líder máximo, le commandant en chef Fidel Castro.

La manifestation de vendredi n'a finalement réuni qu'une quinzaine de personnes. Et "dès samedi les autorités avaient remis 18 dissidents en liberté, dont Marta Beatriz Roque. Mais René Gómez Manzano et Félix Bonne sont toujours en prison", rapporte El País. "Toutes ces détentions provisoires sont absolument arbitraires, et constituent une violation flagrante des droits des citoyens", a dénoncé Elizardo Sanchez dans The Miami Herald. "Nous ne savons même pas où les dissidents ont été emmenés", déplore-t-il.

Pour El País, la situation est claire. "Le régime a permis, les 20 et 21 mai dernier et contre toute attente, la tenue à La Havane d'une sorte de congrès de l'opposition, qui a réuni plus de 200 délégués. Une réunion lors de laquelle plusieurs dissidents ont proposé un changement de stratégie politique : ne plus se limiter aux communiqués de presse et à l'activisme au sein des ambassades étrangères et porter la protestation et la lutte dans la rue par des manifestations politiques pacifistes", rappelle le quotidien espagnol.

Les arrestations de vendredi dernier et le durcissement de la dictature castriste sont donc la réponse à cette nouvelle tactique. Le message se veut limpide, à destination de l'opposition. Le régime n'est pas prêt à accepter les troubles dans la rue. Castro "a tracé une ligne imaginaire à ne pas franchir", analyse un diplomate européen interrogé par El País. Et, fidèle à sa manière habituelle, le líder máximo a appelé à des "représailles populaires" contre les manifestants, et les Brigades de réponses rapides, un mouvement civil castriste, ont violemment réprimé les manifestants.

El Mundo partage ce point de vue: "La réaction soudaine de Castro, qui ordonne des violations de domiciles, des lynchages verbaux et la réouverture des prisons pour tous ceux qui veulent s'exprimer librement", est liée à ces manifestations populaires, véritable affront pour l'autorité du leader.

Pour le quotidien espagnol de droite El Mundo, l'attitude extrême de Castro reflète sa "peur insurmontable de perdre le pouvoir absolu". La population cubaine ne croit plus en la révolution comme en 1960. Ces derniers mois, les habitants de La Havane ont souffert de pannes d'électricité interminables, d'un ouragan, de promesses de ravitaillement non tenues par le gouvernement, et du refus par Fidel Castro de l'aide humanitaire proposée par l'UE, note le journal.

Fatiguée, exaspérée, "la population est alors descendue dans la rue pour exprimer sa colère, lançant une intifada de pierres et de bouteilles, et a peint des messages anticastristes sur les murs", rapporte El Mundo. Ces "rébellions", très rares à Cuba, n'ont eu pour résultat qu'une augmentation immédiate des effectifs des forces de l'ordre dans la ville, note le journal espagnol. Le quotidien conclut: "Voilà la technique de Fidel: lorsqu'il a peur, il fait de la répression afin de transmettre cette peur à la population, et de continuer à régner jusqu'à sa mort."

Retour