Dans sa chronique dans L'Hebdo, Jacques Pilet qui, comme un sioux, «scrute lEurope... et le monde», nous fait part, en toute modestie, de son génie politique extra-lucide, sur divers sujets dont Cuba.
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Chiche qu'il va aller en Chine populaire à l'occasion du XVIIe congrès du parti communiste et nous tenir le même discours, celui d'un compagnon de route excusant les pires massacres des régimes marxistes, ce qu'il a été toute sa vie. Il écrit: «Comment y voir clair sans hurler ou conspuer les acteurs comme les gamins au Guignol?» alors que L'Hebdo, hebdo dont il est le commissaire politique, diabolise Blocher et l'UDC depuis des années, le tort de Blocher serait de ne pas être un dictateur responsable, selon Trial.ch, de plus de 15'000 assassinats. Un oubli de sa part ou de l'humour? | ![]() |
Lair du large: Jacques Pilet scrute lEurope... et le monde. Il lit des journaux de (presque) partout. Il voyage beaucoup. Et il raconte ce qui le frappe. Sensible au balancement de lhumanité entre guerre et paix. Entre pauvreté et richesse. Entre bêtise et intelligence. Des histoires dailleurs (parfois dici) qui font réfléchir. Une invitation au débat.
IL OUBLIE DANS SON ENUMERATION, COMME PAR HASARD, LA MAUVAISE FOI ET L'IMPOSTURE, les deux mamelles de trop nombreux journalistes objectivement à gauche
A: http://pilet.typepad.com/jacques_pilet/2007/08/nouveau-discour.html
Nouveau discours à Cuba
Comme au Théâtre Guignol, sur la scène du monde, on aime reconnaître les gentils et les méchants au premier coup dil.
Ainsi laffaire est entendue: les Castro sont des affreux et Cuba ne retrouvera le bonheur quau jour où le capitalisme y triomphera.
Vu de près, tout paraît diablement plus compliqué. Bien sûr, le contrôle de la société, le parti unique, la détention dopposants politiques sont choquants. Mais on doit à la vérité de dire que la tenue délections libres nest pas ce qui préoccupe le plus les Cubains. Ce quils attendent dabord, cest une amélioration de leurs conditions de vie.
Celles-ci vont de mal en pis. Les recettes du tourisme baissent, la récolte de sucre est plus que décevante, les cigares ne font guère recette, les technologies de pointe tardent à produire des profits, la raréfaction des crédits internationaux fait mal. Sans laide pétrolière du Venezuela, léconomie de lîle serait à labîme.
Jusquau 26 juillet 2007, dire cela, cétait se ranger chez les ennemis de la révolution. Mais ce jour, le frère de Fidel, Raoul Castro a tenu un discours dune franchise remarquable. Non seulement il a invité celui ou celle qui succédera à Bush à entrer en négociations, mais il a dressé une sorte dautocritique. Oui, a-t-il reconnu, les salaires sont si minables quils ne permettent pas de vivre et appellent la corruption, le vol, labsentéisme. Oui, la bureaucratie est écrasante, souvent absurde, et décourage les esprits entreprenants. Oui, il faut donner plus dautonomie aux coopératives, aux paysans et aux indépendants, arrêter de tout vouloir régler au niveau de lEtat central. Oui, il faut produire plus et mieux et, pour cela, il faut davantage dinvestissements étrangers.
Léconomiste Oscar Espinosa, arrêté avec dautres intellectuels en 2003, relâché pour raisons de santé, a salué ces propos. [Lui il sait ce qu'est la terreur et qu'il faut faire attention à ce qu'on dit, pas comme Pilet bien au chaud en Suisse] En ajoutant: «Cest pour avoir dit à peu près la même chose quon ma mis en prison.» Certes, Raoul Castro reste fidèle à ce quon appelle là-bas le socialisme. Son frère, du fond de sa chambre, veille au grain idéologique. Mais on pressent bien ce qui attire le nouvel homme fort: comme beaucoup, il se dit quil pourrait se dessiner une voie chinoise: un parti fort et une économie libérée qui déchaîne la croissance.
Ce discours pragmatique rompt avec les envolées du barbu légendaire: cela plaît à la plupart des Cubains qui veulent des changements concrets, mais qui, par ailleurs, ne sont pas chauds à lidée de basculer un jour dans le capitalisme façon nord-américaine.
Casse-tête pour les Européens. Doivent-ils continuer de tenir La Havane à lécart au nom de la démocratie ou jouer le jeu des réformes annoncées? Tous ne sont pas daccord sur la réponse. Mais le pays qui connaît le mieux Cuba, lEspagne, ne croit ni aux effets bénéfiques du blocus ni à ceux des injonctions idéalistes. Elle rêve de renforcer la présence européenne dans lîle. Sûre que ce sera pour le bien de tous.
Curieusement, au moment où le pouvoir castriste commence à remettre en question son catéchisme révolutionnaire, le grand ami de Fidel, Hugo Chavez, lui, senfonce dans le dogme. [Que fait la Rega? Qu'on envoie Pilet en urgence au Vénézuélaz]
Il na pas supprimé la démocratie comme beaucoup le disent un peu vite, mais il la menace. Notamment avec son proje de rester président jusquen... 2025! Malgré la fermeture dun canal privé de télévision qui avait appuyé une tentative de coup dEtat contre le gouvernement élu les médias privés sont encore puissants et fort critiques. Le Venezuela na pas de prisonniers politiques. Mais la surenchère idéologique et la concentration des pouvoirs ont bel et bien de quoi donner froid dans le dos. Dailleurs, la grogne commence de monter au-delà de lopposition. Deux généraux à la retraite, jusqualors fidèles compagnons de Chavez, viennent de lui passer une bordée de reproches dans la presse de Caracas.
Comment y voir clair sans hurler ou conspuer les acteurs comme les gamins au Guignol? Un livre subtil, très documenté, aide à comprendre les gauches américaines. Le rêve de Bolivar, lexcellent livre dun expert français établi à Quito, Marc Saint-Upéry, décrit par le menu ce qui se passe au Brésil, en Bolivie, en Equateur, au Venezuela et en Argentine. Sans romantisme gauchiste, sans tomber non plus dans la critique systématique de ceux qui tentent de bouleverser lordre injuste et de se soustraire à lhégémonie nord-américaine. Un regard intelligent sur un continent qui na pas fini de nous surprendre.
Le rêve de Bolivar, de Marc Saint-Upéry. Ed. La Découverte, 332 p.