La chronique de la coopération avec Cuba

La coopération officielle suisse avec Cuba deux ans après avoir débuté se poursuit à un rythme soutenu. Les domaines d`intervention pour les projets de la phase pilote sont maintenant définis en particulier le soutien à un programme local de développement humain qui ouvre le chemin à un échange original entre les deux nations. Entretien avec Olivier Berthoud coordinateur à La Havane de la Direction du développement et de la coopération (DDC).

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Suisses et Cubains créent leur coopération

 CUBA, SERGIO FERRARI, Le Courrier Paru le Lundi 06 Janvier 2003
http://www.lecourrier.ch/index.php?name=News&file=article&sid=2063

Entre la Suisse et Cuba les relations sont au beau fixe. Tandis que le deux pays cherchent à intensifier leurs échanges scientifiques la coopération suisse est l`une des plus appréciées sur l`île. Notamment par son projet pilote de développement local et concerté.

La coopération officielle suisse avec Cuba deux ans après avoir débuté se poursuit à un rythme soutenu. Les domaines d`intervention pour les projets de la phase pilote sont maintenant définis en particulier le soutien à un programme local de développement humain qui ouvre le chemin à un échange original entre les deux nations. Entretien avec Olivier Berthoud coordinateur à La Havane de la Direction du développement et de la coopération (DDC).

Le Courrier: Où en est la coopération avec Cuba?
Olivier Berthoud: Il s`agit d`un programme pilote qui a commencé en septembre 2000. Son objectif est de mieux connaître la situation afin d`élaborer un programme à moyen terme après une évaluation qui aura lieu cette année.

Dans une entrevue qu`il nous a accordée il y a deux ans le directeur de la DDC Walter Fust expliquait que la phase pilote était une étape permettant aux Cubains et aux Suisses de mieux se connaître. Est-ce toujours l`esprit?
- Certainement. C`est bien de cela qu`il s`agit. Mon travail ici consiste à construire sur la base des discussions avec nos partenaires cubains des relations de coopération qui nous permettent d`apprendre les uns des autres. Concrètement cela veut dire que nous sommes nous aussi en train d`apprendre et que nous ne fournissons pas du «prêt-à-porter» en matière de coopération.

Quelles actions sont mises en place aujourd`hui?
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Trois axes principaux ont été définis. Tout d`abord l`aide humanitaire qui existait avant que ne débute la phase pilote et qui consiste en un appui aux projets de MediCuba et un soutien à une initiative du Programme alimentaire mondial (PAM) en faveur des secteurs les plus vulnérables de la population. C`est pour moi l`occasion de signaler le très grand professionnalisme dont fait preuve MediCuba dans son travail.
»Le second axe vise le développement économique et concerne l`agriculture. Notre principal projet est la construction de petits silos pour le stockage des grains après la récolte dans les provinces de Holguín et Villa Clara. Nous en sommes à la toute première étape et nous avons déjà installé 150 silos à titre de démonstration. Les réactions sont très positives. Un programme semblable a été mis en oeuuvre en Amérique centrale au cours des vingt dernières années et 400 000 silos de même type ont été construits. Aujourd`hui 40% des grains produits au Honduras sont stockés ainsi. Il s`agit donc d`une expérience réussie s`appuyant sur une technologie éprouvée sûre et qui a eu un impact massif dans cette région. A ma grande surprise nous nous sommes rendus compte qu`à Cuba entre 15% et 20% de la production de grains est perdue à cause de problèmes de stockage.
»Le troisième domaine d`intervention est lié au développement local. Entre autres actions nous nous sommes associés avec des entités européennes - tels le gouvernement et des organismes décentralisés italiens - et avec les Nations Unies qui travaillent déjà dans ce domaine avec une méthodologie intéressante et ont obtenu de bons résultats.

Concrètement en quoi consiste cette initiative?
- Le but est de canaliser la coopération vers les municipalités et les structures locales des administrations de l`Etat et de l`organiser avec les gens qui vivent sur place: définir avec eux quels sont leurs besoins prioritaires puis trouver à l`extérieur l`aide nécessaire qui peut provenir de différentes sources associations municipalités gouvernements régionaux ou Etats. C`est une nouvelle modalité de la coopération.

S`agit-il de quelque chose de semblable au jumelage entre deux villes?
- Cette modalité va au-delà de ce qui a été fait jusqu`à présent dans ce domaine. Elle permet bien sûr à une municipalité d`établir des contacts avec une autre municipalité à l`étranger mais on peut également créer des liens entre des programmes ou entre des initiatives de même nature. Par exemple un service de ramassage des ordures d`une ville européenne peut entretenir des relations avec une structure homologue à Cuba. On peut envisager la même chose dans les secteurs les plus divers. Cette modalité a un grand potentiel car elle permet que des secteurs - ou des individus - que la coopération n`intéresse pas s`y engagent à cause d`affinités professionnelles. C`est par exemple ce qui s`est passé pour des gériatres de la région italienne d`Emilie-Romagne qui sont en relation avec leurs homologues de la province cubaine de Granma.

Ce type de soutien au développement humain à l`échelle locale est-il nouveau pour la coopération suisse?
- Pour la DDC l`attitude des bénéficiaires a toujours été importante. On ne peut nier que l`on observe parfois dans la coopération un certain paternalisme. La participation des bénéficiaires fait partie du discours habituel de la coopération mais il arrive qu`elle ne se concrétise pas. Il ne faut pas seulement apporter un soutien pour résoudre les problèmes des gens il faut aussi que les gens s`organisent pour cela. Quant au choix du développement local comme domaine d`intervention il n`a rien de vraiment neuf mais à Cuba il s`agit d`un projet différent particulier...

En quoi?
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Mon expérience dans d`autres pays m`a permis de voir que l`un des problèmes les plus préoccupants de la coopération est que chacun des acteurs extérieurs travaille dans son coin met en place des projets dans les pays du Sud en fonction de ce qui l`intéresse. Chacun a son projet (je pense au grand nombre d`ONG internationales de gouvernements qui travaillent au Nicaragua par exemple ou en Bolivie) sa propre méthodologie ses objectifs - qui entrent parfois en contradiction avec ceux du voisin - et cela dans une même communauté.
»Ce que je sens à Cuba c`est que les partenaires locaux sont capables de définir leurs priorités et exigent de la cohérence dans le soutien qu`on leur apporte. Par ailleurs et c`est là une situation intéressante le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) quelques services de coopération bilatérale des structures décentralisées et des ONG travaillent ensemble. C`est un mélange complexe d`acteurs de la coopération réunis au sein d`une sorte de plate-forme et qui soutiennent des projets allant dans une même direction. Les actions possibles réalisables et qui présentent un intérêt pour un territoire donné sont définies par consensus et doivent être exécutées de façon impérative. Il n`y a pas dispersion des projets comme on le voit dans d`autres pays. Cette façon de travailler garantit en outre que l`initiative et le choix des priorités n`échappent pas au tiers monde. Ce sont nos partenaires qui déterminent le cadre.

Quelles sont les perspectives de la DDC à Cuba?
- Sans entrer dans les détails je peux dire que nous considérons cette étape comme un exercice d`apprentissage mutuel et que nous avons trouvé ici des gens qui savent très clairement ce qu`ils veulent faire et ce qu`ils attendent de la coopération.

Traduction: Michèle Faure, Collaboration: E-Changer

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