Castro derrière la mort dAllende
Patrick Lemaire http://www.acrimed.org/article1256.html. Publié le lundi 15 septembre 2003. Une précision indispensable du Monde
15 lignes sur deux colonnes dans Le Monde du13 septembre 2003), signée Corresp.
Le Chili a rendu hommage à Salvador Allende
SANTIAGO. Le Chili a rendu hommage à lancien président socialiste Salvador Allende, renversé il y a trente ans par le général Pinochet. Beaucoup de parents des 3'000 morts et disparus de la dictature militaire (1973-1990) se sont réunis, jeudi 11 septembre, face au palais présidentiel de la Moneda, à Santiago. Au cours dune cérémonie officielle, le président Ricardo Lagos (socialiste) a rendu hommage au "sacrifice suprême dAllende", qui se suicida avec un fusil automatique offert par Fidel Castro. Le moment le plus émouvant a été la réouverture de la porte latérale de la Moneda, par laquelle avait été évacué le cadavre de Salvador Allende.
Ainsi Allende se serait suicidé "avec un fusil automatique offert par Fidel Castro", ce qui confirme la rumeur d'un Allende liquidé par ses gardes du corps cubains pour l'empêcher de se rendre. Rappelons que cela se passe durant un bombardement aérien, il n'y a donc pas de soldats attaquant la Moneda.
Castro, bourreau d'Allende?
par Philippe Delaroche
Lire, novembre 2005
http://www.lire.fr/critique.asp/idC=49305&idTC=3&idR=213&idG=8
Deux livres réécrivent l'histoire sud-américaine: le président chilien aurait été tué sur ordre de Castro. Mais qui sont les auteurs de ces thèses et à qui profite le crime?
On le sait, et spécialement ses prisonniers politiques: au pouvoir à Cuba depuis près d'un demi-siècle, Fidel Castro bafoue les libertés d'association, de circulation et d'opinion, et pratique l'ingérence. Ce qu'on ignorait jusqu'à la parution de Cuba nostra (Plon), d'Alain Ammar, Juan Vivés et Jacobo Machover, et de El Magnífico (Hugo), du même Juan Vivés, c'est qu'il faudrait ajouter une nouvelle accusation, inattendue. En cause: les circonstances de la mort du président Salvador Allende lors du coup d'Etat du 11 septembre 1973 au Chili. Ainsi tient-on pour acquis qu'Allende s'est suicidé avec une arme à feu avant l'entrée des troupes de Pinochet dans le palais de la Moneda. Non! affirment Ammar et Vivés. Allende aurait été tué sur ordre de Castro, de la main de l'officier cubain chargé de sa protection: Patricio de la Guardia.
La thèse, qui obligerait à réécrire l'histoire de l'Amérique latine, heurte le bon sens. Mais pourquoi pas? Le bons sens fait parfois obstacle à la vérité. Véhiculée dans l'un et l'autre livre, ladite thèse soulève cependant un grave problème. Elle met en péril la vie d'un homme désarmé, et deux incohérences sapent son crédit.
Condamné à l'issue du procès Ochoa qui s'était soldé, le 13 juillet 1989, par quatre exécutions dont celle de Tony de la Guardia, son frère jumeau, Patricio de la Guardia est prisonnier de Castro. Il ne peut répondre de cette accusation qui salit son honneur et hypothèque un peu plus son avenir. Ayant encore quatorze ans d'emprisonnement à purger, assigné à résidence dans l'île, l'ancien chef de l'escorte d'Allende ne peut se défendre librement. Tout juste a-t-il pu faire passer le message au quotidien chilien La Tercera: «Je n'ai tué personne. C'est une campagne contre moi.»
Première incohérence: Ammar et Vivés, qui font table rase des trois enquêtes indépendantes qui avaient conclu au suicide, privilégient le témoignage indirect de... Vivés, sur la base de sous-entendus, de confidences et d'impressions concordantes. Si on en croit ce dernier, Patricio de la Guardia se serait vanté au bar de l'hôtel Habana Libre d'avoir lui-même descendu Allende, avant de le recouvrir du drapeau chilien. Crédible? Seconde incohérence: la biographie fantaisiste de Juan Vivés, qui trahit l'imposture. Chez Hugo, son éditeur, on se déclare convaincu qu'il est un ancien agent secret, né le 4 juin 1943, neveu du président cubain Dorticós. «Je ne peux pas dire que le rôle de Vivés soit vrai, poursuit l'éditeur Hugues de Saint-Vincent, mais ce qu'il dit est la réalité.» Pourtant, deux Cubains récusent cet avis: le général Rafael del Pino en exil à Miami, dont Vivés se réclame, et qui dément qu'ils se soient jamais rencontrés; et le poète et journaliste Raúl Rivero, exilé lui aussi, qui a connu Juan Vivés, mais sous son vrai nom, Andres Alfaya, alors jeune traducteur au ministère cubain des Affaires extérieures. Très jeune, puisqu'en vérité Vivés-Alfaya est né le 4 juin 1945. Aurait-il été guérillero dès l'âge de 13 ans? Pour Raúl Rivero, Vivés-Alfaya a réuni «des fragments d'histoires qui flattent l'imagination pour s'attribuer une vie héroïque et passionnante», celle d'un «James Bond en chemisette». Alors, à qui profite le crime? Outre qu'il compromet la sécurité de la Guardia, il contribue à dédouaner les auteurs du coup d'Etat, Pinochet, toujours impuni, et ses comparses.