Le Conseil de l'Europe est appelé à condamner les crimes des anciens régimes communistes
LE MONDE | 21.01.06 | 12h17 Bruxelles
Le Conseil de l'Europe sera-t-il la première organisation internationale à condamner "les crimes des régimes communistes totalitaires" ? C'est ce que souhaite le rapporteur de son assemblée parlementaire, le Suédois Göran Lindblad, membre du groupe du Parti populaire européen (PPE, droite). Il espère que l'hémicycle de Strasbourg le suivra, mercredi 25 janvier : "Les crimes communistes n'ont jamais été condamnés par la communauté internationale, à la différence des crimes du nazisme", explique-t-il.
"Le grand public est d'ailleurs très peu conscient de ces crimes, et l'on constate une inquiétante nostalgie dans certains pays", regrette-t-il. Il estime que le Conseil de l'Europe, "qui est le gardien des droits de l'homme, et dont tous les anciens pays communistes d'Europe sont membres, à l'exception de la Biélorussie", se doit de procéder à une telle condamnation, à l'occasion du quinzième anniversaire de la dissolution de l'URSS, signée le 8 décembre 1991.
M. Lindblad est le rapporteur d'un projet de résolution de l'Assemblée parlementaire, ainsi que d'un projet de recommandation à destination du comité des ministres. Le projet de résolution, qui avait été introduit en septembre 2003 par le démocrate-chrétien néerlandais René van der Linden, élu depuis président de l'Assemblée parlementaire, suscite une vive polémique. En effet, il considère qu'il ne faut pas faire de distinction entre l'idéologie et la pratique communistes : les crimes des régimes communistes trouveraient leur fondement dans "la théorie de la lutte des classes et le principe de la dictature du prolétariat". Tous les régimes communistes d'Europe centrale et orientale "sans exception" ont été marqués "par des violations massives des droits de l'homme", incluant "les assassinats et les exécutions (...), les décès dans des camps de concentration, la mort par la faim, les déportations, la torture, le travail forcé et d'autres formes de terreur physique collective", constate le projet de résolution.
Les communistes, qui ont pris part à la résistance contre le nazisme, se sont élevés contre ce texte, tel le compositeur grec Mikis Theodorakis : "Au nom des camarades communistes morts, de ceux qui sont passés par la Gestapo, les camps de la mort et les sites d'exécution, pour que le nazisme soit exterminé et que triomphe la liberté, je n'ai qu'un mot à dire à ces messieurs : Honte!", a-t-il protesté, dans un communiqué du 27 décembre 2005. "Le Conseil de l'Europe a décidé de changer l'histoire, de la falsifier, en assimilant les victimes aux bourreaux, les héros aux criminels, les libérateurs aux occupants, les communistes aux nazis", ajoutait le musicien. Le Parti communiste grec (KKE), avec lequel Mikis Theodorakis a rompu au cours des années 1990, a rassemblé plusieurs milliers de personnes à Athènes, jeudi 19 janvier, pour protester contre ce texte, qualifié de "projet impérialiste" : "Il s'agit d'une déclaration de guerre contre la classe ouvrière", a déclaré son président, Aleka Papariga.
"RECONNAISSANCE AUX VICTIMES"
Tout en concédant que "certains partis communistes européens ont travaillé à la réalisation de la démocratie" comme le Parti communiste français (PCF) à la Libération le projet de résolution invite "tous les partis communistes ou postcommunistes qui ne l'ont pas encore fait, à réexaminer l'histoire du communisme et leur propre passé".
"La Russie s'est montrée très hostile à mon rapport", confie M. Lindblad. Il pense néanmoins qu'il sera voté: la commission des questions politiques l'avait confortablement adopté, le 14 décembre, par 24 voix contre 8 et 2 abstentions.
Le rapporteur demande que le Comité des ministres du Conseil de l'Europe, composé des 46 ministres des affaires étrangères de cette organisation politique, "adopte une déclaration officielle en faveur de la condamnation internationale des crimes commis par les régimes communistes totalitaires". Il l'invite à "exprimer compassion, compréhension et reconnaissance aux victimes".
Rafaële Rivais
Article paru dans l'édition du 22.01.06