Rapport sur les crimes communistes au Conseil de l’Europe
Entrevue avec son dépositaire, le député suédois Goran Lindblad
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Cyril Yabio
La Grande Époque mardi 7 février 2006
http://67.28.120.71/news/6-2-7/3518.html
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Le député suédois, Goran Lindblad, lors d’une discussion au sujet de la résolution condamnant les crimes communistes au Conseil de l’Europe, à la fin janvier 2006.

STRASBOURG - À la fin de janvier, le Conseil de l’Europe a passé une résolution pour «condamner les violations massives des droits humains commises par les régimes communistes totalitaires et a rendu hommage aux victimes de ces crimes». Toutefois, les recommandations d’un rapport qui aurait jeté un grand discrédit sur les partis communistes modernes ont été bloquées par les députés communistes, socialistes et leurs sympathisants. Voici une entrevue avec l’auteur de la résolution, le député suédois Goran Lindblad.

La Grande Époque (LGÉ) : Pour quelle raison que le Conseil de l’Europe devait-il passer une telle résolution?

Goran Lindblad : Parce que la moitié de l’Europe a été sous le contrôle du communisme, aussi bien que toute la Russie, et c’est très important. Et le Conseil de l’Europe défend les droits de l’homme, l’État de droit et la démocratie. Ainsi, nous sommes l’organisme adéquat pour prendre une décision condamnant les crimes des régimes communistes. Personnellement, je dirais que l’idéologie du communisme en tant que telle est perverse.

LGÉ : Donc, c’est important que le point de départ d’une telle condamnation soit l’Europe?

M. Lindblad : Cela doit commencer quelque part, et l’Europe est le bon endroit parce que nous nous sommes presque débarrassés du communisme ou du moins il n’y a plus de régime communiste en Europe. Maintenant, il existe un grand nombre de régimes communistes dans d’autres parties du monde telles que Cuba, la Chine, le Vietnam, l’Éthiopie, la Corée du Nord. Il y en a trop, vraiment.

LGÉ : Pour quelle raison que le public est-il si peu sensibilisé par rapport au communisme?

M. Lindblad : On ne discute pas du communisme parce qu’il y a eu un grand nombre de communistes dans notre entourage. En France, en Italie, en Grèce et en Russie bien sûr. Et beaucoup de politiciens ne veulent pas être dérangeants envers leurs collègues politiques. De plus, les communistes ont toujours une certaine influence bien qu’ils ne soient pas au pouvoir. Dans les pays de l’Europe de l’Ouest, ils n’ont jamais été au pouvoir, malgré qu’ils aient eu des partis assez fort qui avaient jusqu’à 20 % de soutien à l’époque. Aujourd’hui, ils n’en n’ont plus autant, je suis content de le dire.

LGÉ : Pourquoi les violations des droits de l’homme sont-elles si fortes sous le régime communiste?

M. Lindblad : L’idéologie en tant que telle fait la promotion de ces violations. Marx et Lénine ont proclamé que la dictature du prolétariat devait être maintenue par la terreur contre la population. En conséquence, cela signifie que chaque régime communiste terrorisera son propre peuple pour atteindre ses buts et aussi que l’individu en soi n’a pas d’importance.

LGÉ : Peut-on envisager des exceptions?

M. Lindblad : Non.

LGÉ : Et dans le futur?

M. Lindblad : Non, non. Il n’y en a jamais eu, pourquoi y en aurait-il dans le futur? C’est dans l’idéologie.

LGÉ : Quel a été l’élément qui vous a le plus choqué lors de votre enquête?

M. Lindblad : C’est difficile de faire des distinctions dans l’enfer. Tout a été tellement terrible. Par exemple, prenez la famine en Ukraine, dans les années 20 et 30, on a volontairement fait mourir de faim des millions des personnes. C’est terrible. Les goulags, c’est terrible. Tout est terrible. Au niveau individuel, c’est terrible pour la personne et sa famille. Ainsi, ces crimes sont vraiment horribles. Il y a eu 100 millions de morts en tout. En Chine, pour la plus grande partie d’entre eux. La personne qui a provoqué le plus grand massacre dans le communisme est Mao Zedong et vous pouvez le retrouver sur les billets de 100 yuans [monnaie chinoise], son visage s’y trouve. Que dirait-on si l’Allemagne, après avoir changé de dirigeant, avait mis Hitler sur un de ses billets? Ce ne serait pas glorieux.

LGÉ : Pensez-vous que le parti communiste devrait être condamné comme les nazis l’ont été?

M. Lindblad : Ils devraient être condamnés comme les nazis, mais il n’y a pas de comparaison. Les deux idéologies sont perverses et elles ont commis des crimes horribles, tant les nazis que les communistes. Mais il n’y a pas à les comparer, les deux seront jugés selon leurs propres actes.

LGÉ : Les deux doivent assumer leurs responsabilités, c’est cela le lien entre eux?

M. Lindblad : Oui, exactement. Et offrir une compensation morale aux survivants et aux proches des survivants.

LGÉ : Il y a encore des personnes qui manifestent dans la rue pour défendre le communisme. Comment expliquez-vous cela?

M. Lindblad : C’est étonnant, vous devriez leur demander. Je ne peux vraiment pas comprendre comment une telle chose est possible. Je ne comprends pas.

LGÉ : Dans quel sens une résolution telle que celle-ci peut-elle aider les pays qui sont encore sous le communisme aujourd’hui?

M. Lindblad : Eh bien, cela entretiendra le débat et les gens deviendront conscients. Prenez la Chine comme exemple. C’est important d’avoir des échanges avec la Chine, mais les hommes d’affaires qui se rendent sur place ne devraient pas être naïfs et devraient être conscients à qui ils ont affaire. Ce qui a maintenu Castro si longtemps au pouvoir c’est l’isolation de Cuba. On ne devrait pas les isoler complètement, on devrait seulement isoler les niveaux les plus élevés. Ne pas avoir d’échange avec les chefs d’États et du gouvernement et ainsi de suite, mais avoir des échanges au niveau inférieur et influencer. Les Chinois ne peuvent pas restreindre complètement Internet et les technologies. Il y a plus de 70'000 protestations chaque année en Chine et c’est sur cela qu’il faudrait mettre l’accent pour se débarrasser du régime. Je ne pense pas que cela prendra plus de cinq ans à partir de maintenant [les chiffres officiels du gouvernement pour l’année 2005 sont de 85'000 agitations/manifestations/émeutes].

LGÉ : Que pensez-vous du fait qu’après la publication d’une série d’articles intitulée les Neuf commentaires sur le parti communiste, autant de Chinois aient quitté le parti pacifiquement?

M. Lindblad : Est-ce qu’ils sont maintenant 7 millions?

LGÉ : Oui.

M. Lindblad : Cela aide. Les Neuf commentaires sont une bonne lecture. Ils sont très bien, tout s’y trouve à l’intérieur.

LGÉ : Peut-on dire qu’il y a une tendance que le communisme tire à sa fin?

M. Lindblad : Je l’espère, mais comme vous le disiez, il y a des gens qui croient encore au communisme malgré que les faits leur aient donné tort. Ainsi, c’est difficile à dire.

Concernant le communisme chinois, il tombera, il y a des signes qui l’indiquent. Par exemple, des diplomates désertent, le mouvement du Falun Gong qui fait une démonstration dans la rue ici, ils sont traités comme les Juifs l’ont été pendant la période soviétique et ils sont en train de se tourner contre le régime communiste, ce qui n’était pas le cas auparavant. Les actions du régime soviétique qui avaient fait que la population juive devienne dissidente et lutte contre le communisme ont aidé à ruiner la structure de l’intérieur et cela se passera aussi en Chine.

LGÉ : Avez-vous reçu beaucoup de soutien des personnes autour de vous?

M. Lindblad : J’ai reçu beaucoup de soutien et beaucoup de courrier étrange aussi; des menaces.

LGÉ : Est-ce que cela a été difficile pour vous de traverser ce processus?

M. Lindblad : Non, c’était intéressant et il y avait beaucoup de travail. J’ai reçu beaucoup d’aide du secrétariat du Conseil de l’Europe.

LGÉ : Qu’en est-il des archives à l’heure actuelle?

M. Lindblad : Les archives sont pour la plupart ouvertes dans les pays européens, sauf en Russie où certains documents ne sont pas disponibles. Mais c’était une sensation étrange dans une des archives à Moscou. J’étais en train de faire des recherches, il y avait une grande bibliothèque et, contre le mur, se trouvaient Lénine et Marx regardant vers le bas ceux qui vérifiaient les archives. C’était comme si, dans les archives nazies, il y avait Goering et Goebbels qui vous regardaient. Vraiment terrible.

LGÉ : Est-ce que le communisme cherche encore à cacher les faits?

M. Lindblad : Bien sûr, c’est dans l’idéologie. L’idéologie est construite sur la tromperie, sur le fait qu’on cache les choses et qu’on trompe les autres. Tout s’y trouve depuis le tout début.

LGÉ : Diriez-vous que cette résolution est pour le futur, même si elle concerne le passé?

M. Lindblad : Oui, tout à fait, parce que nous devons continuer d’en parler aux jeunes générations. J’ai croisé une personne qui venait de l’Allemagne de l’Est. À l’école, en Suède, ils ne savent pas ce que c’était l’Allemagne de l’Est.

LGÉ : Est-il important de montrer aux jeunes générations ce qui s’est passé?

M. Lindblad : Oui, nous devons garder l’histoire vivante.

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