Sacha Sher, négationniste?
Sacha Sher publie une thèse affirmant que: «il n'y a pas lieu de parler de génocide cambodgien, car il n'existe nulle trace documentaire (interne au parti ou dans les confessions de cadres extraites sous la torture) d'un quelconque plan de destruction en tout ou en partie d'un groupe pour son appartenance, religieuse, ethnique, raciale, ou autre.»

Et S-21?
Exposés écrits au caractère didactique modeste ou savant de Sacha SHER sur ces personnages politiques bornés et complexes que des esprits peu informés ou malhonnêtes continuent d'appeler "Khmers rouges" alors qu'ils étaient des communistes comme Lénine et Staline.
Jeudi 24 mai 2007
http://khmersrouges.over-blog.fr/article-10552792.html
Les cadres Khmers rouges furent-ils vraiment incités à sacrifier en masse ? (pp.183-187 du Kampuchéa des Khmers rouges)
Puisque les dirigeants et les cadres du Kampuchéa Démocratique disposaient dune main duvre pléthorique pour réaliser leurs plans de développement économique et social, on peut se demander à quel point ceux-ci se croyaient capables den disposer. On se rendra toutefois compte quil nest pas de preuve que la direction ait considéré les « nouveaux » venus dans les coopératives comme des «irrécupérables» ou ait eu lintention de les tuer [i] ce qui serait la marque dune forme de génocide. Bien au contraire. Comme nous avons pu le voir, cela est attesté par des témoignages autant que par des documents écrits. A la fin de lannée 1976, le Comité Central dénonçait comme une « très grosse erreur » le fait de considérer tous les « nouveaux » comme des ennemis, car le but était de rassembler toutes les forces du côté de la révolution. Le 22 avril 1976, lors de la première conférence du cabinet ministériel, le premier secrétaire du Parti indiquait que les ministères devaient « encourager limplication des nouvelles comme des anciennes forces ». Au sein de chaque catégorie figuraient des personnes qui travaillaient vite ou lentement. On ne pouvait les distinguer par des a priori: « A mesure quils joueront leur rôle, les bons éléments comme les éléments non bons deviendront visibles et faciles à distinguer ». Et en mai-juin 1978, dans le journal du Parti, le Comité Central allait à nouveau interdire aux cadres dutiliser des « slogans intimidants » car rassembler des forces était une « vraie bataille » [ii] .
Mais certains cadres ont-ils pu, à la faveur de la suspicion généralisée, de laccumulation des échecs, ou dautres paroles reçues en haut lieu, juger que la majorité des « nouveaux » étaient incapables de sadapter à la nouvelle organisation du travail, et décider den finir avec eux? Nous souhaitons entamer ici une étude sur certains mots dordre dont nous tenterons de vérifier létendue et lauthenticité, et sur la façon dont les cadres ont pu être incités à sabandonner à légard de leurs compatriotes à une indifférence criminelle.
Qui voulait épuiser la main duvre ?
Les cadres avaient pour tâche dassurer une pleine utilisation de la main duvre. Et certains leur prêtent une exigence de sacrifice aux accents militaires : « Travaillez sans relâche sur le chantier jusquà la mort (ou jusquà la limite de vos forces)», «Engagez-vous à sacrifier votre vie pour accomplir le travail de lAngkar [lorganisation]» «Angkar est pauvre, vous devez vous sacrifier pour la nation», auraient dit les slogans [iii]. Lors des réunions dautocritique, des travailleurs répétaient quils étaient prêts à mourir au travail pour lAngkar [iv]. Ces idées de sacrifice pourraient dériver dautres formules appelant plutôt à une fidélité sans faille : des « anciens » devaient promettre de « donner leur vie en offrande au Parti » (bo tieu chiveut daeum bey pak ou tchbap lo) [v] , et des mariés prêtaient serment de « servir et marcher selon la voie tracée par lAngkar, sans défaillir, jusquà la fin de [leur] vie » [vi] . Ce que certains habitants interprétaient donc localement comme une volonté de certains cadres de les sacrifier lentement est peut-être à relier à lappel national, transmis par la radio, invitant à faire preuve dun grand sens de léconomie et dun haut niveau de renoncement aux biens individuels.
Il est à noter que le journal du Parti ne répandait pas ces injonctions aux accents mortuaires. Et selon une déclaration radiodiffusée de Pol Pot, il nétait aucunement question de réduire ou de stabiliser la population, car huit millions dhabitants nétaient pas suffisants pour exploiter le potentiel du pays. Lobjectif du régime, régulièrement répété en 1977-78, était datteindre une population de quinze à vingt millions dhabitants en dix ou quinze ans [vii]. Il est important de le noter avant daborder les témoignages de certains réfugiés venus du Nord-Ouest du Kampuchéa, qui, eux, rapportent une vision diamétralement opposée.
Variations sur le thème du sacrifice générationnel
Au Nord-Ouest, des cadres locaux auraient répété quil suffisait dun million de révolutionnaires purs et durs ou de jeunes révolutionnaires pour construire le pays. Le père Ponchaud entendit parmi les réfugiés ce genre de « redoutable boutade » avec des variations au sujet du nombre : de vingt mille à deux millions (et il préférait ne retenir dans ses publications que les chiffres de un ou deux millions) [viii] . Selon Jan Lundvik, membre dune délégation suédoise officielle venue au Kampuchéa, « quand les Cambodgiens disent quils peuvent se débrouiller (make do) avec un million de personnes, ils veulent dire quils peuvent résoudre nimporte quelle tâche, même avec peu de monde, et non quils sont sur le point dexterminer les autres » [ix]. La citation mise en forme par Ponchaud laisse dailleurs entendre que lengagement enthousiaste des jeunes suffirait par sa seule force à reconstruire le Kampuchéa. Avec Pin Yathay, la variante à laquelle on a affaire est beaucoup plus intimidante. Elle fut prononcée lors des réunions politiques de la zone Nord-Ouest : « Si vous restez au milieu du chemin, la roue de la révolution vous écrasera. Dans le Cambodge nouveau, un million de personnes suffisent pour continuer la révolution. Il suffit dun million de bons révolutionnaires pour le pays que nous construisons. Nous navons pas besoin du reste » [x] . En comparant cette formulation avec celle rapportée par Ponchaud, la dernière proposition paraît être un ajout don ne sait qui. Yathay nous a précisé quil pouvait sagir aussi de « révolutionnaires purs et durs », que ce genre de messages avait été diffusé à la radio officielle khmère rouge entre juillet et septembre 1977 lorsquil était en Thaïlande, et quil en avait alors parlé au journaliste de lA.F.P. Joseph de Rienzo. Notre demande de recherche de dépêche à lA.F.P. est restée sans réponse, et les quelques brèves que nous avons trouvé de sa plume à la F.B.I.S. ne le confirment pas. Peut-être sagissait-il dune émission radio pirate comme il en existait plusieurs [xi].
Des formules du même tonneau ont été attribuées à des leaders du Kampuchéa, mais de façon improbable, sans source, ou à partir de faux, nommés ou anonymes. Et, avant de nourrir la propagande vietnamienne, cela provoqua des sursauts de volonté interventionniste du côté des Etats-Unis (décidant Noam Chomsky à ébranler les certitudes de François Ponchaud et de Jean Lacouture , avec un succès relatif) [xii]. Ce qui sen rapproche le plus est ce quaurait dit Duch à François Bizot à la fin de lannée 1971 avant de parvenir au faîte de sa carrière dinterrogateur en chef, à savoir quil respectait certaines coutumes tout en souhaitant ne conserver que ce quil y avait de meilleur chez les paysans et un peuple encore « manipulé »: « Camarade, ajouta-t-il péremptoire, il vaut mieux un Cambodge peu peuplé quun pays plein dincapables » [xiii]. Parlait-il du présent ou du futur? Pensait-il à expulser certaines composantes de la population ou à contrôler les naissances? En tout cas, cest un avis que partageraient bien des intellectuels de par le monde. Après quelques recherches, on remarque que des slogans de ce type prenaient des tournures différentes et se raréfiaient à mesure que lon se rapprochait des cercles élevés de lOrganisation. Ong Thong Hoeung, un de ces nombreux intellectuels revenus de létranger, rééduqués dans des usines et des coopératives puis internés à Bng Trabek, na pas entendu la phrase sur le million. En 1978, Y Phandara, également à Bng Trabek, entendit à plusieurs reprises que « pour faire la révolution, notre parti na pas besoin de beaucoup de personnes. On peut la faire avec une seule comme on peut la faire avec deux ». Cette phrase na pas forcément de sous-entendu criminel et peut faire allusion au faible effectif du Parti. Ainsi, dans la région de Kompong Cham, les « Khmers rouges » auraient dit que « même une seule personne peut faire la révolution, si elle est dévouée (smos trong) » [xiv].
Et ce qui revenait dans le raisonnement global des dirigeants était en fait de passer au crible de la discipline les membres du Parti. Selon Pol Pot, le 30 septembre 1976 : « le travail dorganisation doit donc être de renforcer, de développer et de passer au crible [le Parti]. Même sil se trouve peu [de membres], sils sont absolus, nets et véritables, nous serons forts dans le présent et le futur » [xv]. Rien ne permet dindiquer, pour le moment, que le Parti ait fixé en haut lieu la proportion de personnes à conserver au sein du Parti ou à conserver tout cours. Ceci expliquerait en partie les variations de chiffres dans les slogans rapportés par les réfugiés. Le 26 juillet 1977, devant la Chambre des Représentants du Congrès Américain, Charles Twining, un fonctionnaire du Département dEtat en poste à Bangkok, témoignait quà un niveau local, et « de différents endroits », les villageois entendaient souvent de la part des membres de lOrganisation: « on peut se permettre de perdre un million ou deux millions de personnes », ou encore « nous pouvons perdre un ou deux millions de personnes si nous avons à créer un nouveau Cambodge » [xvi] . François Ponchaud avait rapporté en mai 1978 le témoignage dun cadre ayant lu vers 1977 une circulaire dite « 870 ». Celle-ci appelait à une deuxième révolution et donnait au Parti la mission de sétablir avec force « même si [lon devait] dépenser un million dhommes ». Selon Ben Kiernan, des sources vietnamiennes « donnaient la même citation » et rapportaient la même histoire de circulaire émanant du « service 870 » (numéro représentant le Comité Central ou ses chefs) en septembre 1976, mais le contexte ne justifiait pas un massacre. Les instructions se limitaient à envoyer travailler sous surveillance ceux qui « manquaient de foi en la direction khmère » et dexpulser du Parti et de remettre à la Sécurité les « mécontents déclarés » [xvii].
Notons que les citations de ce dernier paragraphe renversent les grandeurs rapportées par les premiers témoignages : les un ou deux millions de Cambodgiens nétaient plus ceux quil fallait laisser subsister, mais ceux dont on devait se séparer. Il est encore possible que la circulaire du service 870 ait contenu des mesures sélectives et répressives que lon retrouve dans les instructions de Son Sen données lors des réunions de lEtat-Major, mais que la mention du million ait été ajoutée par les services vietnamiens, qui purent endoctriner le cadre cité. Ces derniers ne sarrêtèrent pas en si bon chemin puisque radio Hanoi imputa en mars 1978 à un dirigeant du K.D. (anonyme) laffirmation que lon pouvait se contenter dun million de Cambodgiens pour « construire » une nouvelle société. Cette dernière précision trahit dailleurs limprécision, car, à cette date, la préoccupation des dirigeants était la « défense » nationale bien plutôt que la construction. Et lorsque les sources officielles évoquent léventualité dun faible nombre dhabitants, il est toujours question dagression étrangère et de combat prolongé.
Des sacrifices à consentir en cas de guerre
Le 10 mai 1978, Pol Pot racontait ainsi à la radio comment chaque combattant cambodgien avait été capable de tuer trente soldats vietnamiens lors des combats frontaliers de 1977-1978. Ce faisant, il gonflait la statistique donnée en décembre 1977 par Drapeau(x) Révolutionnaire(x) deux victimes kampuchéennes contre dix dans le camp opposé et se livrait à une extrapolation: « En termes numériques, lun des nôtres doit tuer trente Vietnamiens (...) Jusquici nous avons réussi à réaliser ce slogan de un contre trente (...) Si lon applique ces statistiques (...) un million de Kampuchéens valent trente millions de Vietnamiens (...) Cependant des troupes de deux millions seraient plus que suffisantes pour combattre les Vietnamiens, parce que le Vietnam ne compte que cinquante millions dhabitants. Nous navons pas besoin dengager huit millions de personnes. Nous navons besoin que dune force armée de deux millions pour écraser les cinquante millions de Vietnamiens: et nous serions encore six millions de personnes » [xviii] .
Ce sont ces phrases qui sont souvent caricaturées en une volonté de sacrifier deux millions de Cambodgiens [xix], alors quelles visaient, comme lexposait Pol Pot, à faire assimiler la ligne de combat qui prédisposerait à la victoire, à faire prendre conscience de sa propre puissance pour battre ladversaire, et à résoudre lapparente « contradiction » dun rapport de forces inégal qui nétait alors que de cent mille combattants contre un million. Rester fidèle à cette ligne devait permettre de gagner la guerre, dût-elle durer « sept cents ans ou plus », et dussent certaines unités combattre contre quarante à cinquante fois plus de Vietnamiens. Cest dans cet esprit que le personnel du K.D. se voyait montré en exemple en 1978 un combattant ayant anéanti cinquante blindés daffilée avec son unique lance-roquettes. Ce qui atteste encore lécart entre les directives den haut et les mots dordre locaux est quil a pu être dit en 1978 près de la frontière quun soldat pouvait combattre cent Vietnamiens [xx] .
On est donc incliné à penser, au sujet de ces histoires deffectifs suffisants, que la confusion régnait parmi les masses fatiguées en train découter des cadres associer défense et construction, deux objectifs constamment liés dans les émissions ou les articles du P.C.K., ou que, comme le pense Steve Heder, des subordonnés ont pu reformuler pour leur propre usage des slogans de mobilisation vantant quen cas de guerre anti-impérialiste, même un faible nombre de combattants suffiraient à vaincre lennemi. Rappelons que les communistes cambodgiens, vietnamiens, laotiens, ou Sihanouk, accusaient les Etats-Unis de se livrer durant leur guerre dIndochine à un génocide [xxi]. Et pareillement, dans le journal du Parti, en première page du numéro de juillet 1978, lennemi vietnamien était coupable davoir « commis un génocide contre la race Kampuchéenne dune génération à une autre ». Si le peuple avait survécu, il le devait à ce quil avait tout entier « consenti dune génération à lautre à des sacrifices » dans le combat.
Notes
[i] Pin Yathay croyait que les « nouveaux » étaient « irrécupérables » du seul fait quils ne pouvaient devenir soldats ni se marier à des « anciens », Lutopie meurtrière, p.287. Or de tels mariages ont eu lieu dans dautres secteurs du Nord-Ouest (Yi Tan Kim Pho, le Cambodge des Khmers rouges, pp.116-119).
[ii] David Chandler, « A Revolution In Full Spate », in Ablin & Hood, The Cambodian Agony, p.174. Searching for the Truth, N°7, July 2000, p.9). Revolutionary Flag, « Learning from Important Experiences in the Fulfilment of the Partys First Semester 1978 Political Tasks », traduction de Steve Heder, p.14 (original p.20).
[iii] Mung Sonn et H. Locard, op. cit., p. 146, Locard, Le "Petit Livre
, pp.185, 254, Haing Ngor, op. cit., pp.105, 155.
[iv] Mung Sonn et Henri Locard, op. cit., pp.178, 245.
[v] Entretien avec Meng Kimly, 8 juillet 2000.
[vi] F. Ponchaud, op. cit., rééd., p.161.
[vii] « Speech by Pol Pot », S.W.B., BBC, 5 Oct. 1977, C/19. Extrait des résolutions prises lors du grand rassemblement du 17 avril 1978, S.W.B., BBC, 18 avril 1978. Revolutionary Flag, Special Edition 12/76-01/77, « The speech of comrade representative of the partys Angkar during the 9th anniversary of the birth of the brave, strong, and great Kampuchea revolutionary armed forces » (traduction de Nil Samorn).
[viii] Cambodge Année zéro, p.97, rééd. p.100 : « Il suffit de un ou deux millions de jeunes pour faire le Kampuchéa nouveau », et aussi dans Est-Ouest, n°4, 1977, p.155. Pour la phrase supposée dun khmer rouge concernant la possibilité de construire le Cambodge avec seulement 20 000 jeunes, Echange France-Asie, dossier n°13, janvier 1976, p.13. Sur une variation des nombres allant de 100 000 à deux millions, lettre à Noam Chomsky du 17 août 1977, Sallanches (archives dEspace-Cambodge, carton « lettres »). Le passage sur la boutade avait été retiré de lédition américaine du livre, après les questions concernant son origine soulevées à la fois par Chomsky et par léditeur américain Robert Silvers. Ce que rapportait Ponchaud à ce sujet a subi des nuances croissantes avec le temps. Il avait commencé par écrire dans Le Monde du 18 février 1976, quun chef militaire « khmer rouge » faisait état, le 26 janvier 1976 dun mot dordre donné aux autorités locales de Mongkolborey (Sud de Sisophon), quaucune documentation émanant du Centre ne vient jusquà présent létayer : « Pour rebâtir le Kampuchéa nouveau, un million dhommes est suffisant. On na plus besoin des prisonniers de guerre (population déportée en 1975), qui sont laissés à la discrétion des chefs locaux ». La précision entre parenthèses émane du père Ponchaud, qui indiquait à Noam Chomsky, dans une lettre du 17 août 1977 que sa source était un réfugié qui avait entendu cela de la part de « Moul Sambath appelé aussi Kéo Ngauv » (nous reconnaissons là Ros Nhim), chef de la région Nord-Ouest dans une réunion à Mongkolborey. Dans cette lettre, le père Ponchaud rapportait quun autre réfugié lui avait dit quavant son départ le 4 décembre 1976, un chef de village de Prek Khpôp avait déclaré lors dun meeting : « Il suffit que dans une coopérative il ne reste que 400 personnes, si ces personnes sont droites, propres et correctes (treum treuv saat lââ) et non des coopératives allant jusquà 8 000 personnes comme à présent ». Ponchaud avait fini par croire que ce genre de phrases étaient propres à Muol Sambath (alias Ros Nhim). Le 9 janvier 2001, Ponchaud nous a dit lavoir entendu aussi à la radio ce qui nest mentionné dans aucun de ses écrits et nest pas non plus confirmé par la moindre retranscription de la B.B.C.
[ix] Torben Retbøll, « Kampuchea and the Readers Digest », B.C.A.S., vol.11, n°3, 1979, p.23, citant Vietnam Bulletinen, Stockholm, n°2, 1976, également traduit dans Befreiung, West Berlin, n°7, June 1976.
[x] Pin Yathay, op. cit., p.237.
[xi] Patrice de Beer et Patrick Ruel, avaient tous deux signalé quà la chute de Phnom Penh, une radio clandestine située soit sur la frontière de la Thaïlande, au Laos, avait colporté la fausse nouvelle de lassassinat dune vingtaine détrangers, dont beaucoup de journalistes, par les « Khmers rouges ». Cette fausse « voix du FUNK » ou « Voix de la Nation Future », faisait même des montages de discours de Sihanouk dans lequel celui-ci en venait à dire « ici la voix de la pensée maotsétoung ». Sihanouk sen était pris à cette radio quil disait tenue par des Khmers Serei pour répandre des informations alarmistes. Paul Dreyfus mentionnait à la date du 28 avril, une autre radio pirate de la CIA diffusant dOkinawa au Japon (Le Monde, 10 mai 1975. Libération, 22 avril 1975. Paul Dreyfus,
et Saigon tomba, Arthaud, 1975, p.178. Michael Vickery est davis quil y avait de fausses émissions radios, bien que cela soit aujourdhui difficile à prouver (communication personnelle du 4 juin 2002). Steve Heder a pu interroger des officiers de la CIA retraités, qui étaient chargés, de 1975 à 1978, de récolter des renseignements et de conduire des opérations, et il semble que la CIA ne fabriquait pas démissions radio (communication personnelle du 4 mai 2002).
[xii] Radio Hanoi diffusait en anglais qu « un leader kampuchéen avait été jusquà déclarer que pour construire une nouvelle société, le Kampuchéa na besoin que dun million de personnes » (S.W.B., BBC, 24 mars 1978). Selon Raoul Marc Jennar, op. cit., « notices biographiques », Ieng Sary aurait déclaré: « Nous navons pas besoin de lancienne génération parce que nous ne pouvons pas changer ses pensées. Dès que nous aurons formé la nouvelle génération, nous pourrons nous passer de lancienne ». Selon Bernard Hamel, De sang et de larmes, p.274, à Battambang, dès janvier 1976, un responsable « khmer rouge » lançait, apparemment sans évoquer de menace extérieure, mais plutôt la reconstruction après la guerre de 1970-1975: « Même si la population devait être réduite à un million dhabitants, ce serait avec ceux-là que le Kampuchéa serait reconstruit. Il en restera toujours assez ». Il fut également largement diffusé que Khieu Samphan avait reconnu la disparition dun million de Cambodgiens. Linterview dorigine jamais citée autrement quà travers la citation refabriquée par Barron et Paul dans leur article du Readers Digest de février 1977 était un faux publié par la journaliste Paola Brianti dans le journal catholique italien Famiglia Cristiana du 26 septembre 1976. Barron et Paul avaient changé lordre des phrases pour « dramatiser léchange » (Shawcross) et transformé une partie des questions de la journaliste en réponses de Khieu Samphan. Ainsi Samphan disait quil restait 5 millions de Cambodgiens en 1976, et quun million avaient péri pendant la guerre. La journaliste lui avait demandé ce quil était advenu des criminels de guerre, à quoi Samphan avait répondu que les traîtres restés au pays avaient été éliminés, puis lui avait demandé ce quil était advenu dun million de Cambodgiens sur une population évaluée à 7 millions en 1970. Samphan, semblant penser dabord à la première question aurait répondu « cest incroyable comme vous Occidentaux, êtes intéressés par les criminels de guerre », puis aurait rajouté, comme semble le rapporter William Shawcross à partir de loriginal, mais ce quomettaient de faire Barron et Paul, « dans tous les cas, si vous cherchez une évaluation exacte vous devez considérer le nombre de Cambodgiens qui sont partis en Thaïlande, en France, aux Etats-Unis et dans dautres pays ». Barron et Paul oubliaient de relever les démentis de Samphan à toute rumeur de massacres. Shawcross savait de journalistes présents à Colombo quils navaient pas approcher Samphan à la moindre occasion, et pensaient que linterview de Brianti était un faux. Brianti, interrogée par Shawcross par téléphone avec un interprète, déclarait quelle avait pu lapprocher « sur la force dune précédente réunion à Pékin avec Ieng Sary ». Shawcross ne paraît pas avoir obtenu plus de détails. Barron et Paul étaient bien satisfaits de voir dans cette interview une confirmation de leur évaluation qu1,2 millions de Cambodgiens avaient péri depuis avril 1975. Le plus préoccupant était que William F. Buckey citait la version dramatisée de cette interview pour appuer son appel à envahir à nouveau le Cambodge (Shawcross, « The Third Indochina War », New York Review of Books, April 6, 1978, p.18). François Ponchaud avait admis à Noam Chomsky dans une lettre du 17 août 1977 quil savait de source sûre que Brianti accompagnait des journalistes français et ne les avait jamais quittés. Cette information fut répercutée en décembre 1977 dans le journal australien News From Kampuchea. Dans une lettre du 30 mai 1978 adressée à Torben Retbøll et dans une lettre du 30 juin 1978 adressée à John Barron, Ponchaud racontait que la « supercherie » lui avait été indiquée au cours de la préparation dune émission radiodiffusée par Eric Laurent de France-Inter, qui était allé à Colombo, avait « bondi » à la vue de larticle de Paola Brianti, et lavait assuré que Brianti ne lavait jamais quitté, ni lui ni Patrice de Beer, de toute la conférence de Colombo (cf. document 20 en annexe). Le 18 novembre 2000, il se souvenait avoir affirmé quil sagissait dun faux « sans doute pour avoir rencontré un journaliste présent avec Brianti, et qui ma rapporté quelle navait jamais vu Khieu Samphan.... ». Ponchaud attendit le 30 juin 1978 pour envoyer une lettre à Barron, sur les instances de Chomsky, et plus dun mois après que Retbøll lui ai demandé si Barron et Paul étaient au courant de la supercherie. Dans une lettre du 3 septembre 1978, Robert Silvers disait à Ponchaud que la journaliste avait maintenu son histoire devant Shawcross, assurant avoir noué des contacts spéciaux depuis son expérience à Pékin (avec Ieng Sary et pas Samphan sait-on en lisant Shawcross). On peut, comme plusieurs observateurs, sétonner que Khieu Samphan ait choisi de sadresser pour sa première interview à une journaliste dun obscur journal catholique que Ponchaud qualifie de « petite revue confessionnelle » nétant pas le genre de littérature quil apprécie (lettre à John Barron du 30 juin 1978, cf. document 20). Sa soi-disant déclaration quil restait 5 millions de Cambodgiens est contredite par les déclarations des autre dirigeants et de la radio. Le sujet est abondamment discuté par Noam Chomsky dans The Political Economy of Human Rights, vol. II, After the Cataclysm : Postwar Indochina and the Reconstruction of Imperial Ideology, South End Press, Boston, 1979, pp.172-178, et dans une moindre mesure dans Human Rights in Cambodia : Hearing Before the Subcommittee on International Relations, House of Representatives, 95th Congress, 1st session, Washington, USGPO, May 13, 1977, pp.34-35, ainsi que dans Torben Retbøll « Kampuchea and the Readers Digest », Bulletin of Concerned Asian Scholars, vol.11, n°3, 1979, p.24, qui mentionne dautres articles émettant des doutes sur lauthenticité de cette interview dans News from Kampuchea, December 1977, Washington Post, February 19, 1978 (brève allusion de Lewis Simons), New York Review of Books, April 6, 1978 (William Shawcross).
Autre affaire. A la fin du chapitre III de son livre, Ponchaud rapportait que selon un cadre « khmer rouge » interrogé par un journaliste thaïlandais de Prachachat (10 juin 1976), la méthode révolutionnaire était « très lente », « il faut beaucoup de temps pour séparer les bons des contre-révolutionnaires ». Ponchaud tirait de la conclusion du reporter thaïlandais le titre du chapitre (« la corbeille renversée ») qui ne provenait pas du khmer rouge supposé interrogé : « La méthode khmère na pas besoin dun personnel nombreux, il ny a aucun fardeau à porter parce quils sont tous boutés hors des villes. Si nous nous permettons la comparaison, les Khmers ont suivi la méthode qui consiste à renverser le panier avec tous les fruits quil contenait ; ensuite, ils choisissent uniquement ceux qui leur plaisent parfaitement, et les remettent dans le panier. Les Vietnamiens, eux, nont pas renversé le panier. Mais ils nont retiré que les fruits pourris. Cette méthode entraîne des pertes de temps, beaucoup plus considérables que la méthode utilisée par les Khmers ». Ponchaud concluait alors : « Cest cela " le grand bond en avant " de la révolution khmère ». Cette phrase fut retirée par Ponchaud de la traduction américaine, sans doute sous linfluence de Noam Chomsky, ce qui se conçoit car il ne sagissait pas dune image « khmère rouge ». Dans la même édition, Ponchaud précisait que linterview de lofficiel « khmer rouge » était une citation du journal Prachachat. Ponchaud navait dailleurs peut-être pas correctement présenté la citation. Noam Chomsky, à qui une copie de larticle thaïlandais et de sa traduction en français avait été fournie par Ponchaud, et à qui une traduction en anglais avait été transmise par Steve Heder, rétablissait le fait que le reporter thaïlandais du journal de gauche Prachachat citait non pas directement un fonctionnaire « khmer rouge », mais un « individu neutre » de Paris qui rapportait ce que lui avait dit un représentant « khmer rouge » à Paris, à savoir non pas que le Kampuchéa avait moins besoin de bras ou quune partie de la population pouvait être éliminée, mais quil avait moins besoin de personnel pour superviser la population : « Si nous faisons une comparaison », était supposé avoir dit le représentant « khmer rouge », « nous voyons que la méthode vietnamienne demande un personnel nombreux pour superviser la population ; il peut même arriver quon ny arrive pas du tout, et les autorités se trouvent alors chargées dun fardeau très lourd », et ce parce que la méthode vietnamienne avait été « trop lente » pour renvoyer « certains médecins, instituteurs, professeurs, et même certains soldats de lancien gouvernement » à une vie productive. Le journaliste commentait alors « Par contraste la méthode khmère na pas besoin dun personnel nombreux [pour superviser la population, faut-il sans doute entendre] ; il ny a pas de fardeaux; parce quils ont déplacé tous les fardeaux hors des villes ». Il utilisait alors limage de la corbeille renversée. Cf. Chomsky & Herman The Political Economy of Human Rights..., vol. II., 1979, pp.261-265, notes 17, 356, 361, ou lettre de Chomsky à Ponchaud du 19 octobre 1977. Peut-être que le journaliste de gauche thaïlandais plaquait sur lexemple cambodgien une image qui nétait pas totalement étrangère au monde communiste. Ainsi, il y a quinze ans, Stéphane Courtois avait entendu de la part dun communiste grec, ancien n°2 de larmée de Marco, que le P.C. grec avait été réorganisé en 1944, selon la méthode du « panier renversé ». Seuls les éléments sûrs avaient été gardés (entretien du 23 janvier 2001).
Ces approximations eurent de malencontreux rebondissements. Jean Lacouture, dans une recension du livre de Ponchaud parue dans le Nouvel Observateur du 28 février au 6 mars 1977 (n°642), peu après la sortie du livre de Ponchaud en février 1977, et traduite dans le New York Review of Books le 31 mars 1977, attribuait limage du panier renversé et labsence de besoin dun personnel nombreux à un journal du gouvernement cambodgien, et indiquait que daprès le journal les méthodes de rééducation vietnamiennes étaient jugées trop lentes. Il attribuait à un homme se réclamant du marxisme la boutade que Ponchaud attribuait à des cadres dune région; selon laquelle un à deux millions de jeunes suffiraient à rebâtir la société. A la suite des remarques que lui avait faites Chomsky