Les Khmers rouges, des communistes comme Lénine et Staline

Le négationnisme des crimes communistes, version Pierre Jeanneret, du parti du travail, parti communiste d'obédience soviétique jusqu'à la fin de l'URSS!

Ainsi donc, pour Pierre Jeanneret, «L'expérience du «Kampuchéa démocratique», de 1975 à 1979, engendra l'une des pires tragédies du XXe siècle». Mais cela n'aurait rien à voir avec le communisme!?!? Il affirme: «Si l'on exclut l'explication trop facile de la «démence» de Pol Pot, ou les anathèmes contre un communisme qui serait «intrinsèquement pervers», qui - nations et individus - porte la responsabilité de l'hécatombe?»

Pierre Jeanneret exclut donc le fait que le communisme soit «intrinsèquement pervers», parce qu'il est communiste! Et pour cela, il doit falsifier l'Histoire, tordre les faits, mésinterpréter la réalité afin qu'elle se conforme à son credo marxiste.

Pol Pot et ses acolytes, mégalomaniaques, ont voulu faire en quelques mois, ce que Lénine et Staline ont réalisés en 20 ans. Et le chiffre des victimes sont comparables! La Russie des Romanov comptaient 130 millions d'habitants: par la guerre civile et la terreur rouge provoquées par le coup d'état d'octobre 1917, l'exil forcé, la famine de 1922-23, la collectivisation de 1929-30, la grande famine de 1932-33, la grande terreur de 1937-38, les morts en déportation et la répression quotidienne, sans compter les suicides de désespérés (Maïakovski), plus de 35 millions de morts, soit environ le quart de la population de la Russie. Les communistes khmers, formés à Paris par le PCF, du temps de Staline, ont aussi exterminés le quart du Cambodge, mais cela en 4 ans.


Cambodge  Pour en terminer avec l’amnésie collective
Les Khmers rouges ou l'utopie sanglante

Pierre Jeanneret, vendredi, 23. novembre 2007
http://www.gauchebdo.ch/v3/afficher.php?id=17
 
L'expérience du «Kampuchéa démocratique», de 1975 à 1979, engendra l'une des pires tragédies du XXe siècle.

Depuis la mort de Pol Pot en 1998, plusieurs anciens dirigeants khmers rouges vivaient tranquillement et dans l'impunité. Un tribunal spécial a enfin été créé en 2006. Cet été, Nuon Chea, l'idéologue du régime, et le tortionnaire Douch ont été inculpés. La semaine dernière, Ieng Sary, ancien ministre des affaires étrangères, et son épouse, Ieng Thirit, ancienne ministre des affaires sociales, ont été à leur tour arrêtés. Lundi, c'est Khieu Samphân, tristement célèbre président du «Kampuchéa démocratique», qui a été inculpé. Tous doivent répondre du chef d'accusation de crime contre l'humanité et, pour la plupart, de crime de guerre. Fin de l'amnésie collective au Cambodge, nécessaire travail de mémoire, punition des coupables, justice pour les victimes: l'annonce de ces procès nous invite à revenir sur l'une des pires tragédies du XXe siècle.

Les faits sont hélas connus. Il faut cependant les rappeler brièvement. Le 17 avril 1975, les Khmers rouges entraient dans Phnom Penh. Essentiellement des paysans, souvent très jeunes, ils portaient le pantalon noir des campagnes, le fameux krama (foulard à carreaux rouge et blanc) et des sandales en pneus. «Une chape de plomb était subitement tombée sur la ville», écrit un témoin. Immédiatement, ses 2,5 millions d'habitants furent évacués de force vers les zones rurales, sans préparation, sans ravitaillement, sans hébergement. Cet exode, subi dans la résignation, annonçait ce qu'allait être le régime khmer rouge pendant ses trois années, huit mois et vingt jours d'existence. Les citadins dissolus allaient se régénérer dans le dur travail des champs... Pol Pot ambitionnait de recréer la grandeur de l'empire d'Angkor et d'arracher son peuple à son indolence séculaire («Les Vietnamiens cultivent le riz; les Khmers le regardent pousser, les Laotiens l'écoutent pousser», disait un fonctionnaire colonial). Les Khmers rouges voulaient appliquer le communisme intégral tout de suite, par la collectivisation totale. Le «Kampuchéa démocratique» devint un Etat esclavagiste agricole visant à l'autarcie. On renonça à la monnaie, considérée comme «capitaliste», pour revenir au troc. Toute l'économie relevait d'un radicalisme volontariste irrationnel, qui aboutit à la chute de la production rizicole et donc à la famine. L'Angkar - l'«organisation» anonyme et orwellienne du régime - visait à la dépersonnalisation totale et à l'extirpation des «penchants individuels»: ainsi, par exemple, les «repas communautaires», détestés par la population. L'égalitarisme fut poussé à ses conséquences absurdes: «Zéro pour lui, zéro pour toi - voilà le communisme», déclarait Khieu Samphân, fidèle lieutenant de Pol Pot.

Un million et demi de morts

Ceux qui renâclaient à devenir un «nouvel homme communiste», ou tout simplement les vieux, les grabataires, les enfants insuffisamment productifs furent impitoyablement éliminés. Par la faim, utilisée comme arme punitive, par la maladie, et par des centaines de milliers d'exécutions sommaires, souvent dans des conditions atroces. Le Cambodge devint un immense camp de concentration. [COMME LA RUSSIE DE LENINE ET STALINE] Seule échappait à la misère extrême une minuscule élite de cadres choyés du régime... mais soumise, elle, à des purges successives dues à la paranoïa du complot qui habitait Pol Pot. Pour arracher des aveux aux «traîtres», «agents» de la CIA, du KGB ou des Vietnamiens, on créa des centres de torture comme celui, à Phnom Penh, de Tuol Sleng ou S-21 (le régime affectionnait les sigles neutres). On le compare à juste titre aux camps nazis et aux prisons staliniennes: quinze à vingt mille individus y furent sauvagement martyrisés puis liquidés. Le bilan total des victimes de cette sanglante utopie, difficile à établir avec précision, est estimé à 1,5 million de morts par les historiens. Ces derniers évitent cependant le terme de «génocide», impropre ici, et préfèrent parler de crimes contre l'humanité.

L'équilibrisme du roi Sihanouk

Au-delà des faits bruts, irréfutables, il faut s'interroger. Comment un peuple réputé doux et profondément bouddhiste a-t-il pu succomber à cette folie collective? En quoi le contexte politique planétaire et régional l'a-t-il favorisée? Si l'on exclut l'explication trop facile de la «démence» de Pol Pot, ou les anathèmes contre un communisme qui serait «intrinsèquement pervers», qui - nations et individus - porte la responsabilité de l'hécatombe? C'est à ces questions que l'historien et journaliste anglais Philip Short tente de répondre dans un ouvrage exhaustif et très documenté 1. Certes, la bibliographie sur l'expérience khmère rouge était déjà abondante 2. L'intérêt de son analyse, convaincante, est de faire appel à des concepts, notamment religieux et ethnographiques, qui révèlent une excellente connaissance de l'Indochine.

En réalité, l'éventail des explications est large! On ne saurait exonérer le roi Sihanouk de toute responsabilité. Personnage versatile, impénétrable, à la fois viveur raffiné et analyste politique subtil, «Monseigneur Papa» a fermé la voie à toute évolution parlementaire. Autocrate narcissique, dictateur de fait truquant les élections, il a pourchassé l'opposition et l'a jetée dans la lutte clandestine et armée. On lui a reproché aussi ses alliances contre nature avec les Khmers rouges: il semble que son but essentiel était de sauvegarder son trône... En revanche, sa politique de paix et de neutralité était estimable. Elle a préservé son pays, pendant plus de dix ans, des horreurs de la guerre en Indochine. Mais cette position d'équilibriste était-elle tenable dans un monde bipolaire marqué par la guerre froide? Car le drame du petit royaume fut d'être englobé dans des conflits qui le dépassaient.

Au Cambodge comme ailleurs, la politique des Etats-Unis se caractérisa par son manichéisme simpliste: qui n'est pas avec nous est contre nous. En déstabilisant Sihanouk, en soutenant le putsch de Lon Nol, les Américains ont détruit un équilibre précaire. Puis les raids massifs et aveugles des B52 (540'000 tonnes d'explosifs, trois fois les bombardements sur le Japon 1941-45, et 500'000 morts) jetèrent la population dans les bras des Khmers rouges... avec qui les Etats-Unis et la Chine allaient conclure après 1979 une alliance de facto, dirigée contre le Viêt Nam et, à travers lui, l'Union soviétique.

Quant aux Nord-Vietnamiens, ils contribuèrent eux aussi à précipiter le Cambodge dans la guerre, en le considérant comme une simple «région de soutien logistique» (selon le général Giap) et une zone de vassalisation potentielle. L'histoire du Sud-Est asiatique reste en effet impénétrable si l'on ne prend pas en compte la triade Chine-Viêt Nam-Cambodge/Laos. La cordillère annamite constitue une fracture culturelle entre Chine et Viêt Nam d'une part, imprégnés par la culture confucéenne et ses valeurs, Cambodge-Laos-Thaïlande d'autre part, marqués par la culture indienne (hindouisme puis bouddhisme). Les Cambodgiens se définissent d'abord a contrario, par leur haine séculaire envers les Thaïs destructeurs de l'empire d'Angkor, et surtout envers les Viêt qui leur enlevèrent la Cochinchine. Sur cet antagonisme historique et ce besoin de revanche, Pol Pot plaqua des considérations idéologiques: il prit parti pour le maoïsme, contre le «social-impérialiste révisionniste» vietnamien et soviétique. Mais en même temps, la Chine est au Viêt Nam ce que ce dernier est au reste de l'Indochine: un puissant voisin, toujours tenté par l'impérialisme hégémonique. Cette constellation de rapports complexes explique les alliances. Ainsi le soutien de Pékin au «Kampuchéa démocratique» était-il moins idéologique que stratégique: encercler et endiguer le Viêt Nam. Tout cela contribue à éclairer la tragédie du Cambodge.

Avatar du maoïsme

Mais ses principaux responsables furent bien sûr les leaders des Khmers rouges eux-mêmes. Penchons-nous sur l'héritage intellectuel et les influences qu'ils assimilèrent. Ils sont à l'origine de leur folle utopie. On verra que le «communisme» n'y occupe qu'une place superficielle. Lors de son séjour à Paris (1949-52), Saloth Sâr, le futur Pol Pot, fut très marqué par Rousseau et son idéalisation d'une vie rurale tout empreinte de pureté: «La ville est mauvaise, car en ville il y a de l'argent», dira un cadre khmer rouge. Il suffira donc de vider la ville des citadins et de l'envoyer aux champs pour les purifier... Sâr lut la Révolution française à travers les écrits du prince anarchiste Kropotkine: une alliance entre intellectuels et paysans. Enfin, il admirait Robespierre et la Terreur. Mais préalablement, dans l'Indochine française vichyste devenue satellite du Japon, Sâr avait été imprégné des valeurs pétainistes: ordre, travail et valorisation de «la terre, qui elle ne ment pas»... Sans doute a-t-il acquis aussi à Paris, à travers un PCF ultra-dogmatique et sa bible, l'Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l'URSS de Staline, un vernis marxiste; il en tira surtout la notion d'un parti monolithique, élitiste, s'épurant par purges successives des «capitulards» et des «traîtres». Par ailleurs, il n'est pas faux de voir en l'expérience cambodgienne un avatar du maoïsme. Le Grand Bond en avant de 1958, avec sa politique volontariste qui aboutit à la chute de la production agricole et à la famine, a pu inspirer Pol Pot. N'oublions pas non plus qu'au milieu des années 70, la Chine, par son rejet du «révisionnisme» soviétique, apparaissait comme le phare du communisme dans le Tiers-Monde. Le parallèle est cependant réducteur: l'évolution ultérieure des dirigeants chinois montrera qu'ils savent tenir compte des réalités politiques et économiques, et renoncer aux utopies suicidaires.

Le fantasme passéiste d'Angkor

Une clé essentielle de compréhension réside, selon Short, dans les aspects spécifiquement cambodgiens du «polpotisme». On retrouve le fameux «sourire khmer» des statues dans l'exquise politesse dissimulatrice de Pol Pot, qui séduisait tant Jacques Vergès... Plus sérieusement, l'expérience khmère rouge fut fondamentalement liée au fantasme passéiste d'Angkor. La volonté de reconstituer, et même de surpasser le grand empire angkorien qui avait atteint son apogée au XIIIe siècle, fut explicitement revendiquée par Pol Pot. C'est ainsi que s'expliquent, par mimétisme, les gigantesques travaux d'irrigation lancés par les Khmers rouges, souvent rendus inefficaces par leur mépris pour la technique. Leur victoire d'avril 1975 était par ailleurs une revanche des campagnards contre les citadins, expression d'un antagonisme lui aussi séculaire. Enfin l'idéologie «communiste» de Pol Pot apparaît comme un transfert du bouddhisme Theravada qu'il avait pratiqué comme novice dans son enfance: tendance à l'ascétisme monacal, obéissance au dogme, éradication de l'individualisme, autant de traits que l'on retrouvera, caricaturés, sous son règne.

Cette mise en évidence de caractères ethniques et culturels locaux induit cependant le risque de faire de la tragédie khmère rouge une exception, et de masquer ses rapports évidents avec d'autres excroissances monstrueuses du communisme: stalinisme, maoïsme, «kimilsungisme», etc. La sinistre expérience cambodgienne n'était donc pas une curiosité exotique. Elle doit continuer à nous interpeller, nous inviter à garder notre sens critique et à nous défier des «modèles» séducteurs! Sang écarlate qui inonde la ville et la campagne de la patrie kampuchéenne: ainsi commençait l'hymne national des Khmers rouges.

1. Philip Short, Pol Pot. Anatomie d'un cauchemar, Denoël, 2007, 605p.
2. Voir notamment le témoignage célèbre de Pin Yathay, L'Utopie meurtrière (1980) et celui de l'archéologue français François Bizot, Le portail, Folio, 2000. Prisonnier des Khmers rouges dans la jungle en 1971, il a bien connu Douch, le futur directeur de Tuol Sleng.

Quelques dates clés
1887 Le Cambodge, au statut de protectorat, est englobé dans l'Indochine française, avec le Viêt Nam et le Laos.
1953 Le roi Norodom Sihanouk (sur le trône depuis 1941) obtient l'indépendance complète du Cambodge.
1960-69 Guerre froide. A l'extérieur, Sihanouk mène une politique neutraliste, pour préserver l'indépendance de son pays. Mais le Cambodge est entraîné dans la guerre du Viêt Nam. Il sert de base arrière pour les forces communistes nord-vietnamiennes engagées au Sud: «piste Hô Chi Minh», débarquement dans les ports cambodgiens d'armes soviétiques et chinoises. Relations de plus en plus tendues avec les Etats-Unis et leurs alliés (Thaïlande). A l'intérieur, Sihanouk réprime l'opposition républicaine et démocratique, qui rejoint la résistance armée. Dès janvier 1968, insurrection des communistes khmers ou Khmers rouges.
18 mars 1970 Coup d'Etat pro-américain et anticommuniste du général Lon Nol. Sihanouk est renversé. Réfugié à Pékin, il fait cause commune avec les Khmers rouges. Guerre civile.
1970-73 Bombardements aériens massifs des Américains sur les zones du Cambodge «libérées» par les Khmers rouges et les Vietnamiens.
17 avril 1975 Victoire des Khmers rouges, qui entrent à Phnom Penh. Déportation de toute la population urbaine dans les campagnes.
1975-79 Régime des Khmers rouges dirigé par Pol Pot. Le pays est rebaptisé «Kampuchéa démocratique». Les relations avec le Viêt Nam se dégradent, dans le contexte du conflit sino-soviétique.
7 janvier 1979 Grande offensive militaire des Vietnamiens, qui prennent Phnom Penh, oú ils mettent en place un gouvernement satellite. L'envahisseur, qui met fin aux horreurs du régime, est d'abord accueilli en libérateur, mais devient vite impopulaire. En représailles, les Chinois attaquent le Viêt Nam (17 février). Pol Pot et les Khmers rouges prennent le maquis. Ils seront soutenus jusqu'en 1985 par la Chine, les Etats-Unis et la Thaïlande.
23 octobre 1991 Fin de la guerre froide, retrait des troupes vietnamiennes (1989). Sous l'égide de l'ONU, accords de paix au Cambodge. Gouvernement de réconciliation, au prix de l'amnésie collective, voire de la «culture de l'impunité» sur le règne de Pol Pot.

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