Les collabos de l'horreur, complices du génocide
Une bonne question: où sont les complices des Khmers rouges? John Pilger termine sa liste bien trop courte! Il faut ajouter la Chine populaire, le parti communiste français qui a formé Pol Pot, Khieu Samphan et d'autres Khmers rouges, les organisations communistes qui ont nié le génocide, ceux qui ont mis sur pied en 1979, à Stockholm, un comité de soutien à Pol Pot, etc
Tout aussi curieusement oublié Giscard d'Estaing qui a reconnu les Khmers rouges avant le 17 avril 1975 et fait livrer des réfugiés expulsés de l'ambassade de France. Quant à Mitterrand?
CAMBODGE Mais où sont les complices des Khmers rouges ?
Le Courrier international N° 956, 26.02.2009 | John Pilger* | The Phnom Penh Post
* Correspondant de guerre, réalisateur et écrivain. Il a notamment réalisé Year Zero: The Silent Death of Cambodia [Année zéro : la mort silencieuse du Cambodge, 1979] et Cambodia: The Betrayal [Cambodge : la trahison, 1990].
http://www.courrierinternational.com/article/2009/02/26/mais-ou-sont-les-complices-des-khmers-rouges
Personnes
Neil Kinnock
Chi Minh
Henry Kissinger
Richard Nixon
Margaret Thatcher
Au moment où le premier procès dun ancien responsable khmer rouge souvre, un spécialiste de la question sinterroge sur labsence de certains dirigeants occidentaux, qui ont pourtant soutenu le régime de Pol Pot.
Dans lhôtel où je logeais, à Phnom Penh, les femmes et les enfants étaient assis dun côté de la salle et les hommes de lautre, respectant létiquette. Ce soir-là, la fête battait son plein et lambiance était bon enfant. Mais, soudain, les gens se sont dirigés vers les fenêtres, en pleurs. Le DJ venait de lancer une chanson de Sin Sisamouth, un chanteur adulé qui avait été forcé, sous le régime de Pol Pot, de creuser sa propre tombe et de chanter lhymne khmer rouge avant dêtre battu à mort [la rumeur dit que ses tortionnaires lui auraient arraché la langue]. Jai été témoin de nombreuses piqûres de rappel de la sorte. Un jour, dans le village de Neak Leung [sur le Mékong, au sud-est de la capitale], jai traversé un champ de cratères de bombes au côté dun homme éperdu de douleur. Toute sa famille, treize personnes au total, avait été pulvérisée par les bombes dun B-52 américain. Cétait en 1973, deux ans avant laccession de Pol Pot au pouvoir. Selon les estimations, plus de 600'000 Cambodgiens ont péri de cette façon.
Le problème, avec le procès soutenu par lONU contre les anciens chefs khmers rouges qui sest ouvert à Phnom Penh, cest que seuls les assassins de Sin Sisamouth y seront jugés, et pas ceux de la famille de lhomme de Neak Leung, ni leurs complices. Lholocauste cambodgien comporte trois phases. Le génocide commis par Pol Pot est lune delles, mais cest la seule à avoir une place dans la mémoire officielle. Pol Pot naurait sans doute jamais réussi à prendre le pouvoir si le président Richard Nixon et son conseiller à la sécurité nationale, Henry Kissinger, navaient déclenché une offensive au Cambodge, pays alors neutre. En 1973, les B-52 ont largué davantage de bombes sur le centre du Cambodge [où passait une partie de la piste Hô Chi Minh, utilisée par le Vietcong pour ravitailler ses troupes au Sud-Vietnam] que sur le Japon pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Certains dossiers prouvent que la CIA mesurait parfaitement les conséquences politiques de ces bombardements. Les dégâts causés par les raids des B-52 sont au centre de la propagande [des Khmers rouges], signalait le chef des opérations le 2 mai 1973. Cette stratégie a permis de recruter un grand nombre de jeunes gens [et] a été efficace auprès des réfugiés [obligés de fuir les campagnes]. Ce que Nixon et Kissinger avaient commencé, Pol Pot la terminé. Kissinger ne prendra pas place sur le banc des accusés à Phnom Penh, car il est occupé à conseiller le président Obama en stratégie géopolitique.
Les SAS britanniques ont entraîné les Khmers Rouges
Margaret Thatcher ne sera pas là non plus, ni ses ministres et hauts fonctionnaires, aujourdhui à la retraite, qui, en soutenant secrètement les Khmers rouges après avoir été chassés par les Vietnamiens, ont pris directement part à la troisième phase de lholocauste cambodgien. En 1979, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont imposé un embargo dévastateur à un Cambodge moribond parce que son libérateur, le Vietnam, nétait pas dans le bon camp pendant la guerre froide. Peu de campagnes orchestrées par le ministère des Affaires étrangères britannique ont atteint ce degré de cynisme ou de violence. Les Britanniques exigèrent que feu le régime du Kampuchéa démocratique conserve le droit de représenter ses victimes aux Nations unies. Pour déguiser ce crime, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et la Chine, principal allié de Pol Pot, inventèrent une coalition non communiste en exil, qui, en réalité, était dominée par les Khmers rouges. En Thaïlande, la CIA et la Defence Intelligence Agency entretenaient des liens étroits avec le mouvement khmer rouge. En 1983, le gouvernement Thatcher envoya les SAS, ses forces spéciales, former la coalition aux technologies des mines terrestres. Je confirme, écrivit néanmoins Margaret Thatcher au leader de lopposition, Neil Kinnock, que le gouvernement britannique nest impliqué en aucune façon dans lentraînement, léquipement ou une coopération quelconque avec les forces khmères rouges ou leurs alliés. Un mensonge éhonté. En 1991, le gouvernement Major a été forcé de reconnaître devant le Parlement que les SAS avaient secrètement entraîné la coalition.
A moins que la justice internationale ne soit une comédie, ceux qui se sont rangés du côté des criminels devraient être appelés à comparaître devant le tribunal de Phnom Penh. Leurs noms devraient pour le moins être inscrits sur une liste de la honte et du déshonneur.
Audiences
Le premier procès dun responsable khmer rouge sest ouvert le 17 février à Phnom Penh. Directeur du centre de torture S-21, Kaing Guek Eav, alias Duch, est jugé pour crimes de guerre et crimes contre lhumanité. Les premières audiences ont été consacrées à des questions de procédure, les débats sur le fond devant débuter le 30 mars. Quatre autres complices de Pol Pot, dont le régime a causé la mort de 2 millions de personnes, comparaîtront ensemble, mais probablement pas avant 2010.